"Ça m'a sorti de mon isolement" : à Compiègne, un élan de solidarité pour aider les étudiants précaires

Chaque vendredi à Compiègne, les étudiants de l'UTC peuvent récupérer un colis de produits alimentaires et ménagers, et partager des moments de convivialité. Un élan de solidarité mis en place par des habitants pour les sortir de l'isolement et de la précarité.

À Compiègne, les étudiants récupèrent des colis de nourriture - Avril 2021
À Compiègne, les étudiants récupèrent des colis de nourriture - Avril 2021 © Benjamin Belaidi

Un peu partout en France, des initiatives pour aider les étudiants à mieux vivre la crise sanitaire fleurissent. À Compiègne, l'élan de solidarité citoyen né au mois de février a rapidement pris de l'ampleur, et ce qui était une simple distribution de produits de nécessité s'est rapidement transformé en rendez-vous convivial, salvateur pour les étudiants.

"Ces colis me soulagent vraiment"

Chaque vendredi depuis le 18 février, les étudiants en difficulté financière sont invités à venir chercher un colis contenant des produits alimentaires et ménagers. Entre 100 et 120 étudiants en bénéficient. "Ce ne sont pas des petits colis, ils contiennent chacun entre 25 et 30 euros de produits, explique Benjamin Belaïdi, militant associatif à l'origine du projet. Tout est gratuit, et on ne leur demande pas de justifier de leurs ressources, on leur demande simplement de s'inscrire par mail et de présenter leur carte étudiante. On ne voulait pas faire de tri, on est partis du principe que les jeunes seraient responsables, et ils le sont : certains nous disent parfois qu'ils ne vont pas prendre tel ou tel produit car il leur en reste de la semaine précédente."

Les dons proviennent de supermarchés, de particuliers ou d'entreprises, et la logistique est assurée par une trentaine de bénévoles. "Il y a beaucoup de jeunes des quartiers prioritaires qui s'impliquent, c'est important de le souligner, précise Benjamin Belaïdi. On a aussi quelques personnes âgées, et une dizaine d'étudiants bénéficiaires des colis qui s'impliquent dans les distributions."

Parmi eux, Cursif Nkodia, étudiant en dernière année en ingénierie mécanique. Venu dès la première après-midi pour récupérer un colis, il s'est très vite proposé pour participer à l'organisation et y consacre désormais deux après-midi par semaine. "Je suis étudiant non-boursier. Je n'irai pas jusqu'à dire que j'avais vraiment du mal à faire mes courses parce que pour acheter les produits de première nécessité, ça allait. Mais pour le reste, les produits ménagers par exemple, il fallait y réfléchir à deux fois, compter. Alors ces colis me soulagent vraiment, même si je n'en prends pas toutes les semaines", confie-t-il. 

Un temps d'échange et de partage

Au fil des semaines, dans et devant la salle municipale du Camp de Royallieu, la distribution de colis s'est transformée en moment de convivialité. Masques, gel hydroalcoolique et gestes barrière sont de rigueur, mais les étudiants peuvent désormais s'y retrouver pour échanger, jouer à la pétanque ou faire un peu de sport. "Par exemple cette semaine, un éducateur sportif du club de volley de Compiègne est venu. Le fait de proposer plusieurs animations permet de faire des petits groupes et de respecter les distances", explique Benjamin Belaïdi. 

Des moments précieux pour les étudiants qui passent désormais le plus clair de leur temps seuls chez eux devant leurs écrans. Comme beaucoup, Cursif Nkodia ne peut pas retourner dans sa famille régulièrement, faute de moyens. Originaire de Rennes, il n'y est pas retourné depuis la rentrée de septembre. "Ca fait énormément de bien ! Ca m'a sorti de l'isolement. Et encore, nous, on a connu la vie universitaire d'avant, mais les nouveaux entrants, ceux qui sortent du bac, ils sont vraiment déboussolés. D'entrée de jeu, ils n'ont pas eu d'interactions pour se faire un cercle. Si elles ne sont pas en coloc, ces personnes se retrouvent très isolées." Et pour les étudiants étrangers, nombreux à Compiègne, les difficultés sont multipliées. 

Alors ce temps d'échange hebdomadaire apparaît pour beaucoup comme une respiration avant de reprendre le cours de la vie universitaire confinée. Et de plus en plus de monde y participe. "La semaine dernière, trois mamans du quartier ont proposé de préparer un thiéboudiène, un classique de la cuisine sénégalaise, pour tous les étudiants, raconte Benjamin Belaïdi. Cette semaine, c'est une asso qui s'est proposé de faire un gratin de pâtes. Les jeunes repartent avec leur colis, un plat chaud et un gâteau au chocolat pour le dessert."

Les bénévoles espèrent pouvoir continuer l'action au moins jusqu'à la fin de ce nouveau confinement.

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