Procès de l'assassinat de Shaïna : le parquet demande que l'accusé soit jugé en tant qu'adulte et requiert 30 ans de réclusion criminelle

Le ministère public a requis, ce vendredi 9 juin, la levée de l'excuse de minorité qui protège l'accusé, le petit-ami de Shaïna, assassinée à Creil en 2019. Le jeune homme, jugé par la cour d'assises pour mineurs de l'Oise car âgé de 17 ans au moment des faits, pourrait encourir jusqu'à 30 ans si la cour suit les réquisitions du parquet.

"La justice française doit évoluer. Il faut qu'il soit considéré comme un adulte !" Le cri de Shakill Hansye, papa de Shaïna, jeune fille poignardée et brûlée à Creil en 2019, semble avoir été entendu. Quelques heures après ce vœu, prononcé alors que la famille de la victime sortait les larmes aux yeux du palais de justice de Beauvais (Oise) après la plaidoirie de leur avocate Me Negar Haeri, le parquet a demandé à la cour de lever l'excuse de minorité qui protège l'accusé. Au moment des faits, le petit ami de Shaïna était alors âgé de 17 ans.

"Me Negar Haeri a défendu ma petite sœur de façon exemplaire, elle a rétabli l'honneur de Shaïna. Le souvenir qu'on doit garder d'elle, c'est celui d'une jeune fille qui se préparait, qui s'apprêtait pour aller voir son amoureux, a confié très ému Yasin, le frère aîné de la victime. Si ma sœur a entendu sa plaidoirie depuis où elle se trouve, je pense qu'elle la considérerait comme une sœur."

C'est la plus lourde peine que puisse demander le parquet

Protégé par l'excuse de minorité – car il avait 17 ans au moment des faits - l'accusé encourt jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Mais dans son réquisitoire, l'avocat général estime judicieux de lever cette excuse pour que la cour prononce une peine plus lourde. Le suspect peut donc être condamné jusqu'à 30 ans de réclusion, soit le plafond pour un mineur jugé pour un tel crime et dont l'excuse a été levée.

L'excuse de minorité est réservée aux "crimes d'enfants". Dans ce dossier, les atrocités commises sont dignes d'être perpétrées par un adulte. C'est un crime de "grand", et comme le parquet l'a rappelé, avec une préméditation, une aspersion d'essence, un guet-appens.

Me Negar Haeri

Avocate de la famille de Shaïna (partie civile)

L'avocat général justifie cette motivation par le caractère adulte du crime : sa violence - une quinzaine de coups de couteaux ont été portés sur la victime, avant que son corps soit brûlé - mais aussi son motif, vraisemblablement une volonté d'interrompre la grossesse de Shaïna.

Le jeune homme, qui clame son innocence, plaide "l'erreur judiciaire" depuis l'ouverture du procès lundi 5 juin. Imprégnée de ce réquisitoire, mais aussi des plaidoiries des avocats de la défense, Me Adel Farès et Me Élise Arfi, qui interviennent dans l'après-midi, la cour devrait se retirer en toute fin de journée pour donner son verdict tard dans la soirée, voire dans la nuit du 9 au 10 juin.

"Notre client est pétrifié. On a prononcé contre lui une peine de trente ans, soit une peine plus longue que sa vie entière. C'est très très difficile", lâche Me Arfi, qui rappelle que l'excuse de minorité a été levée deux fois depuis son existence en 1945, les affaires Patrick Dils et Agnès Marin.

"Si une peine de 30 ans est réellement prononcée, glisse Yasin Hansye, je pourrai dire fièrement que la justice française a été à la hauteur."

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