"Notre passion, la collection des fers à repasser" : l'art du repassage s'expose le temps d'un weekend à Cire-lès-Mello

Les 20 et 21 avril, des collectionneurs de fers à repasser de toutes les régions se donnent rendez-vous dans l'Oise, pour une exposition qui invite à découvrir ces objets d'antan, témoins silencieux de l'évolution des vêtements... Et de la condition des femmes.

Les connaisseurs les appellent les pressophiles : des passionnés de fers à repasser, qui parcourent les brocantes pour collectionner ces objets d'un temps passé, celui des fers à lingots et des poêles à fer. 

Ils se retrouvent depuis deux ans à Cire-lès-Mello, le temps d'un salon qui leur permet de partager ce centre d'intérêt plutôt insolite, mais qui n'a rien d'anecdotique. Car ces fers à repasser révèlent, par leurs formes et leurs gravures, l'histoire de la mode et de ces arts ménagers qui furent pendant longtemps le lot quotidien des femmes. 

Un patrimoine en partage 

Pour Thierry Lemoine, président de l'Amicale française des collectionneurs de fers à repasser, cette exposition est organisée "pour faire perdurer une partie de notre patrimoine, faire connaître tous ces objets."

Une recette qui fonctionne, puisque l'association existe depuis 1981 et pour cette deuxième édition de l'exposition de Cire-lès-Mello, des exposants viennent de plusieurs régions. "Les visiteurs font des kilomètres pour voir, ajoute Thierry Lemoine. Ça leur rappelle peut-être leur enfance, les objets de leurs grands-parents, pour les collectionneurs, ça devient une passion, ils ont besoin de replonger dans le temps." Il faut dire qu'avec leurs courbes cuivrées et leurs supports ouvragés, les petits fers à lingots du XIXe siècle sont de beaux objets, à mille lieues du plastique blanc dont s'habillent les fers à repasser actuels.

"Ici, vous avez ce petit fer belge avec le nom de la personne gravé dessus, sans doute un cadeau de mariage, sourit Jacques Helbert, collectionneur, en saisissant avec précaution l'un de ses trésors exposés. Il était chauffé avec des lingots, c'est une pièce de métal que l'on met à l'intérieur du fer. On le met dans le feu et quand il est bien rouge, on le prend avec une pince et on le glisse à l'intérieur du fer, ce qui chauffe le fer en permanence."

Le collectionneur possède des pièces encore plus rares, comme un poêle à fer en fonte émaillée, fabriqué dans les Ardennes entre la fin du XVIIIᵉ siècle et le début du XIXᵉ. "On met du charbon de bois à l'intérieur, ça chauffe la partie qui est tout au fond, indique-t-il. Il y a un emplacement pour chaque fer, celui-ci permet d'en chauffer cinq à la fois. Dans les maisons, quand on faisait du repassage, on pouvait aussi faire cuire la soupe par-dessus, ou mettre de l'eau à chauffer pour le repassage."

Une trouvaille qui côtoie les nombreux repose-fers de son stand, des supports de pierre ou de métal, souvent gravés au nom de la repasseuse. 

Histoire d'une condition féminine

L'art du repassage est en effet intimement lié au travail domestique des femmes, comme le montre un peu plus loin le stand de Micky Gauthier. La collectionneuse a arrangé de petites poupées qui évoquent les corvées de linge comme elles se faisaient à l'époque.

"J'ai voulu présenter la situation de la femme, du siècle dernier jusqu'au milieu du siècle, c'est-à-dire toutes les tâches ménagères qu'elles pouvaient faire, souligne Micky Gauthier. La toilette par exemple, avec la grande sœur qui pouvait laver son petit frère. Ça, c'est lavage au baquet, un travail très lourd pour les femmes. Ça, c'est une lessiveuse comme toutes nos grands-mères utilisaient. Ça chauffait sur le poêle. Là, on est à la couture : souvent, les mamans étaient extrêmement polyvalentes. Elles faisaient de la couture, elles brodaient les vêtements pour leurs enfants.

Des modèles miniatures de ces outils du quotidien, dont de nombreux petits fers à repasser. "Il y a des fers de poupées, les fers pour les dentellières ou pour repasser le linge fin et puis également, les fers d'enfants, détaille la collectionneuse en montrant des modèles réduits, mais fonctionnels. Tous ces fers-là sont des jouets, dont se sont servis les enfants qui faisaient comme maman. Malheureusement, donc, c'étaient souvent les petites filles à qui on offrait ces jouets.

Une tradition sexiste aujourd'hui disparue ? Une simple recherche sur internet suffit à constater que ce n'est pas le cas, fers à repasser et autres "kits de ménage" pour enfant sont toujours commercialisés.

Repassage artistique : quand la mode était aux plis 

Dans ce salon de passionnés, Mercedes Gonzalez expose du beau linge : des fraises qui étaient à la mode depuis le règne d'Henri IV, des collerettes tuyautées du XIXe, des fichus de dentelles et autres plastrons lustrés de bourgeois. Ces modes surannées, elle les connaît sur le bout des doigts : Mercedes Gonzalez était repasseuse d'art pour la Comédie française. 

"Ce qu'on utilise pour repasser les fraises, ça s'appelle des fers à coque, explique Mercedes Gonzalez en montrant un petit fer rond monté sur une tige, de la taille d'une grosse noix. La fraise, quand on la lave, c'est un bout de chiffon. On l'amidonne et quand elle est humide, on la repasse sur la coque. La coque est chaude est ça lui donne le volume. On fait tout le tour."

Un travail fastidieux que la repasseuse d'art devait recommencer entre chaque pièce : "Au théâtre, les fraises sont repassées comme à l'époque, les jabots, les plissés, tout. On a des fers à tuyauter pour faire des collerettes, il faut les tuyauter à chaque fois que le comédien l'utilise car il transpire, il bouge, ça se froisse. La collerette est montée en fronces, la fraise, en accordéon, c'est pour cela qu'on utilise des fers de formes différentes."

Si elle s'est dirigé vers ce métier du spectacle par passion, son stand montre aussi à quel point certaines modes demandaient un travail minutieux. Ainsi, les manches de dentelles des anciennes robes, cousues dans la manche puis retirées pour être lavées et repassées. Ou encore les plastrons amidonnés puis "glacés" du XIXe, dont l'aspect brillant reposait sur l'huile de coude de la repasseuse.

"Ils étaient tellement lustrés que l'on aurait dit du plastique de maintenant, assure Mercedes Gonzales. On le faisait avec des fers comme ça, des fers à glacer : à force de frotter sur une planche en bois, ça lustre. On pouvait aussi le faire sur les cols des femmes."

Si cette exposition invite à s'émerveiller sur de beaux objets aujourd'hui disparus, elle rappelle aussi avec un léger vertige tout le temps libéré par l'évolution des modes et des appareil ménagers. 

Avec Gabin Cransac / FTV