Villeneuve-d'Ascq : le LaM expose les oeuvres d'adeptes du spiritisme appelés par des voix à la peinture

"La toile judéo-chrétienne" de Victor Simon, 1937. / © Adagp, Paris, 1937 / Photo : D. Cueco
"La toile judéo-chrétienne" de Victor Simon, 1937. / © Adagp, Paris, 1937 / Photo : D. Cueco

Jusqu'au 5 janvier, le musée expose les œuvres d'Augustin Lesage, Victor Simon et Fleury-Joseph Crépin. Mineur, cafetier, ou zingueur, ces trois ouvriers du bassin minier sont devenus peintres après avoir entendu des voix les sommant de se tourner vers l'art. 

Par ML

Tous trois contemporains, originaires du bassin minier, nés dans un milieu ouvrier, Augustin Lesage, Victor Simon et Fleury Joseph Crépin sont réunis pour la première fois en 70 ans. L’exposition qui leur est consacrée au LaM, musée d’art moderne de Villeneuve-d’Ascq, donne à voir les correspondances dans leurs œuvres et leurs parcours, indissociables de leur pratique commune du spiritisme.
 

Leur travail artistique partage une grande sophistication, un sens de la couleur et de la symétrie. La dimension spirituelle voire magique y est omniprésente. « Crépin disait que ses peintures pouvaient protéger les maisons », rapporte Savine Faupin, co-commissionnaire. Les toiles des trois hommes « véhiculent des messages de paix, de vie meilleure sur Terre, d’autres organisations sociales. »
 

"Des voix qui vont les guider"


De prime abord, rien ne les prédisposait à se tourner vers la peinture. « Ils ont reçu des messages de voix qui leur demandent de faire œuvre, alors qu’ils n’étaient pas liés aux milieux artistiques, confirme Savine Faupin. Ce sont des voix qui vont les guider pendant toute leur période de création. » Celle entendue par le premier d’entre eux, Augustin Lesage, le cueille dès 1911. Le mineur, âgé de 36 ans, n’a alors jamais montré de goût pour les arts plastiques.
 

« Il va oser faire de la peinture, ce qui est incroyable », souligne Savine Faupin, qui précise : « Il n’a pas été rejeté ; mais c’est bizarre de faire de la peinture quand on habite une maison de coron et qu’on va à la mine la journée. En plus, il a fait très vite des grands formats. » Des œuvres marquées notamment par l’influence de l’Égypte antique qui vont inspirer Victor Simon.
 


Ce fils de mineur, qui a notamment travaillé comme cafetier ou comptable, a été profondément marqué dans sa jeunesse par une séance de psychisme. Treize ans plus tard, il entendra une voix lui ordonnant de peindre. Egalement essayiste et conférencier, il a exposé de nombreuses fois aux côtés d’Augustin Lesage.
 
 
Plus tardif, le parcours artistique de Fleury Joseph Crépin sera aussi prolifique. Ses deux contemporains pratiquaient comme guérisseurs de manière conjointe à leur art. Crépin, lui, exerçait déjà comme radiesthésiste quand des voix lui donnent une mission : la Seconde Guerre mondiale vient de se déclarer et elle ne prendra fin que quand il aura peint 300 œuvres, auxquels il doit faire succéder 45 « tableaux merveilleux » pour que la paix s’installe sur le monde. Il n’achèvera que 43 éléments de cette dernière série avant de s’éteindre.
 

Une vague spirite


Les deux Guerres mondiales sont fondatrices pour ces peintres spirites. Le parcours de l’exposition s’attache ainsi à donner à voir et à lire le contexte dans lequel ils évoluent, celui d’un second souffle pour ces pratiques et croyances arrivées des Etats-Unis au XIXe siècle. « Lesage commence à peindre pendant un regain des pratiques spirites, détaille Savine Faupin. Il y a un besoin de contact avec les morts. C’est un contexte, dans le bassin minier, où on construit beaucoup de cimetières après la fin de la guerre. »
 
Augustin Lesage, Néfertiti (détail), 1952. / © Adagp, Paris, 2019. Photo : N. Dewitte / LaM
Augustin Lesage, Néfertiti (détail), 1952. / © Adagp, Paris, 2019. Photo : N. Dewitte / LaM

A la fois chronologique et thématique, le cheminement des visiteurs les amène à une ouverture sur l’héritage de ces figures-clefs de l’art spirite, dont des surréalistes (André Breton, Jean Dubuffet) feront collection. L’exposition est à découvrir jusqu’au 5 janvier au LaM. Une partie des œuvres partira ensuite au musée des Beaux-Arts de Chambéry, où elles seront montrées à l’automne 2020.

 

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