Amine Elbahi, propulsé sur la scène nationale suite à son passage dans Zone Interdite, candidat Les Républicains pour les législatives à Roubaix

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Après son passage remarqué dans l'émission Zone Interdite sur l'islamisme radical, le juriste roubaisien de 25 ans a confirmé sa candidature sur les réseaux sociaux ce mercredi 16 février. Il a obtenu l'investiture du parti de droite pour les prochaines élections législatives à Roubaix et Wattrelos.

Le député et président de la commission nationale d’investiture Les Républicains Eric Ciotti a officialisé l'hypothèse qui circulait depuis plusieurs jours maintenant. Sur son compte Twitter il se déclare même "heureux d'annoncer l'investiture d'Amine Elbahi dans le 8ème circonscription du Nord".

C'est également sur ce réseaux social que le tout nouveau candidat confirme l'information ce mercredi 16 février en début de soirée. Il se lance sous les couleurs du parti de droite dans la campagne des prochaines législatives à Roubaix et Wattrelos.

Sans perdre une minute, il invite déjà les électeurs à préparer l'alternance.

Et pourtant, Il y a une semaine à peine, le président de la fédération Les Républicains du Nord semblait catégorique. À la question "Amine Elbahi va-t-il être investi par LR dans la 8ème circonscription du Nord ?", Sébastien Huyghe nous répondait : "pas à ma connaissance. Je n’ai jamais rencontré ce monsieur. Aux dernières informations, ce n’est pas lui le candidat pour Roubaix, il n’y en a pour l’heure qu’un seul : Pierre-François Lazzaro".

Mais tout s’est accéléré ces derniers jours.

  • Dimanche 13 février, le juriste roubaisien de 25 ans, propulsé sur la scène nationale suite à son apparition dans un reportage de Zone Interdite sur l’islamisme radical, prend la parole lors du premier meeting de Valérie Pécresse.
  • Lundi 14 février, Pierre-François Lazzaro, candidat à l’investiture Les Républicains dans la 8ème circonscription du Nord, annonce dans un message sur les réseaux sociaux quitter le parti et renoncer de fait aux législatives de juin prochain.
  • Mardi 15 février - hasard du calendrier ? - la commission nationale d’investiture LR se réunie à 18 heures pour désigner ses candidats pour les élections législatives dans le département du Nord.  

De nouveau contacté ce mardi, Sébastien Huyghe ne souhaite pas commenter tant que la décision officielle n’a pas été communiquée. "J’ai plusieurs autres candidatures que celle de Pierre-François Lazarro sur la huitième circonscription du Nord". Lesquelles ? Impossible à savoir. Fait notable : le président de la fédération LR du Nord confirme avoir croisé Amine Elbahi lors du meeting de Valérie Pécresse il y a deux jours.

Pour comprendre comment l’option Amine Elbahi est apparue comme un choix crédible pour le parti de droite, il faut remonter quelques semaines en arrière. Une ascension éclair dénoncée par ses détracteurs.

De Zone Interdite au meeting de Pécresse

Dimanche 23 janvier 2022, 21 heures. Dans l’émission Zone Interdite, M6 diffuse un reportage consacré à l’islamisme radical. Parmi les différents lieux de tournage, Roubaix dans le Nord. Durant la vingtaine de minutes consacrée à la ville, des images tournées en caméra cachée montrent des boutiques où sont vendues des poupées sans visage ou encore des restaurants "où les femmes voilées ont leurs places réservées", explique la voix off. Des illustrations du développement du communautarisme à Roubaix, selon les réalisateurs.

Les téléspectateurs découvrent alors Amine Elbahi, un juriste de 25 ans qui dit "mener une vraie bataille contre l’islam radical" dans sa ville. Il est le principal interlocuteur tout au long du reportage consacré à Roubaix. Un reportage qui a fait un tollé sur les réseaux sociaux et plus particulièrement dans la ville.

Depuis la diffusion, le jeune homme a reçu des menaces de mort, a décidé de déposer plainte et a été placé sous protection policière. Invité sur de nombreux plateaux télé - chez Cyril Hanouna sur C8, sur BFM, France 5 et Cnews etc. - pour témoigner, il s’est forgé en quelques jours une réputation à l’échelle nationale. Si bien que certains politiques ont décidé de le soutenir publiquement, parmi lesquels plusieurs ténors de la droite : Laurent Wauquiez, Eric Ciotti, Bruno Retailleau ou encore Valérie Pécresse.

Trois semaines après la diffusion du reportage sur M6, Amine Elbahi a annoncé son soutien à Valérie Pécresse, candidate Les Républicains à la présidentielle, lors de son meeting organisé à Paris. Invité comme témoin, il a pris la parole dimanche 13 février. "Nous, la droite républicaine, la droite française, doit être capable de lutter contre l’islamisme, non pas contre mais avec nos compatriotes musulmans qui le subissent"a-t-il déclaré, devant une foule conquise. "Le combat sera long et je voulais remercier Valérie Pécresse, Bruno. Retailleau, Eric Ciotti, Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, pour le soutien qu’ils m’ont apporté. Et nous gagnerons ensemble !"

Un engagement politique à droite depuis 2014

Pour comprendre le parcours politique de ce jeune juriste, il faut remonter huit années en arrière. Engagé politiquement à droite depuis 2014, il soutient cette année-là Guillaume Delbar, candidat UMP victorieux des élections municipales à Roubaix. Mais Amine Elbahi s’éloigne petit à petit du maire fraichement élu. Son engagement se poursuit aux côtes de Bruno Le Maire lors de la primaire de la droite en 2016, candidat malheureux. Il apporte ensuite son soutien à François Fillon en 2017. Quelques mois après l’arrivée d’Emmanuel Macron à la tête du pays, il décide de se mettre en retrait des Républicains suite à l’élection à la tête du parti LR de Laurent Wauquiez et de sa "ligne identitaire". 

En 2020, nouvelle campagne municipale à Roubaix. Cette fois-ci, Amine Elbahi s’oppose au maire sortant Guillaume Delbar et soutient la liste d’union de la gauche portée par Karim Amrouni, un "homme engagé (…) qui incarne la méritocratie". Malgré la défaite en juin de la même année, cette campagne l’a "profondément marqué, transformé et changera, à jamais, (sa) façon de faire de la politique", écrit-il alors sur les réseaux sociaux. 

Parallèlement, le jeune homme fait du combat contre l’islam radical sa priorité. Un combat qui le touche personnellement puisque sa grande sœur est partie faire le jihad en Syrie en 2014, s’est mariée avec un combattant de l’Etat Islamique et a eu deux enfants.

À la chute de celui-ci, Amine Elbahi a demandé à la France de rapatrier son neveu et sa nièce, détenus dans le camp de Roj. En vain. Ils sont aujourd’hui âgés de 4 et 5 ans.

"Les LR font le choix du buzz"

Parmi les probables autres candidats à la députation dans cette circonscription, les avis sont partagés. Mais de l’aveu même des personnes avec qui nous avons échangé, la nomination d’Amine Elbahi par Les Républicains dans cette circonscription n’a plus rien d’une surprise. 

À commencer par celui qui devait, selon toute vraisemblance, être le candidat de la droite à Roubaix et Wattrelos : Pierre-François Lazzaro. "J’ai cru comprendre que beaucoup de soutiens venaient en direction d’Amine Elbahi ces derniers jours, avoue-t-il. J’aurai pu attendre la commission nationale d’investiture de ce mardi soir pour savoir si LR misait sur l’élu local que suis plutôt que sur la flèche médiatique apparue il y a un mois… mais le discours de Valérie Pécresse de dimanche a acté mon départ parce que les valeurs véhiculées par le parti ne sont plus les miennes". 

Il s’explique. "Le côté « islamisme radical » sorti à toutes les sauces pour parler de tous les autres sujets : éducation, économie etc. Ce n’est pas ma lorgnette. Et les propos tenus par Amine Elbahi et par Valérie Pécresse ne me conviennent plus".

Interrogée, l’actuelle députée LREM de la circonscription de Roubaix et Wattrelos - pas encore officiellement candidate à sa réélection - déplore ce choix. Sur la méthode d’abord : "les LR font le choix du buzz. Amine Elbahi n’était absolument pas envisagé il y a encore quelques semaines, assure Catherine Osson. C’est révélateur qu’ils n’ont rien à proposer aux Roubaisiens". Et sur le choix du candidat ensuite, qu’elle dit bien connaître. "J’espère que les législatives ne tourneront pas qu’autour du salafisme qui, je le répète, est minoritaire à Roubaix. On sent bien qu’il surfe sur cette thématique là pour se faire une place pour les législatives mais je trouve ça dommage parce que ce n’est pas le sujet central à Roubaix".