Un mois de grève de la faim pour une accueillante familiale de Lourches : "Ce sera ma dernière bataille, ma bataille pour tous"

Accueillante familiale, Thérèse Bauwens, 69 ans, est en grève de la faim depuis le 5 février dernier. Cette habitante de Lourches réclame une revalorisation de son métier. Un combat qu’elle est déterminée à mener "jusqu’au cercueil". La ministre chargée de l'autonomie, Brigitte Bourguignon, lui a fait une proposition.

Elle a déjà perdu dix kilos. Depuis bientôt un mois, Thérèse Bauwens ne se nourrit plus. "Le plus dur, ça a été la première semaine. J’ai eu faim. Ensuite, l’estomac se resserre". Sur conseil de son médecin, Thérèse boit de l’eau sucrée "et surtout du café sucré, c’est meilleur".

Son ton n'a rien de celui d'une personne fatiguée… bien au contraire. En ce mercredi matin, l’habitante de Lourches se dit même "enragée". La veille, elle a regardé l’enquête de Cash Investigation sur les EPHAD. "C’est pas possible, pas possible de mettre autant d’argent pour ça et, nous, de nous payer à la fourchette".

Un métier mal connu et mal reconnu

Thérèse est accueillante familiale. Créé en 1989, ce métier est une alternative aux lieux collectifs tels que les EPHAD et autres maisons de retraite. A son propre domicile, l'accueillant héberge et nourrit les adultes en manque d'autonomie, qu'ils soient malades, trop âgés pour vivre seuls ou en situation de handicap. Jamais plus de trois personnes à la fois. 

"S'occuper de personnes dépendantes, c'est énormément de travail ! On ne s'arrête jamais", nous explique Thérèse. Agée de 69 ans, elle nous raconte notamment le moment de la toilette. Grâce à une aide-soignante, elle a appris les gestes simples qui permettent de ne pas se faire mal au dos. "Je sais faire la toilette au lit quand c'est nécessaire, refaire un lit avec la personne allongée dedans (…). Il faut rassurer. Il faut comprendre la gêne et la pudeur". 

Ce métier d'accueillant familial, Thérèse l'a choisi il y a 33 ans. "J'ai commencé avec les petites mamies de mon quartier. Des commerçantes qui m'avaient souvent aidée quand on n'avait pas grand-chose à manger". Catholique d'une famille ouvrière, fille aînée de onze enfants, petite-fille de résistant, elle a toujours accompagné les plus faibles.

Chez elle, aider est une seconde nature. "Je ne veux pas que mes pensionnés partent seuls. Ce ne sont pas des animaux, ce sont des êtres humains. Ce sont nos mères, grands-mères, grands-pères… Ils nous ont mis au monde. On ne va pas les abandonner".

On les veille jusqu'à la mort. Quand quelqu'un arrive en fin de vie, c'est du 24/24.

Thérèse Bauwens, accueillante familiale

Elle a ainsi accompagné une trentaine de personnes jusqu'au bout. Et de nous raconter la gorge serrée cette période en l'an 2000 où elle a "flanché". Trop de décès autour d'elle. Aujourd'hui, cette grève de la faim, c'est donc une façon de réclamer son "". 

Un bras de fer avec l'Etat 

En France, n'est pas accueillant qui veut. Un agrément est obligatoire : il est accordé par le conseil départemental. Mais côté rémunération, les choses sont plus relatives. 

Chaque département fixe le taux horaire. Dans le Nord, un accueillant est payé 3 heures par jour et par personne. Ce salaire est complété par une indemnité de congés payés de 10%. Des frais d'entretien sont également versés. "Comme j'héberge trois personnes, je touche trois fois 796 euros et trois fois 583 euros pour les frais", détaille Thérèse.

A ses yeux, trois heures par jour, c'est trop peu. Aujourd'hui, elle en réclame six. "Ça me paraît raisonnable. Dans les faits, on travaille douze heures". Thérèse assure prendre régulièrement sur son salaire pour les repas, faute de frais d'entretien suffisants.

Il n'est pas question que mes pensionnés n'aient pas une nourriture de qualité. J'aurais trop honte. Quand on est âgé, on n'a plus que ça, les joies de la vie !

Thérèse Bauwens, accueillante familiale

Thérèse espère surtout une uniformisation à l'échelle nationale. Vice-présidente du département du Nord en charge du handicap, Sylvie Clerc connait bien le dossier : "Dans certains départements, le taux est de 2,50 heures. D'autres vont jusqu'à presque 5". Dans le Nord, vous êtes à 3 heures payées, pourquoi ne pas remonter ce taux ? "Ça fait partie des réflexions, mais le département ne peut pas porter ça tout seul. D'autant que le Nord est celui qui a le plus d'accueillants familiaux. 700 environ. On attend la compensation de l'Etat". 

Dans le contexte de scandale des EPHAD, la grève de la faim de Thérèse Bauwens a mis la pression sur la classe politique. Le dossier des accueillants familiaux est même arrivé sur le bureau de la ministre chargée de l'autonomie. Brigitte Bourguignon a envoyé une lettre à Thérèse expliquant son intention de réformer le statut de la profession. La ministre y voit une alternative humaine. 

Selon Brigitte Bourguignon, le calendrier n'est malheureusement pas favorable à cette réforme. A l'approche des élections, il faudra attendre la prochaine session parlementaire de l'été prochain. Thérèse a lu avec intérêt le courrier. Elle réfléchit encore à sa réponse. 

"Jusqu'au cercueil"

Depuis qu'elle a entamé sa grève de la faim, Thérèse n'a pas cessé de s'occuper de ces trois pensionnés. Sa remplaçante l'aide. Son fils aussi. "Le conseil départemental passe chaque semaine en ce moment". Elle se sent un peu surveillée, mais le comprend.

"Je suis déterminée à aller jusqu'au bout. S'il le faut, j'irai jusqu'au cercueil. Ce sera ma dernière bataille, ma bataille pour tous !" Son père lui a appris à travailler ainsi. "Pov'papa", conclut-elle. "S'il voyait comme on est exploité !"

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