"C'étaient les économies d'une vie" : un faux conseiller de banque en ligne leur arnaque 26 000 euros, un mode opératoire vicieux

Victoria et son petit ami Romain, 27 et 29 ans, vivent ensemble depuis 4 ans quand ils décident d'acheter une maison à Tourcoing, dand le Nord. Alors qu'ils allaient accéder à leur rêve en juillet 2023, ils découvrent que leur conseiller bancaire est un escroc qui s'est envolé avec leur 26 000 euros d'apport personnel. Ce type d'escroqueries aux faux conseillers bancaires se multiplie en France. Voici leur histoire.

27 ans d'économies évaporés. Victoria est ambulancière, tout comme son compagnon Romain, de deux ans son aîné. Tous deux vivent ensemble dans un appartement qu'ils louent depuis 4 ans, quand ils prennent une grande décision : devenir propriétaires.

La jeune femme économise depuis de longues années et possède un petit pécule sur son PEL. Un atout pour servir d'apport (indispensable aujourd'hui). Alors, ils se lancent et commencent les démarches pour trouver la maison de leurs rêves.

"Personne n'a rien soupçonné"

"On a commencé à chercher en 2022, mais avec nos horaires d'ambulanciers, on n’avait pas assez de temps à y consacrer", explique Victoria, qui passe alors le flambeau à sa maman Sabine, 57 ans.

Décidée à aider sa fille, Sabine recherche sur internet les meilleurs taux d'emprunt : "je remplis un dossier sur un site, et quelques jours après je suis contactée par un certain Antoine qui se présente comme un conseiller Hello Bank [NDLR : une banque en ligne]".

Premier réflexe pour la maman, vérifier l'identité du conseiller : "on a regardé sur internet, tout correspondait".

Personne n'a rien soupçonné, on nous a dit "je ne pourrais pas faire mieux, alors foncez

Sabine Delaleau, mère de la victime de l'arnaque

Il lui propose un prêt à un taux compétitif. "Personne n'a trouvé ça bizarre, explique Sabine, ni notre banquier, ni le courtier à qui nous avions demandé conseil." Le taux du prêt impressionne, mais "personne n'a rien soupçonné, on nous a dit je ne pourrais pas faire mieux, alors foncez", concluent les deux femmes.

Elles se remémorent l'homme auquel elles ont eu affaire "il parlait très bien, comme un banquier, un langage presque soutenu" témoignent-elles. "Il était très pro, on faisait beaucoup de rendez-vous, il expliquait des choses très techniques". Très rapidement, l'homme gagne la confiance du couple.

Une escroquerie au mode opératoire bien ficelé

Quelques mois plus tard, les choses se concrétisent : Victoria et Romain ont trouvé la maison qui leur convient, et entament les démarches de l'achat. "Là on transmet tous nos documents personnels au faux conseiller, pour lancer le dossier" témoigne la jeune femme.

Encore une fois, le caractère insoupçonnable de l'arnaque se confirme "il nous fournissait tous les papiers officiels, avec des signatures aux noms réels des directeurs de Hello Bank". L'escroc, toujours plus organisé, ne laisse rien au hasard pour tisser son piège.

L'offre de prêt en main, Victoria obtient les clefs de la maison pour quelques visites : "pendant un mois je commence à me projeter, je fais venir des artisans". Le couple se voit déjà habiter les lieux décorés à leur guise.

Pendant un mois je commence à me projeter, je fais venir des artisans

Victoria, victime de l'arnaque

"Pour finaliser l'achat, il nous a dit qu'il serait plus facile que ce soit lui qui transmette tout l'argent d'un coup au notaire" expliquent Victoria et sa mère. L'escroc propose donc à Victoria de : "transférer mon apport personnel sur un compte de nantissement qu'il avait lui même ouvert à mon nom".

26 000 euros dans la nature

Cette procédure n'est pas habituelle. Mais les deux femmes expliquent que personne ne les a prévenues. Ni le notaire, ni la banque quand Victoria leur a annoncé devoir transférer l'intégralité de son PEL sur ce compte : "ma conseillère m'a simplement félicitée", affirme Victoria.

Le 27 juin 2023, l'argent part du compte de Victoria. 5 minutes suffisent, et l'ambulancière rentre chez elle uniquement avec l'attestation de virement dans les mains. Elle la transmet rapidement à son "conseiller bancaire" qui prétend déclencher la suite des opérations. 

Le conseiller lui assure que le tout sera effectif à la signature prévue le 18 juillet, un mail devant arriver avec les attestations nécessaires à la vente. Mais quelques jours plus tard, toujours rien. Sabine finit par rappeler le conseiller, et tombe sur l'un de ses "collègues" qui explique qu'Antoine est absent, et renvoie à l'assurance pour le retard des papiers.

Ils m'ont dit que certains de leurs conseillers étaient victimes d'une usurpation d'identité, que je m'étais fait arnaquer.

Sabine, mère de Victoria

Inquiète, elle appelle l'assurance "pour accélérer la procédure". Et là, le couperet tombe, la voix de la mère tremble encore sous l'émotion : "l'assurance m'a affirmé n'avoir jamais travaillé avec Hello Bank". Elle appelle tout de suite la banque, qui confirme : "ils m'ont dit que certains de leurs conseillers étaient victimes d'une usurpation d'identité, que je m'étais fait arnaquer."

"Le sol s’est effondré sous mes pieds"

La nouvelle est difficile à encaisser : "le sol s'est effondré sous mes pieds". La mère qui voulait aider sa fille se sent désormais coupable : "je culpabilise énormément d'avoir mis ma fille dans cette situation".

Depuis, impossible de récupérer l'argent "ils avaient tout retiré aussitôt" explique Victoria. Le rêve du jeune couple tombe à l'eau : "on ne peut plus emprunter sans apport, on est revenus au point de départ". Sa mère ne cache pas son désespoir :"ce sont les économies d'une vie, le travail de nous parents et d'elle, étudiante qui mettait de côté euro après euro".

Ce sont les économies d'une vie, le travail de nous parents et d'elle, étudiante qui mettait de côté euro après euro

Sabine, mère de Victoria

Sabine n'a de cesse de se battre pour trouver une faille qui leur permettrait de récupérer l'argent de sa fille : "je passe mes nuits à chercher ce que l'on pourrait faire" relate-t-elle, déterminée.

Mais l'enquête patine du côté de la police, et la seule faille que Sabine ait trouvée n'aboutit pas : "on pensait pouvoir jouer sur le devoir de vigilance de la banque, mais ils ont répondu par le devoir de non-immixtion, en gros qu'ils ne devaient pas s'immiscer dans les affaires de ma fille."

Éviter que cela n'arrive à d'autres

"On se sent impuissants, on n'a plus aucun recours", conclut Sabine, qui nourrit peu d'espoirs à l'idée de revoir leur argent un jour. "Maintenant ce que l'on aimerait, c'est que l'enquête avance, ou au moins obtenir quelque chose de la banque". Mais surtout, "quoi qu’'il arrive, on veut que notre témoignage évite à d'autres de se faire prendre".

Première victoire pour Sabine : "j'ai raconté ce qu'il nous est arrivé sur un forum en ligne, où j'ai rencontré deux autres victimes avec qui on a porté plainte, mais aussi une personne qui m'a expliqué avoir arrêté sa demande de prêt après avoir vu mon histoire."

La mère et la fille ne comptent pas arrêter de se battre, pour récupérer les fonds mais aussi pour sensibiliser face à des escroqueries de plus en plus difficiles à repérer.

Quelques conseils pour se prémunir des arnaques : si vous êtes en lien avec un conseiller bancaire d'une banque virtuelle, appelez le siège pour vous assurer de sa bonne foi. De même, n'hésitez pas à vous faire confirmer la légalité de l'intégralité des procédés qui vous sont proposés. Lors d'une recherche sur internet, attention aux faux sites qui extorquent vos données personnelles. Dans tous les cas, privilégiez des rencontres avec des personnes physiques pour vos démarches.

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