JO de Paris 2024. Quatre athlètes picards de pentathlon moderne espèrent être sélectionnés : "on en a toujours rêvé"

En plein entraînement à l'INSEP, en vue d'une qualification aux JO de Paris, quatre athlètes licenciés à Noyon, dans l'Oise, reviennent sur leur parcours et leur sport, le pentathlon moderne. Peu connu du grand public, il réunit quatre épreuves issues de cinq sports : la natation, l'escrime, l'équitation, la course à pied et le tir au laser-run.

"Paris 2024, tout d'abord, ça signifie que c'est à la maison", lance Christopher Patte, membre de l'équipe de France de pentathlon moderne. Le licencié au club "Noyon pentathlon moderne" s'entraîne aux côtés de ses coéquipiers avec l'espoir d'être sélectionné lors des Jeux olympiques de Paris qui auront lieu cet été.

"C'est un évènement qui a lieu tous les quatre ans, qui permet de faire exister notre sport qui est très peu médiatisé, de le faire briller, cette fois-ci à la maison. On va faire étape après étape avec un collectif qui est au top", poursuit-il.

Seulement quatre athlètes seront sélectionnés : deux femmes et deux hommes. Mais avant la sélection, "il y aura quatre qualifications chez les garçons et quatre chez les filles, et parmi eux, deux seront sélectionnés", précise Christopher Patte.

"Une équipe très dense, solide et forte"

Les places en sélection sont rares, donc plus chères, certes, mais les athlètes du club n'en sont pas moins solidaires. Bien au contraire. "Il y a des avantages et désavantages, explique Pierre Dejardin, également licencié au club et membre de l'équipe de France. On a une équipe très dense, solide et forte, donc il y a une concurrence. Mais après, c'est une force collective qui nous pousse individuellement à être plus forts".

Les athlètes se "battent" avec leurs partenaires d'entraînement, qu'ils considèrent aussi comme leurs amis, "et on sait que c'est face à ça qu'on peut être meilleur à l'entraînement" et aux compétitions.

Paris 2024, on peut le voir tout autour de nous, on respire Paris 2024, on a la chance de s’entraîner à l’INSEP, on est dans une bulle Paris 2024.

Jessye Gomesse, membre de l'équipe de France de pentathlon et licenciée à Noyon

Les autres athlètes non sélectionnés seront "évidemment" les premiers supporters de leurs coéquipiers, affirme Jessye Gomesse, elle aussi licenciée et membre de l'équipe. "Si on n'est pas qualifié, on sera derrière eux, on sera partenaires, on va s'entraîner avec eux". Pour elle, faire partie de l'équipe de France consiste à être solidaire, engagé dans l'équipe et mettre de côté les ressentis pour aider les autres.

Rebecca Castaudi, de son côté, souligne l'excellente entente et l'absence de concurrence malsaine. "On a un sport qui n'est pas assez connu, pas assez médiatisé donc si on se met les uns contre les autres, ça ne fera pas avancer les choses", observe-t-elle. Jessye souligne également une "grosse sororité" entre les athlètes féminines. "Même si on n'est pas à Paris, on soutiendra les copines dans ce qu'elles vont faire", assure la jeune femme.

Des profils différents avec un objectif commun

Qu'il s'agisse de Christopher, Jessye, Rebecca ou de Pierre, chacun a ses forces et ses faiblesses. Et c'est grâce à l'entraide et à la solidarité qu'ils arrivent à se pousser mutuellement vers la progression. Toutefois, chacun a sa propre stratégie pour aller de l'avant et travailler sur ses faiblesses.

"Je pense que ce qui fait la beauté de ce sport, c'est que c'est assez varié, on ne peut pas être très bon partout, on a forcément davantage d'aptitudes dans un sport que dans un autre", détaille Pierre Dejardin. Lui est plus à l'aise en tir et en course qu'en natation. Il faut donc être capable de s'adapter à "chaque milieu, chaque sport" pour être le plus performant possible.

Mais comment faire pour rattraper ses lacunes ? "Ce sont des stratégies individuelles", répond Pierre. L'escrime et la course à pied, par exemple, vont davantage compter dans le score final, "donc on va plutôt miser sur ces disciplines pour obtenir le plus de points possible en compétition". La natation, quant à elle, en rapporte un peu moins, "donc peut-être qu'on s'entraîne un peu moins en natation", quitte à y laisser quelques points.

On est amis dans la vie, partenaires à l’entrainement et concurrents en compétition . Après, on arrive à jongler avec ces trois statuts. Malgré tout, on garde de l’affection l’un pour l’autre. On arrive à trouver cet équilibre.

Pierre Dejardin et Christopher Patte

Jessye Gomesse apprécie la natation, qu'elle pratique depuis l'enfance, mais préfère l'équitation, l'escrime ou encore le laser-run : "ce sont des sports où il y a peut-être une certaine nouveauté pour moi et où je peux m'exprimer différemment que dans l'eau". Son parcours est d'ailleurs remarquable : en décembre, elle est montée sur la plus haute marche du podium lors des championnats de France.

"Je ne dirais pas que ça a été une surprise, je me suis entraînée pour", affirme-t-elle. Une belle victoire pour celle qui n'a pas "fait de résultats" pendant deux ans et qui avait initialement dû mettre les JO de Paris de côté pour se consacrer à ceux de Los Angeles qui auront lieu en 2028. "J'ai fait ce que j'avais à faire", aux côtés de son nouvel entraîneur Eric Michel. "Avant, je n'avais peut-être pas le niveau, maintenant je l'ai. Je sais que je l'ai et la confiance s'installe, ça nous permet de rêver et de se dire : pourquoi pas moi".

"Ce n'est pas qu'en France qu'il faut le montrer mais à l'international aussi"

Pour le moment, la préparation se passe "super bien" pour les quatre athlètes. "On commence par des compétitions en France puis on part à l'international. Il y a cinq coupes du monde, il y a des championnats d'Europe, du monde et, au fur et à mesure, tu gagnes des points, tu augmentes au ranking mondial et, avec ce classement, tu peux te qualifier pour les JO", résume Rebecca Castaudi.

L'athlète de 22 ans est actuellement deuxième au classement des Françaises. "Je vais continuer sur ma lancée en étant positive et en ayant envie de me qualifier". Mais si elle n'y parvient pas, elle n'aura "rien à perdre. J'ai encore d'autres Jeux olympiques qui m'attendent et ça va me permettre d'apprendre des choses pendant ces olympiades pour être la meilleure après".

Il est important de soutenir ses camarades dans cette ascension parce qu'on s’entraine au quotidien ensemble, on s’appuie sur les points faibles et forts de chacun et chacune. Donc je dirais que c’est une médaille collective. Pour moi, personnellement, on ne gagne jamais seul, on gagne à travers un collectif.

Christopher Patte, membre de l'équipe de France de pentathlon et licencié à Noyon

Son coéquipier Christopher Patte, gendarme de profession, n'en est pas à sa première participation aux Jeux olympiques et a déjà une belle carrière derrière lui. À 34 ans, il va se servir de son expérience pour obtenir une médaille à domicile. "Ça reste toujours une excitation, une grande adrénaline. Je m'appuie sur mes faiblesses et forces sur les années précédentes, lors de toutes les saisons".

Il décrit le pentathlon comme "une addiction", c'est-à-dire que les athlètes ne cessent de progresser, en particulier dans les épreuves techniques. "On a la sensation de ne jamais être à 100% de ce qu'on peut donner et il y a ce côté d'attache au pentathlon qui est fabuleux, qui donne envie tous les jours d'avoir certaines routines et de chercher à progresser".

"Le pentathlon n'a cessé de changer"

Après les Jeux olympiques de Paris, l'épreuve d'équitation de pentathlon moderne va disparaître au profit d'une course d'obstacles. "Le pentathlon n'a cessé de changer pour que ce soit plus médiatisé, plus attractif et équilibré. Si cela permet de continuer à briller au travers des Jeux, on y va", renchérit Christopher Patte. L'objectif est de donner envie "aux gens de le pratiquer et de se développer personnellement car c'est un très beau sport".

Rebecca Castaudi regrettera l'équitation. Elle reste néanmoins lucide et bien consciente : "à un moment donné, il faut évoluer, avancer, il faut que notre sport soit médiatisé". Elle ne cache pas sa déception puisqu'elle a commencé le pentathlon moderne avec cette épreuve mais reste ravie de voir son sport se transformer avec le temps.

Désormais, le but des quatre athlètes est de continuer sur cette bonne lancée pour espérer un ticket pour Paris cet été. Dans toute cette émulation, ils ne peuvent s'empêcher d'avoir une pensée pour Noyon et la Picardie. "Je suis très fière et très honorée de toujours continuer à être pour l'Oise, pour le département, la Picardie", conclut Rebecca avant d'ajouter : "je n'oublie pas tout ce qu'on m'a appris, tous les gens qui m'ont soutenue".

Prochaine étape pour espérer amasser quelques points : les championnats du monde de pentathlon moderne en senior à Ankara, en Turquie, qui se tiendront du 15 au 21 avril 2024.

Avec Gontran Giraudeau / FTV