Législatives 2024. "Nos terres sont majoritairement RN, c'est la leçon" : 13 députés RN élus sur 17 circonscriptions dans l'Aisne, l'Oise et la Somme

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Ce dimanche 7 juillet, le 2e tour des élections législatives a clôturé une campagne expresse, avec un taux de participation encore bien élevé par rapport à celui de 2022. En tête dans les 17 circonscriptions de Picardie, lors du 1er tour avec six députés élus directement, le Rassemblement National a confirmé sa percée dans la région.

Des élections législatives surprenantes avec "un front républicain qui a fonctionné". Ce sont les premiers mots utilisés, à l'issue du 2e tour de ce scrutin, par Alexandre Fauquette, docteur en sciences politiques, enseignant à Sciences Po Lille et analyste pour notre soirée spéciale élections. Il explique qu'au niveau national, "il y a eu deux scrutins précédents. Et le troisième (celui de soir, Ndlr) efface ces deux" derniers.

Une analyse nationale qui diffère avec celle des trois départements de l'Oise, de la Somme et de l'Aisne. "Effectivement, nos terres sont majoritairement RN, c'est la leçon." Le 2e tour des élections législatives a confirmé la percée du Rassemblement National. Le parti d'extrême droite a obtenu au total 13 sièges, contre 8 en 2022. Six d'entre eux ont été obtenus dès le premier tour. Un résultat que le politologue analyse par des circonscriptions "majoritairement rurales" et par un phénomène qui date d'avant 2017. "Le RN a commencé à s'implanter. La gauche a eu du mal à parler aux habitants de la ruralité. Sauf exception."

Une percée qui se fait au détriment des Républicains. Ces derniers perdent au total quatre sièges sur les cinq qu'ils ont acquis en 2022. "Je pense que cette élection a eu l’avantage de clarifier les choses", estime Alexandre Fauquette. Pour lui, à l'image de Julien Dive, "ils vont éviter les alliances, mais jusqu'à quand". 

De son côté, comme en 2022, l'union de la gauche, représentée par le Nouveau Front populaire, maintient deux députés, dans la Somme. Un résultat qui compense ainsi la perte d'un bastion historique de la gauche dans l'Aisne. Celui de Jean-Louis Bricout (NFP), battu par Eddy Casterman (RN), élu dès le premier tour. 

Enfin, le camp présidentiel garde un seul siège sur les deux qu'il avait obtenu lors du précédent scrutin.

Dans l'Aisne, Julien Dive seul résistant

Ce fut une dure bataille pour Julien Dive, député sortant LR de la 2e circonscription de l'Aisne. Territoire largement acquis par le Rassemblement national, il est le seul député non extrême droite à garder sa circonscription dans le département. Devancé au premier tour par Philippe Torre (RN), avocat d'Eric Ciotti parachuté, Julien Dive s'en sort au second avec seulement 520 voix d'écart. "J'ai beaucoup d'humilité sur cette victoire, c'est une campagne qui a été très difficile, c'est une élection qui a été particulièrement difficile avec des vents de face, pas de mon adversaire puisqu'il était inconnu, il est déjà reparti en région parisienne (...). J'ai rappelé que j'étais un gamin du cru, né à Saint-Quentin et je n'oublie pas les Saint-Quentinois qui se sont mobilisés au second tour, quelles que soient leurs convictions politiques. C'est une victoire de rassemblement large et je saurais le garder en tête."

Ce n'est donc pas un grand chelem comme voulu par le parti, mais presque. Dans les autres circonscriptions de l'Aisne, les députés RN avaient tous été élus dès le 1er tour. Preuve une nouvelle fois de l'ancrage du parti dans ce département qui vote majoritairement extrême droite à chaque élection. "Dans ces territoires isolés, qui souffrent, on vote pour la personne qui parle de nos préoccupations. Par exemple, la gauche a mis de côté la question du pouvoir d’achat et du droit du travail, qui étaient essentielles avant", analysait dès le 1er tour Alexandre Fauquette.

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Dans l'Oise, le recul confirmé de la droite traditionnelle face à l'extrême droite

C'est la grande surprise de la soirée. La première circonscription de l'Oise, détenue depuis 1958, à la famille Dassault, a été remportée par la candidate RN, Claire Marai-Breuil. Un résultat qui illustre le recul de la droite dans le département. Lors du premier tour, Alexandre Fauquette expliquait ce résultat par une remise en question du "capital nobiliaire". 

Ce recul de la droite traditionnelle se retrouve également dans la 5e circonscription, où Frédéric Vos (RN) a récupéré un siège possédé par cette dernière depuis pus de 40 ans.  

La troisième circonscription, très urbaine, située dans le sud du département, proche de la région parisienne, a réélu Alexandre Sabatou (RN), à la suite d'un nouveau duel serré avec le camp du Nouveau Front populaire. En effet, moins de 2 000 voix séparaient les deux candidats, après un premier tour où seulement un peu plus de 5 000 voix les départageaient. Les voix de Pascal Bois, du candidat renaissance, battu au premier tour, n'ont donc pas suffisamment profité au candidat LFI.

Contrairement à l'échelle nationale, le front républicain n'a pas non plus fonctionné dans la 7e circonscription de l'Oise. Les électeurs ont fait face à une triangulaire. Arrivé troisième, lors du premier tour, Maxime Minot (LR) a décidé de se maintenir après avoir demandé à Loïc Pen (PCF) de se retirer, pourtant deuxième. Conséquence, David Magnier a confirmé sa première place du premier tour pour sortir le candidat NFP et le député sortant. 

Le barrage républicain n'a pas non plus marché dans la 6e circonscription, malgré le retrait et l'appel de Baptiste de Fresse de Monval (NFP) à voter pour Daniel Leca (UDI). En effet, Michel Guiniot s'est maintenu pour garder son siège de député.

Si le front républicain n'a pas fonctionné partout, dans la quatrième circonscription de l'Oise, Eric Woerth, le député sortant, arrivé deuxième lors du premier tour, a réussi à conserver son siège historique. Un siège qu'il tient depuis 2007. Il a rattrapé son retard sur Mathieu Grimpret (RN). Éliminé au premier tour, Mohamed Assamti (LFI) possédait un nombre de voix (plus de 10 000) important pour permettre au candidat de Renaissance de se maintenir. 

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Dans la Somme, le RN gagne du terrain, la gauche surprend

La gauche crée la surprise dans la Somme, en remportant la deuxième circonscription, qui contient la majeure partie de la ville d’Amiens. Ce territoire est pourtant ancré au centre-droit de l’échiquier politique depuis 1988, date de l’élection de Gilles de Robien qui y a effectué quatre mandats. En 2017, c’est devenu la circonscription de Barbara Pompili, puis de sa suppléante Ingrid Dordain. C’était donc loin d’être gangé pour la candidate insoumise Zahia Hamdane, investie par le Nouveau Front populaire. D’autant que la situation de triangulaire fragilisait encore un peu plus ses chances. En effet, Hubert de Jenlis, candidat du camp présidentiel, était arrivé en troisième position, mais s’était tout de même qualifié pour le second tour et avait refusé de se désister. Zahia Hamdane est tout de même parvenue à marquer l’histoire de la circonscription en obtenant ce siège de député. 

Dans la circonscription voisine, François Ruffin, initiateur du Nouveau Front populaire, remporte l’élection à l’issue d’une campagne difficile. Il partait avec sept points de retard sur sa concurrente d’extrême-droite, mais l’appel au barrage républicain de la candidate du camp présidentiel Albane Branlant semble avoir convaincu les électeurs. En se retirant du second tour, elle a permis à François Ruffin de conserver cette circonscription qui compte à la fois les quartiers très urbains et populaires d’Amiens Nord et de nombreuses communes rurales et périurbaines jusqu’à Abbeville. Avec un taux de pauvreté bien plus élevé que la moyenne nationale, notamment chez les moins de 30 ans, et un taux de chômage également supérieur à la moyenne, cette circonscription est particulièrement touchée par les problématiques d’accès à l’emploi et de pouvoir d’achat. Deux points sur lesquels François Ruffin a axé sa campagne, ce qui lui a peut-être permis de rattraper son retard sur la candidate du Rassemblement national.

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Dans le reste du département en revanche, le Rassemblement national gagne du terrain. Déjà très installée dans la très rurale 5e circonscription, qui a réélu la sortante Yaël Menache dès le premier tour, l’extrême droite décroche désormais la troisième circonscription qui s’étend du Vimeu à la Picardie Maritime. Le député sortant Emmanuel Maquet (LR), arrivé loin derrière le RN au premier tour, n’a pas réussi à conserver son siège. C’est Matthias Renault qui l’emporte avec 4 500 voix d’avance. Un résultat qui s’inscrit dans une certaine logique puisque le Rassemblement national s’est imposé au fur et à mesure dans ce territoire à partir de 2012, où l’extrême droite réalisait une percée à 18% quand elle obtenait moins de 4% au niveau national.

Enfin, Jean-Philippe Tanguy conserve la quatrième circonscription, sans surprise puisqu’il a manqué de peu d’être réélu dès le premier tour. Membre du bureau du Rassemblement national, le député a multiplié les apparitions médiatiques ces dernières semaines et s’est fait une place sur la scène politique nationale. Face à lui, Anthony Gest, âgé de seulement 19 ans et plus jeune candidat du camp présidentiel, n’avait presque aucune chance de rattraper son retard du premier tour. Notons qu’il a tout de même obtenu un score de 42,53%, contre 18,47% au premier tour. Mais dans un territoire qui connait plus de problématiques de mobilité, d’accès aux soins et de pouvoir d’achat que la moyenne nationale, il semble avoir payé le rejet de la politique du gouvernement en place. Un rejet qui s’exprimait déjà depuis le mouvement des Gilets jaunes, qui avait trouvé écho dans ces territoires, comme à Doullens. Cette ville avait d’ailleurs placé Marine le Pen largement lors des élections présidentielles de 2017.

Le département de la Somme a donc complètement rompu avec le camp présidentielle et la droite traditionnelle et semble s’être polarisé. Les circonscriptions les plus rurales se sont tournées vers l’extrême droite, qui y gagne du terrain depuis plusieurs années, et notamment depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Si les deux autres circonscriptions ont choisi de placer la gauche unie en tête, il est important de noter toutefois que l’extrême droite semble s’y installer petit à petit. Les prochaines élections pourraient encore réserver des surprises. 

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