Violences intrafamiliales : un programme d'accompagnement mis en place pour les salariées de l'hôpital de Roubaix

Depuis septembre 2023, le centre hospitalier de Roubaix a développé un programme de lutte contre les violences intrafamiliales adressé à ses agents et ses agentes. En 6 mois, une dizaine de femmes ont pu être prises en charge et aidées, notamment grâce à un travail de sensibilisation auprès du personnel, pour déceler les signes de violences.

"Soigner celles et ceux qui soignent." Depuis septembre 2023, le centre hospitalier de Roubaix (Nord) a lancé une "safe zone", un abri dans lequel les agents victimes de violences intrafamiliales (VIF) peuvent prendre refuge, être entendus et accompagnés. Un projet intitulé Daphné, comme la muse qui, selon la mythologie grecque, s'est transformée en laurier pour fuir les avances insistantes du dieu Apollon.

Les équipes du CH de Roubaix sont parties du constat qu’une femme sur dix a été, est, ou sera victime de violences intrafamiliales au cours de sa vie. "Or 80% des employés de l'hôpital sont des femmes", précise Guillaume Couvreur, directeur des ressources humaines (DRH) de l'hôpital de Roubaix. "Nous estimons donc qu'entre 250 et 300 femmes travaillant au centre hospitalier sont potentiellement concernées par ces violences." Des chiffres alarmants, qui ont poussé les équipes à ouvrir aux employés le programme VIF déjà développé pour leurs patients.

Nous estimons qu'entre 250 et 300 femmes travaillant au centre hospitalier sont potentiellement concernées par ces violences.

Guillaume Couvreur, DRH du CH de Roubaix

Des sollicitations multipliées par 6

En un peu plus de six mois, l'hôpital de Roubaix a formé 300 de ses agents à la détection de violences intrafamiliales, permettant à chaque unité et chaque fonction (organisations syndicales, DRH, service de santé au travail, amicale du personnel...) d'offrir un accompagnement éclairé à leurs collègues en cas de besoin. En plus de ces formations, 11 référents Daphné ont été désignés pour recevoir et écouter les victimes de VIF gratuitement, évidemment.

Au total, l'instauration des référents Daphné a permis de multiplier par six le nombre de sollicitations pour gérer des situations de violences intrafamiliales. Guillaume Couvreur explique : "Cette augmentation ne signifie pas qu'en six mois ou un an les violences ont bondi d’un seul coup, mais plutôt que les personnes qui en étaient victimes osent plus facilement en parler."

Surtout, la pluralité des grades et des postes (psychologue, cadre supérieur, médecin du travail, représentant du personnel, DRH...) représentés par les référents Daphné permettent aux victimes de choisir de parler à des collègues ou à des personnes extérieures à l’unité.

12 agentes suivies par le CH

Depuis le lancement de son programme, l'hôpital de Roubaix a accompagné (et accompagne toujours) douze femmes victimes de violences intrafamiliales. Certaines venaient d'entrer dans la spirale des VIF, d'autres étaient en train d'en sortir, mais dans chaque cas, le fait d’aborder le sujet au travail a permis de libérer leur parole et d'entamer un travail psychologique, vers la guérison.

"Le travail est l'un des seuls endroits où la victime est isolée de son agresseur, c'est un rare lieu de répit. Il est donc important de créer une relation de confiance avec l'employeur pour permettre une libération de la parole", commente Guillaume Couvreur, en précisant qu'un vaste travail de sensibilisation a été mis en place au sein des équipes pour éviter la culpabilisation des victimes et déceler les signes de violences intrafamiliales.

Le travail est l'un des seuls endroits où la victime est isolée de son agresseur, c'est un rare lieu de répit.

Guillaume Couvreur

Un ensemble d'actions qui permettent à l'environnement professionnel de mieux prendre en charge les victimes, mais également d'éduquer le personnel hospitalier, en brisant des tabous et de nombreux clichés. "Les gens comprennent mieux les pièges mis en place avec le cycle des violences, ils sont moins dans le jugement. Même les personnes qui étaient réticentes au départ se sont finalement senties concernées... Certaines ont même mis des mots sur leur propre passé. C'est ça aussi la sensibilisation."

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