Pimkie, à l'aube d'un troisième plan social : 3 questions à une syndicaliste

Depuis 2010, l'enseigne de prêt-à-porter nordiste Pimkie est en difficulté. Ce jeudi 18 janvier une réunion est prévue avec la direction pour annoncer les conditions d'un troisième plan social. Marie-Annick Merceur, déléguée syndicale CFDT Pimkie a répondu à trois questions pour mieux comprendre la situation de l'entreprise.

Le 18 janvier, une réunion dite "Réunion zéro" va avoir chez lieu Pimkie pour annoncer la mise en place d'un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE), le troisième depuis 2010. Les difficultés de l'enseigne de prêt-à-porter nordiste remontent à plus de 10 ans maintenant, entre crise du textile, pandémie et difficultés en interne.

Pour mieux comprendre la situation dans laquelle l'entreprise se trouve, à l'aube de ce nouveau plan social, nous avons posé trois questions à Marie-Annick Merceur, vendeuse au magasin Pimkie de Brest depuis 37 ans et déléguée syndicale CFDT.

À quand remontent les difficultés de Pimkie ?

Marie-Annick Merceur (M-A.M) : "Les difficultés remontent déjà à 2010. On avait eu un plan social en 2009, on avait remonté un petit la pente, mais pas suffisamment. On a fait erreur sur erreur. Avant le Covid, on a externalisé l'informatique et la logistique ce qui a été une grande erreur. On ne sait pas trop pour quelles raisons ils voulaient le faire, mais en magasin ça nous a causé énormément de difficultés. On a manqué beaucoup de ventes et perdu de la clientèle. Après, on a décidé de changer de cible, ce qui fait que la clientèle ne s'y retrouvait plus forcément et l'offre qu'on proposait ne correspondait pas vraiment à la cible voulue. Puis, tout le monde a été touché par la pandémie. Il y a aussi eu des mauvais choix stratégiques.

En avril 2022, il a été confirmé qu'il fallait procéder à des fermetures de magasin. À partir de ce moment-là, la famille Mulliez a annoncé vouloir se séparer de Pimkie. Ça a été un choc pour nous, parce qu'on ne s'y attendait pas, la famille Mulliez avait les moyens de nous redresser. Ils ont tout remis à zéro, les dettes et la fiducie pour que les repreneurs puissent avoir de l'argent jusqu'en 2025 pour continuer le travail et se renouveler. En sept ans, on a eu sept DG.

Le processus de cession a duré à peu près 8 mois et en février 2023 on a été rachetés par le consortium Lee Cooper, Kindy et Ibisler Tekstil. Ce sont des repreneurs qui n'y connaissaient rien. Ça nous a inquiétées, mais ils ont été accompagnés par une ancienne PDG de Camaïeu. Cela fait maintenant 11 mois qu'on a été racheté, mais aujourd'hui il n'y a aucun investissement dans les magasins, il n'y a rien de concret qui est fait pour qu'on puisse remonter la pente. C'est bien beau de fermer des magasins, certes on récupère en loyer et masse salariale, mais ça fait du chiffre d'affaires en moins. Il faut un vrai plan stratégique pour la suite."

Où en sont les discussions entre les syndicats et la direction ?

M-A.M : "C'est un peu compliqué, on est obligé de quémander pour que notre DG vienne en réunion nous expliquer les choses. Le rapport est assez compliqué, devant nous ils sont tout sympas, mais on sait par les salariés du siège qu'ils sont dans un autre monde. Malheureusement, ce qu'on craignait au départ, la méconnaissance du parc, se concrétise. Ils veulent aller très vite sans mesurer ce que ça peut représenter comme travail en magasin.

En parallèle on a lancé un droit d'alerte, qui a démarré avant les fêtes. On veut avoir un regard sur les comptes, car il y a des mouvements qui ne semblent pas en cohérence avec notre métier, comme des achats de tissus pour les revendre ou des ouvertures de filiales qui n'ont rien à voir avec notre activité.

Au siège, le climat est assez particulier, c'est assez tendu selon les services. À l'offre et au style, on a alerté la direction à plusieurs reprises. Même au niveau des magasins c'est assez disparate. Certains salariés en ont tellement marre qu'ils veulent partir avec un plan social. Tant qu'on n'en sait pas plus sur le prochain plan social on ne leur communique pas trop nos inquiétudes. Cela ne servirait à rien de mettre les salariés en mal-être. Les conditions sont déjà assez difficiles entre les ordres, les contre-ordres, les pannes de caisse..."

Qu'attendez-vous de la réunion du 18 janvier ?

M-A.M : "Ce plan social est particulier car je pense que cela va représenter autre chose que ce que l'on pense. On ne sait pas du tout ce qu'ils nous préparent et combien de magasins seront impactés. On nous a dit qu'ils voulaient aller très vite. Est-ce que les fermetures se feront du jour au lendemain ? Dans la négociation en elle-même, on sera plus attentifs aux risques psychosociaux, on s'est rendu compte qu'il y avait des problèmes dans les magasins et aux services de l'offre et du style. Normalement, en termes de mesures sociales, ce ne sera pas en deçà de ce qui avait été négocié en juin.

L'avenir de Pimkie est en danger. Le secteur de l'habillement est déjà très sinistré, on se situe dans une gamme moyenne, et on a de la concurrence forte. On a tellement de problèmes à régler qu'on est mauvais partout. On a une clientèle à reconquérir. La cliente part vite, mais c'est difficile de la faire revenir. On n'a rien vu de nos repreneurs pour faire bouger les choses."

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