Coronavirus : dans l’Oise, l'enseignement à distance ne fait pas l'unanimité

Duvern, 13 ans, suit des cours à distance depuis la fermeture de son collège à Montataire, dans l'Oise. / © FTV / D. Dubourg
Duvern, 13 ans, suit des cours à distance depuis la fermeture de son collège à Montataire, dans l'Oise. / © FTV / D. Dubourg

Depuis le 9 mars, tous les établissements scolaires de l’Oise ont fermé leurs portes pour éviter la propagation du covid-19. Pour compenser, l’Académie assure qu’un enseignement à distance est mis en place. Mais en pratique, certains parents et professeurs restent sceptiques. 

Par MCP

Pendant au moins quinze jours, les grilles des écoles, collèges, lycées et crèches de l’Oise resteront fermées. Au total, 165 000 élèves sont concernés par la fermeture des établissements scolaires, décidée par arrêté préfectoral le samedi 7 mars. Cette mesure permettrait de ralentir la propagation du covid-19 dans l’Oise, où est recensé le nombre le plus important de cas de contamination au coronavirus en France.
 

Pour "garder un lien entre les enseignants et les élèves", l’Académie d’Amiens assure que les cours sont assurés à distance. "Nous subissons une crise sanitaire et nous devons nous conformer aux avis du ministère de la Santé tout en assurant cette continuité pédagogique" explique Stéphanie Dameron, rectrice de l'académie d'Amiens.

Pour assurer cette mission, certains professeurs utilisent des plateformes d’enseignement à distance. C’est le cas de Mélanie Dupuy, professeur de lettres modernes au collège Anatole France de Montataire. En visioconférence, elle partage documents et exercices à ses élèves de 5ème. "Ça permet de garder le lien physique avec les élèves, ils peuvent poser des questions en direct sur le tchat, explique l’enseignante. Ça les rassure beaucoup". 
 
Mélanie Dupuy, professeur de lettres modernes au collège Anatole France de Montataire, donne des cours en visioconférence depuis son domicile. / © FTV / D. Dubourg
Mélanie Dupuy, professeur de lettres modernes au collège Anatole France de Montataire, donne des cours en visioconférence depuis son domicile. / © FTV / D. Dubourg

Ce matin-là, seuls 14 élèves sur 22 se sont connectés pour suivre le cours interactif. Parmi eux, Duvern, 13 ans, est soulagé de pouvoir encore échanger avec ses professeurs : "c’est plus facile avec eux. Ils nous expliquent mieux que quand c’est écrit, ils ont des arguments en plus".

Mais pour les parents, difficile de motiver leurs enfants pour travailler de façon autonome. Le père de l’adolescent doit parfois s’improviser professeur. "Ça ne me plaît pas de les voir sans rien faire. Des fois, ils commencent à travailler sur l’ordinateur puis on les voit avec le téléphone à la main". D'autres, qui travaillent à temps plein, n'ont pas forcément le temps de gérer l'éducation scolaire des enfants à la maison. 
 

 

Une demande irréalisable ?


Pierre Ripart, secrétaire départemental SNUipp-FSU de l'Oise, partage la même inquiétude que le père de famille. "Des parents se sont confiés à nous et ils nous ont dit qu'ils n'arrivaient pas à faire apprendre les enfants à la maison". Il dénonce même un mensonge du ministère de l’Education, qui ferait croire à l’opinion publique que l’enseignement est maintenu : "On nous demande en tant qu’enseignants, directeurs et personnels de l’éducation nationale d’assurer des missions qui sont infaisables. Parce que nous aussi, nous avons des enfants à qui nous devons dispenser une forme de continuité dans les enseignements et parce que nous ne sommes pas forcément équipés d’un ordinateur ou d’une connexion internet ".
 

"On a des retours des enseignants qui ont été accompagnés par un séminaire à distance proposé par l’académie, répond la rectrice de l’Académie. On a eu plus de 1000 enseignants accompagnés pour la prise en main du dispositif comme la plateforme CNED. D’autre part, les établissements restent accessibles aux professeurs s’ils ont besoin d’utiliser des ressources informatiques".
 

Il y aura un avant et un après


Pour le syndicaliste, ces dispositifs ne permettront pas d’assurer les cours comme d’habitude. "Mr Blanquer (NDLR : ministre de l’éducation) voudrait faire croire à l’opinion publique qu’il y aura une continuité pédagogique. Ce n’est pas vrai. Au mieux, les professeurs essayent de faire passer des devoirs ou des révisions mais on n’aura pas d’apprentissage concret. Qu’on arrête de mentir aux gens ! Combien de familles ont un ordinateur isolé dans une pièce qui permet de réellement apprendre ? Aucune ou très peu du moins. Nous, on ne souhaite pas participer à fracturer encore plus l’espace scolaire".

Pour l’instant, les 165 000 élèves de l'Oise sont tenus de rester chez eux jusqu'au 23 mars. Malgré ces critiques qui émergent depuis la fermeture des établissements, l’Académie préfère rester positive : "il y aura un avant et un après, prédit Stéphanie Dameron, la rectrice. Ces outils numériques augmentent la palette des ressources pédagogiques à la disposition du professeur".

Toutefois, parents, enseignants et rectrice tombent d’accord sur un point : rien ne remplace un professeur en chair et en os.   
 

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