Comment se transmet la mémoire des Poilus en Picardie ?

Poilus 14/18 / © France 3 Picardie
Poilus 14/18 / © France 3 Picardie

La commémoration de l'Armistice de la Première Guerre Mondiale aura lieu le 11 novembre. Il n'y a plus de témoins pour parler de cette guerre sanglante. Alors comment se fait aujourd'hui la transmission de la mémoire ?  Voici quelques exemples dans des communes picardes. 

Par CDC et HB

Comme chaque année le 11 novembre sera célébré partout en France. Cette date dépasse toutes les autres en évocation historique, car elle mettait un terme à l'une des guerres les plus sanglantes. Comment aujourd'hui expliquer le souvenir des soldats tombés dans les tranchés, alors que les témoins ne sont plus là pour raconter ce qu'ils ont vécu ? 
 
 

Les Flammes de la paix à Château-Thierry


À Château-Thierry, la transmission passe par les élèves. Dès le 1er novembre, ils sont sensibilisés au devoir de mémoire à travers des ateliers, des visites pédagogiques et des expositions. 

Ils sont associés aux commémorations du 11 novembre grâce à des concours à commencer par un travail d’écriture. Au collège Saint-Joseph, chaque élève de 3e écrit une lettre à un soldat inhumé à la nécropole des Chesneaux.
Ce travail est ensuite lu par les élèves eux-mêmes lors de la cérémonie « Les Flammes de la paix » le vendredi 8 novembre à la suite d’un lâcher d’une centaine de lanternes portant le nom de 100 soldats inhumés à la nécropole.
L'événement sera suivi par un défilé aux flambeaux jusqu’aux Monuments aux morts où auront lieu des dépôts de gerbes.

Les élèves de la commune participent également à un autre concours lancé au niveau national, celui des « Bulles de Mémoire ».
Initié en 2011 par l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG), ce concours invite des jeunes scolarisés ou non à réfléchir sur l’héritage des conflits contemporains en réalisant une bande dessinée selon un thème précis renouvelé chaque année. En 2019, le sujet était « S’engager pour la République ».
Les classes de première et terminale ES et L du lycée Jean de la Fontaine de Château-Thierry ont remporté un 1er prix avec leur BD « Sur ses deux pieds ».
Autre récompense cette fois reçue par les collégiens de Saint-Joseph qui ont remporté un prix au concours national de la Résistance et de la Déportation.« Les élèves de Château-Thierry sont régulièrement récompensés car de nombreux professeurs sont investis sur cette transmission mémorielle » explique Caroline Ledun, chargée de mission à la mairie. « L’objectif de ce travail de Mémoire, poursuit-elle, c’est que les élèves soient actifs dans la transmission de l’événement, d’autant plus qu’il n’y a plus de témoins et ce, toujours dans l’idée de transmettre un message de paix quel que soit le conflit dont on parle, qu’ils deviennent des ambassadeurs de la Paix ».

Pour la ville de Château-Thierry, le centenaire de la Grande Guerre n’a pas de raison de s’arrêter.
En 1920, la ville de Jean de la Fontaine a été décorée de la croix de guerre et de la légion d’honneur. L’année 2020 sera l’occasion de le rappeler et d’apporter de nouvelles connaissances à la jeune génération.

Plus de détails sur le programme des commémorations à Château-Thierry.
 

Les 400 écoliers de Laigneville honoreront la mémoire des Poilus


À Laigneville, dans l'Oise, le maire met un point d'honneur à organiser une cérémonie en hommage aux soldats morts pour la France, lors de la Grande Guerre. Mais cette année, Christophe Dietrisch a décidé de redonner un sens à cette commémoration. "J'étais déçu parce qu'au final, on était tout le temps le même groupe autour du monument aux morts" déplore-t-il.

"Si la présence des écoles a longtemps été une évidence aux différentes commémorations, ce n'est plus le cas aujourd'hui, constate l'élu, cela s’explique principalement par le fait que plus aucun combattant n’est encore en vie pour témoigner de ce qu’a été cette guerre mais aussi parce que désormais la date de l’armistice est de plus en plus lointaine historiquement et donc bien moins présente à l’esprit des citoyens".

Mon boulot, c'est de préserver une mémoire collective.

Actif sur les réseaux sociaux, Christophe Dietrisch y mesure l'état d'esprit qui règne sur la toile. "Les gens sont devenus intolérants, égoïstes et c’est dangereux, remarque-t-il, l'info circule plus rapidement avec les réseaux sociaux, elle passe mais elle disparaît aussi vite. Tout ce qui est mémoriel, c'est pareil. Au-delà d'un certain temps, les leçons de l'Histoire s'estompent, notre époque actuelle doit nous faire garder à l'esprit que les tensions mondiales augmentent et que nous ne sommes plus à l'abri d'un conflit majeur". 

Résultat cette année, ce n'est pas une mais deux cérémonies qui sont prévues pour honorer la mémoire des Poilus. À celle du 11 novembre s'ajoute celle du vendredi 8 novembre organisée à l'initiative des enseignants de l'école Georges Brassens.
Elle aura lieu à 14h15 sur la place de la mairie avec l'ensemble des écoles de la ville, du CE1 au CM2, soit près de 400 enfants. 
Les écoliers liront des textes et chanteront. La cérémonie aura lieu en présence des porte-drapeaux de Liancourt et comme pour toutes commémorations, la journée s'achèvera autour d'un goûter républicain. 

Si tout se passe bien, la mairie renouvellera l'opération. Cette seconde cérémonie deviendra un rendez-vous annuel au dernier jour d'école qui précède le 11 novembre. 

Rendre hommage aux quatre villes marraines 

La ville d'Albert a été détruite à 95% après la Grande Guerre. Cette année, elle a décidé de rendre hommage aux villes qui ont particpé à sa reconstruction, Tien-Tsin en Chine, Aïn-Temouchent en Algérie, Birmingham en Angleterre et Bordeaux en France.

"Un grand travail a été fait auprès des jeunes pour les mobiliser autour de ces quatre villes. Chaque trimestre a été associé à une ville différente, les écoliers ont participé à un petit-déjeûner anglais en hommage à la ville de Birmingham, au mois de novembre, c'est la ville de Bordeaux qui est mise à l'honneur, ils vont par exemple réaliser des cannelets. Le samedi 9 novembre, une oeuvre mémorielle (fresque) sera inaugurée en présence des représentants des quatre villes. Elle a été réalisée par Véronique Champossin ancienne professeur d'arts plastiques, elle a collaboré avec plusieurs artistes mais aussi 200 collégiens et lycéens de la ville. La ville a également sollicité des jeunes pour participer aux commémorations du 11 novembre avec les jeunes sapeurs-pompiers. Pour nous la transmission du devoir de mémoire est important au vue de l'histoire de la ville, il faut continuer la dynamique des commémorations du centenaire, car les jeunes d'aujourd'hui seront les adultes de demain". Raconte Sandrine Mendes-Borges, chargée de la communication de la ville d'Albert.   

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