Législatives 2024. "Je crois que c'est un peu la fin de la dynastie" : la famille Dassault perd sa circonscription historique dans l'Oise

Alors que la 1ʳᵉ circonscription de l'Oise était représentée par la famille Dassault depuis 1958, Victor Habert-Dassault a été battu aux élections législatives dimanche 7 juillet. Simple entracte ou chute de la "dynastie", les acteurs du territoire nous donnent leur point de vue.

C'est avec 1 800 voix d'écart que la candidate du Rassemblement national a battu le député sortant de la première circonscription de l'Oise, Victor Habert-Dassault. La vague bleu marine a emporté la plupart des circonscriptions picardes, avec 13 députés d'extrême-droite sur 17. Le jeune Dassault, alors âgé de 28 ans, avait pris la relève de son oncle Olivier après son décès en 2021. Lui-même avait succédé à son célèbre aïeul, le fondateur de l'entreprise d'aviation éponyme, Marcel Dassault. 

"Je pars du principe que le maître mot, c'est résilience"

C'est "une grosse déception" pour Victor Habert-Dassault qui recueillait 24,48% des suffrages à l'issue du 1ᵉʳ tour des élections législatives anticipées, loin derrière sa concurrente du Rassemblement national (46,19%). Qualifié au second tour, il avait pourtant espoir de pouvoir rattraper son retard grâce au report de voix. Cela n'a finalement pas été suffisant. 

Bien qu'il estime que son "engagement républicain n'a jamais failli", Victor Habert-Dassault ne pense pas avoir eu l'occasion de faire ses preuves "Je n'ai pas eu beaucoup de chance. J'ai eu trois élections quasiment en trois ans, et c'est vrai que les électeurs m'ont jugé sur un mandat de deux ans. Et puis, à mi-mandat, les votes sont souvent des votes sanction."

Le désormais ex-député de l'Oise dresse surtout le constat d'échec de la politique nationale de son parti : "le parti Les Républicains doit se réinterroger et d'ailleurs parler de la thématique de l'immigration sans que tout de suite, les personnes soient insultées, parce qu'en fait, en laissant le RN prendre le monopole de cette question, on nourrit aussi les rancœurs".

Malgré tout, le dernier député de la famille Dassault compte bien se relever de cette défaite : "Aujourd’hui, il faut encaisser le coup, après, je pars du principe que le maître mot, c'est la résilience", confie-t-il.

Un futur incertain pour Victor Habert-Dassault

Le député sortant souhaite continuer à agir sur son territoire : " e lien entre la famille Dassault et le territoire ne se résume pas à une élection, ni à une fonction. Je pense qu'il est pérenne et c'est ça que j'ai envie de continuer à porter et que je continuerai à défendre." Il reste, tout de même, flou quant à ses ambitions politiques au sein de la circonscription : "S'il y a d'autres échéances, on verra comment se positionner". 

Si Victor Habert-Dassault reste confiant quant à son implantation sur le territoire, ce n'est pas l'avis de tout le monde. Guy Vadepied, ancien maire PS de Méru et conseiller général du temps de Marcel Dassault, est l'auteur du livre Marcel Dassault ou les ailes du pouvoir. "Je crois que c'est un peu la fin de la dynastie", observe-t-il avant d'ajouter : "Je ne sais pas ce que sera l'avenir de ce jeune député battu, mais je ne crois pas qu'il soit forcément dans l'Oise". 

Une renommée moins importante 

Le politique retraité pointe un décalage entre la personne de Victor Habert-Dassault et le prestige associé à son nom. Il estime qu'il n'est pas à la hauteur de ces aïeux : "Je ne crois pas qu'il soit aussi mythique que l'était Marcel". Alors qu'il décrit, ses prédécesseurs comme "sympathiques" et dotés d'un "sens des relations humaines", le dernier-né des députés Dassault serait, lui, trop "distant" et "moins apprécié".

Il bénéficierait surtout d'une influence moins importante selon Guy Vadepied. D'abord, parce qu'il serait "moins rattaché à son nom" parce qu'"il ne représente pas la même chose pour les nouvelles générations". L'oncle et l'arrière-grand-père du député sortant auraient été davantage associés à l'industrie Dassault que ne l'est Victor.

Un contexte qui lui aurait fait défaut

Incapable de s'associer suffisamment au célèbre nom, il n'aurait pas non plus réussi de se faire son propre nom. "Il n'a pas eu la possibilité d'imprimer sa marque personnelle dans sa circonscription". Pas plus qu'il n'aurait pu se rattacher à un parti solide dont bénéficiaient ses prédécesseurs, d'après l'ancien maire PS : "Et puis peut-être, ce qu'était le RPR a quand même pratiquement disparu".[RPR: ancien nom de l'UMP qui précédait les Républicains]

Nombreux sont ceux qui pointent un échec dû au contexte politique national général, Victor Habert-Dassault d'abord : "C'est un vote sanction", avance-t-il avant d'ajouter : "il y a une colère par rapport à ce qui a été fait [par le gouvernement ndlr], qui n'est pas forcément corrélée d’ailleurs avec ce que défend le Rassemblement national, mais c'est une colère qui s'exprime à travers ce vote, puisqu'il est considéré comme extrême. Les gens ont envie d’appuyer leur mécontentement avec des partis qui incarnent aujourd'hui une alternance".

Alain Vasselle, maire d'Oursel-Maison depuis 1974, déplore, lui aussi, un contexte défavorable au dernier élu des Dassault. "Compte tenu des résultats que je constatai dans ma commune, j'avais cette crainte que le Front national puisse l'emporter, mais j'espérais toujours qu'au deuxième tour, les électeurs se ressaisissent."

Des soutiens toujours présents à l’appui des Dassault

Malgré tout, le maire LR reste un fervent soutien de la famille : "Ils sont là depuis un bon moment et ils n'ont jamais démérité, bien au contraire et nous devons en tout cas, la commune d'Oursel dont je suis le maire depuis 1974 doit beaucoup à la famille Dassault". 

Il se dit reconnaissant de ce qu'ont apporté les Dassault aux communes environnantes : "Son nom est un peu partout dans le département. Par sa générosité, il a aidé à la réalisation de nombreux équipements, de nombreuses places, de nombreuses constructions Maintenant, on a quelques équipements qui portent le nom d'Olivier Dassault". Le dernier des députés Dassault aurait, lui aussi, porté sa pierre à l'édifice puisqu'un parcours de santé aurait été construit grâce à lui.

Alain Vasselle reste, pour sa part, confiant quant à la réélection de son député. "Enfin, il a fait un score quand même tout à fait honorable, c'est plus de 48 % des voix [au second tour, ndlr]. Donc ce n'était nul. On a vu des députés sortants emportés par la vague extrême avec des taux à 60, 70, 72%. Ça n'a pas été le cas."

La dynastie déjà écartée du pouvoir temporairement

Pour lui, l'échec de Victor Habert-Dassault n'est qu'une passade : "Je pense que quand la pression retombera, quand la colère retombera, je pense que Victor Habert Dassault pourra retrouver son siège. Je l'espère en tout cas."

"Ce n'est pas la première fois qu'un Dassault perd une élection, on a l'impression qu'ils sont là de manière éternelle, mais ça pas toujours été en réalité. Il y a déjà eu une vague rose après l'élection de François Mitterrand et Olivier Dassault a perdu son siège. C'était le président du Département socialiste qui a été député pendant un mandat et Dassault a récupéré le siège au mandat suivant sans aucune difficulté, puis il ne l'a pas perdu jusqu'au moment où il est décédé", se souvient le maire d'Oursel-Maison.

Victor Habert-Dassault compte, lui aussi, sur une reproduction de son histoire familiale : "il y a peut-être une cassure, mais je pense que l'histoire n'est pas terminée et qu'on peut très bien assumer une défaite et repartir. C'était le cas d'Olivier en 1997. Il avait perdu lors d'une dissolution, il est revenu. Je pense qu'il n'y a pas de fatalité." Il faudra attendre 2027 pour connaître la suite de cette saga familiale. 

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