"On est mieux, mais pas encore bien" : les nappes phréatiques de Picardie se rechargent en eau potable, mais l'inquiétude d'un été sec persiste

Les pluies de cet hiver ont permis aux nappes phréatiques de la région de se recharger, alors qu'elles étaient au plus bas à l'issue de l'été 2023. Mais les conséquences des années sèches se font encore sentir sur certaines d'entre elles.

Cela n'aura échappé à aucun habitant de la région : l'hiver a été pluvieux. Si cela a eu des conséquences désastreuses pour certains habitants du littoral, pour les nappes phréatiques, cette météo a été favorable. 

Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) a publié, mi-avril, un bilan de l'état de ces réserves d'eau souterraines et il est plutôt positif : dans la Somme, les niveaux des nappes sont globalement normaux et continuent à monter ; dans l'Aisne, ils sont élevés et stables ; dans l'Oise, les nappes atteignent à nouveau des niveaux normaux, à l'exception de certaines zones.

Cependant, d'importantes disparités existent entre les nappes et pour certaines, la vigilance est toujours de mise. Les conséquences d'un été trop sec pourraient donc être problématiques. 

Dans la Somme, l'Avre toujours en vigilance 

"Intuitivement, on se dit qu’il pleut et qu’il y a des inondations, c'est que tout va bien pour les nappes phréatiques" résume Philippe Cheval, président du SIEP du Santerre, un syndicat des eaux qui alimente plus de 40 000 personnes en eau potable.

"Mais à la fin du mois de mars, le BRGM nous a donné un état des nappes, le sous-bassin de l’Avre est encore en état vigilance, ce qui veut dire que depuis un an, il a passé toutes les saisons à différents niveaux de vigilance" ajoute-t-il. La nappe phréatique de Vauvillers reste à un niveau "modérément bas", même si elle se rechargeait encore en février.

On a encore la cicatrice d’une mauvaise recharge de 2023, suivi d'un été sec où on a failli épuiser la nappe.

Philippe Cheval

Président du SIEP du Santerre

Une situation qui s'explique en partie par la lente pénétration de l'eau de pluie dans le sol, car les nappes phréatiques picardes sont ce que l'on appelle des nappes inertielles : en raison de la nature des sols, il faut plusieurs années à l'eau pour les atteindre. 

"Les nappes que l'on surveille n’ont commencé à remonter que fin janvier, le 20, parce qu'il a fallu "ré-imbiber" les dix-sept mètres de terre qu’il y a par-dessus. Cela a mis longtemps, constate Philippe Cheval. Là, par rapport à l’an dernier, on a à peu près 50 centimètres de mieux, il faudrait 1 mètre pour bien se porter. On a encore la cicatrice d’une mauvaise recharge de 2023, suivi d'un été sec où on a failli épuiser la nappe. On est mieux, mais pas encore bien."

Normalement, les nappes phréatiques se rechargent principalement entre le début de l'automne et le mois d'avril : c'est une période où il pleut beaucoup et où les plantes sont en dormance, elles ne consomment donc que très peu d'eau. 

C'est pour cela que, contrairement à la majorité des Picards, Philippe Cheval espère qu'il va continuer à pleuvoir jusqu'à la fin du mois de mai. "On a mis des betteraves très tardivement, pas encore les pommes de terre, donc l’eau continue à s’infiltrer, ajoute-t-il. On a encore un potentiel d’un demi-mètre et s’il continue à pleuvoir, on finira peut-être par avoir ce petit mètre qu'il nous faut.Il craint néanmoins un été trop sec, qui augmenterait les besoins d'irrigation agricole. 

Dans l'Oise, des niveaux "modérément bas" à Beauvais et Creil

Si la carte nationale du BRGM rassure en un coup d'œil, une attention plus particulière à certaines zones révèle des situations moins positives, comme au niveau de l'Oise. À Beauvais et Creil, le niveau des nappes phréatiques reste modérément bas, même s'il augmentait encore au mois de mars. 

Le niveau de la ressource est normal au sud du département, vers Chantilly, et même très haut dans l'est, à la frontière avec l'Aisne. La ressource en eau de l'Oise et du sud de l'Aisne est gérée par l'agence Seine-Normandie, qui évalue la situation pour l'ensemble des zones où coulent des affluents de la Seine. 

Les nappes de l'Aisne ont fait le plein 

Dans le département, les nappes autour de Laon affichent de hauts niveaux de ressource et certaines continuaient à se remplir en mars. Les niveaux des nappes du reste du département sont également légèrement plus hauts que la moyenne.

Cela malgré des niveaux de pluie normaux dans le nord du département, alors qu'ils ont été légèrement supérieurs à la moyenne dans le reste de l'Aisne. La saison estivale s'annonce donc bien, même si ce répit pourrait n'être que de courte durée. 

Une étude nationale tente ainsi de prévoir les effets du dérèglement climatique sur la ressource en eau dans les différentes régions de France. Pour le bassin hydrologique "Artois-Picardie", qui couvre la Somme et le nord de l'Aisne, les prévisions montrent une baisse de la pluviométrie de 5% à 10% et par conséquent, une chute de 25% à 45% du débit des rivières. L'Aisne serait la plus affectée par ces changements, avec 9% de pluie en moins, contre 7% pour le littoral de la Somme. 

La baisse de la quantité d'eau fait aussi baisser la qualité de cette ressource : pesticides et autres polluants s'y retrouvent plus concentrés. Dans la Somme, le SIEP du Santerre mélange déjà l'eau de deux nappes phréatiques pour rendre potable l'eau d'une d'entre elles, qui contient trop de pesticides.

Ailleurs en Picardie, de nombreux captages d'eau potable restent surveillés par l'ARS en raison de concentrations importantes de pesticides. Malgré un hiver pluvieux, la question de la gestion de cette ressource reste donc d'actualité.