Coronavirus : "Nous connaissons une année terrible", explique la communicante sportive Sarah Pitkowski

Sarah Pitkowski dirige 15LOVE, une agence de communication dans le sport, installée à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Avec le coronavirus, la Nordiste d'origine fait face aux annulations en cascade des grands rendez-vous sportifs de l'année, mettant en péril son entreprise. 
La Nordiste a fait partie des plus grandes joueuses mondiales dans les année 90 en tennis.
La Nordiste a fait partie des plus grandes joueuses mondiales dans les année 90 en tennis. © SP
Les amateurs de tennis se souviennent certainement de Sarah Pitkowski. La Nordiste, née à Seclin, a été l’une des meilleures joueuses françaises à la fin des années 90.
 
En 2000, Sarah Pitkowski exultait au stade Pierre de Coubertin à Paris, après avoir battu sa compatriote Amélie Mauresmo lors du deuxième tour du 8e Open de tennis de Paris.
En 2000, Sarah Pitkowski exultait au stade Pierre de Coubertin à Paris, après avoir battu sa compatriote Amélie Mauresmo lors du deuxième tour du 8e Open de tennis de Paris. © JACQUES DEMARTHON / AFP

Championne d’Europe junior, elle a évolué sur le circuit professionnel féminin pour atteindre son meilleur niveau juste avant la fin du millénaire. 


Des plus grands cours de tennis...


Vainqueur du tournoi WTA de Budapest en 1999, elle sera classée 29e joueuse mondiale cette année- là. Son autre fait de gloire, c’est la victoire contre sa voisine flamande Sabine Appelmans, alors l’une des meilleures joueuses du monde, lors d’un ¼ de finale de la Fed Cup (en avril 1998), qui avait permis à la France de s’imposer face à la Belgique, à Gand. Sous le capitanat de Yannick Noah. 
 
La Nordiste était entraînée par Yannick Noah en équipe de France, comme ici en 1998 à Gand.
La Nordiste était entraînée par Yannick Noah en équipe de France, comme ici en 1998 à Gand. © JACQUES DEMARTHON / AFP


La joueuse de Villeneuve d’Ascq a atteint aussi plusieurs fois le 3e tour d’un tournoi du Grand Chelem. En 1996 à Roland-Garros, en 1998 à l’US Open et deux fois à Wimbledon en 1999 et 2000. Sortie à chaque fois par les pointures de l’époque : Anke Huber, Arantxa Sanchez, Venus Williams et Monica Seles.

Consciente des limites dues à son petit gabarit (1,59m), Sarah Pitkowski met un terme à sa carrière en 2001, à l’âge de 26 ans seulement. A cette époque, le tennis féminin évoluait vers un jeu plus physique, avec des joueuses plus puissantes, à l’image des sœurs Williams qui arrivaient sur le circuit à ce moment-là.


... À la communication sportive


La jeune femme s’est tout de suite reconvertie dans ce qu’elle aimait : les métiers de la communication et de la presse. Elle devient chroniqueuse puis animatrice sur RMC en 2002, avant d’être consultante à la Télévision sur Eurosport, France Télévisions, l’Equipe 21 et RMC Sports notamment.
 
En 2001, elle crée aussi son agence de relations publiques et de communication appelée 15LOVE, à Saint-Cloud, où elle vit toujours. Comme tous les communicants qui interviennent dans le domaine du sport, Sarah Pitkowski subit une situation délicate, provoquée par la crise sanitaire.


2020 : "Une année terrible", pour la professionnelle du sport

 
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"Nous connaissons une année terrible, dont les pertes ne seront jamais compensées", nous confie ainsi la directrice de 15love, qui emploie aujourd’hui cinq personnes. L’agence a déjà perdu les contrats qu’elle devait signer avec des annonceurs lors des jeux olympiques de Tokyo et de l’Euro2020, les deux événements sportifs majeurs qui ont été reportés à l’année prochaine.

En cette période de pandémie, le sport ramasse beaucoup.

Sarah Pitkowski, dirigeante de 15love

"Ce double report est arrivé tellement vite que je l’ai déjà oublié… En cette période de pandémie, le sport ramasse beaucoup. Faute de revenus, nous avons recouru au chômage partiel. Nous avons fortement réduit les jours de mission. Entre les reports de charges, le recours à l’aide de l’Etat, les prêts bancaires, j’ai eu recours à tout durant cette période difficile. J’ai appris à gérer des choses que je ne connaissais pas."
 
Maintenant, Sarah est dans l’attente de la tenue de quatre événements majeurs : le Tour de France, le Paris Eiffel Jumping, les Internationaux de France à Roland-Garros et le Vendée Globe. Des événements toujours maintenus à 2020, mais sur lesquels planent de plus en plus un gros point d’interrogation, lié à l’évolution de la pandémie. 


"Chaque jour nous apporte son lot de mauvaises nouvelles"


"Ce qui est dur, c’est de ne pas savoir si ces épreuves vont bien avoir lieu. Notre principale période d’activité, c’est entre mai et octobre. C’est là que nous récoltons le plus de contrats. Depuis le début du confinement, nous vivons au jour le jour. Tous les appels d’offres sont suspendus. Chaque jour nous apporte son lot de mauvaises nouvelles".
 
La dernière vient de la Fédération française de tennis, qui rembourse les billets déjà vendus pour les Internationaux de France à Roland-Garros, déjà repoussés du 20 septembre au 4 octobre. Car on évoque maintenant un tournoi à huis clos.
 
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"Comme le Tour de France sans caravane publicitaire, le huis clos pour Roland Garros ou le Vendée Globe est invraisemblable. Comment convaincre les annonceurs d’engager des sommes d’argent importantes s’il n’y a pas de visibilité pour eux ? Actuellement, nous sommes incapables d’anticiper et je ne sais quoi répondre à mes clients. Toutes les fédérations sportives ont stoppé leur communication. C’est extrêmement anxiogène pour tout le monde de ne pas savoir…"

À 44 ans, Sarah relativise quand même la crise économique provoquée par l’épidémie. "C’est vrai que nos métiers de communication et de promotion ne sont pas essentiels au moment où beaucoup d’entreprises sont violemment frappées par le chômage, avec beaucoup de salariés qui se retrouvent sur le carreau. On ne peut pas parler pour nos agences de question de vie ou de mort comme pour les commerces. Mais dans un pays de TPE (très petites entreprises) et de services comme la France , nous subissons violemment cette crise car le secteur sportif draine des retombées économiques importantes".
   

L’espoir d’une reprise de l'activité


Malgré une activité au point mort, l’ex-joueuse professionnelle veut rester optimiste. "Nous avons tous besoin de nous réunir autour de grands événements sportifs ou culturels. Le Tour de France va faire du bien au moral des Français, s’il a bien lieu. Pour le tennis, on ne peut quand même pas tirer un trait sur la saison dès la mi-mai. Le tennis, ce n’est pas seulement les gains de Rafael Nadal et Roger Federer. C’est aussi 280 000 emplois directs ou indirects".

Sarah relativise cette passe difficile face au contexte sanitaire. Elle se dit soulagée de ne pas être ni elle ni ses proches affectés par le virus. "Les témoignages que l’on peut lire des malades sont glaçants et on se sent impuissant face à cette terrible maladie". Et de confier qu’au début de l’épidémie, il aurait fallu éviter le maintien de rassemblements comme le match Lyon-Juventus, ou le premier tour des élections municipales.
 


De retour sur RMC ?


"Vu les incertitudes sur l’évolution de la crise, je ne pense revenir au bureau avant le mois de juillet". Avant cela, l’ancienne championne espère rentrer dans le Nord pour voir sa famille et ses amis ; et peut-être aussi aider à l’organisation du tournoi challenger Play In Lille, qui n’a pu se tenir en mars, et dont le TC Lille a demandé un report à l’ATP. Encore une grosse incertitude…
 
En attendant une reprise de ses contrats avec les annonceurs, Sarah Pitkowski va certainement revenir à son activité de consultante sportive sur les ondes, qu’elle avait mis en sommeil. "Je suis par la force des choses disponible. La radio RMC imagine des émissions pour cet été". Cela pourrait être dès ce week-end avec la reprise d’émissions interrompues durant le confinement. 

 
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