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"Archaïsme" contre "patrimoine" : les équipages de chasse à courre sur la défensive

Après les affaires de Lacroix-Saint-Ouen et de Bonneuil-en-Valois, dans l'Oise, les équipages de chasse à courre sont de plus en plus inquiets face à la montée du mouvement pour la cause animale, un "fait de société".
Engoncé dans sa redingote, Pierre-François Prioux sonne le début de la chasse au chevreuil avec gourmandise. Depuis un mois pourtant, l'inquiétude gagne ce passionné de chasse à courre face aux critiques de plus en plus vives des opposants contre "notre patrimoine national".

La chasse, c'est mon sacerdoce !




"La chasse, c'est mon sacerdoce !", lâche le responsable du "Rallye Tempête", un équipage qui chasse le chevreuil en Seine-et-Marne et dans le Loiret. "Ça fait 30 ans que je voue ma vie à la chasse à courre", souffle-t-il tout en embrassant du regard les chevaux, les 37 chiens et les membres de son équipage vêtus de la même redingote bleue surmontée de boutons aux armes de l'équipage.

"J'ai tout sacrifié, mes vacances, mon temps, mon argent. Et je suis parti de zéro ! Alors oui, je suis inquiet", martèle ce professeur d'histoire-géo en région parisienne.

Le foie gras c'est bien pire, non ?


Ce jour-là, dans la forêt d'Orléans, le "Rallye Tempête" rentrait bredouille. "Ca n'a rien d'exceptionnel", note Olivier, un membre de l'équipage de Pierre-François Prioux. "Trois fois sur quatre, c'est l'animal qui gagne".

"Nous contribuons à réguler la faune. Il n'y a pas assez de prédateurs et une surpopulation" de chevreuils, seul animal que chasse le "Rallye Tempête" ajoute le chasseur. "La chasse à courre fait partie de notre patrimoine national, c'est une tradition" vieille de 600 ans, renchérit Sylvie. "Le foie gras c'est bien pire, non ?"


Des arguments que balaye la sénatrice (PS) de l'Oise et ancienne ministre Laurence Rossignol, à l'origine fin novembre d'une proposition de loi visant à interdire "la chasse à courre, à cor et à cri", comme en Angleterre où la chasse a été interdite en 2005.


"C'est un mode de chasse archaïque" qui"induit de la peur et du stress chez les animaux blessés". Et de citer l'affaire de Lacroix-Saint-Ouen, lorsque des veneurs avaient abattu un cerf qui avait trouvé refuge dans le jardin de particuliers. 


L'affaire a créé l'émoi, à tel point que la Fondation 30 millions d'amis a lancé une pétition en ligne "pour l'abolition de la chasse à courre", qui a recueilli près de 115.000 signatures. Une autre affaire, plus récente a relancé le débat à Bonneuil-en-Valois : cette fois-ci, les habitants ont empêché l'équipage d'abattre un cerf.


Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, estimant que la chasse à courre "heurte profondément", veut conduire une "réflexion". Pourtant, le président de la République Emmanuel Macron est allé saluer mi-décembre des chasseurs lors d'un week-end près du château de Chambord. 

De quoi faire bondir Brigitte Bardot, qui a publié mercredi dans Le Parisien une "lettre ouverte au gouvernement français" contre la chasse à courre, entre autres pratiques "cruelles".

La chasse à courre ne coule plus de source en France


C'est bien cette pression sur l'opinion publique que les chasseurs à courre voient avec inquiétude, explique Pierre de Boisguilbert, porte-parole de la Société de Vènerie qui fédère les 400 équipages de chasse à courre français et leurs 10.000 membres.

Même si la proposition de loi n'aboutissait pas, M. Boisguilbert relève un mouvement profond qui a fait de la cause animale "un fait de société". "La montée de l'anti-spécisme, du véganisme, qui faisaient sourire il y a quelques années, ne font plus sourire du tout". "La chasse à courre ne coule plus de source en France", regrette-t-il.

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