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"On n'est pas des machines" : les infirmiers en grève pour exprimer le malaise des soignants

"On n'est pas des machines, on est des êtres humains" : les infirmiers, en mal de reconnaissance, mais aussi les aides-soignants et autres personnels hospitaliers, défilent mardi contre la dégradation de leurs conditions de travail et la rigueur budgétaire. Ils étaient 200 à se rassembler à Lille.
S. Colaone / B. Bugnicourt / France 3
Les fédérations FO, CGT, SUD et CFTC de la fonction publique hospitalière, mais aussi, fait rare, une vingtaine d'organisations infirmières salariées, libérales ou étudiantes, ont choisi la même date pour tirer la sonnette d'alarme. Un rassemblement unitaire inédit depuis 28 ans, selon les organisations. Le taux de mobilisation sur l'ensemble des personnels hospitaliers appelés à la grève était dans la matinée de 8% (y compris les personnels assignés) et de 12% chez les infirmières, selon le ministère des Affaires sociales.

Manifestations dans toute la France

A Paris, le cortège composé de plus d'un millier de manifestants et coupé en deux entre intersyndicale et organisations professionnelles a rejoint le ministère de la Santé. L'intersyndicale devait être reçue par la direction générale de l'offre de soins. "Infirmiers méprisés, patients en danger", scandent les manifestants vêtus de blouses blanches ou bleues, masques sur le visage et calot sur la tête. "Les sous-effectifs, c'est pas automatique", peut-on lire sur une pancarte, tandis qu'une longue banderole en tête de cortège titre : "#Soigne-toi et tais-toi".

A Strasbourg, entre 500 et 650 salariés des hôpitaux, selon les syndicats et la police, battent le pavé par un froid glacial, quasiment autant qu'à Orléans où ils sont 500, selon les organisateurs.

A Rennes, ils sont environ 250 à défiler au slogan de "Ni amendable, ni négociable, retrait de la loi Touraine" et quelques centaines à Marseille. A Auch (Gers), une centaine de manifestants se sont rassemblés après avoir bloqué la circulation d'une partie de la ville tandis qu'ils sont quelque 200 à Lille
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Lille : rassemblement de 200 infirmiers en colère

Ras-le-bol

"Les conditions de travail se dégradent, la charge s'alourdit, nous n'avons pas de reconnaissance salariale et de plus en plus de tâches nous sont déléguées", résume Coline Mayjonad, 23 ans, infirmière dans un établissement privé à but non lucratif parisien. "On n'est pas dans une entreprise qui fabrique des boulons, on est sur de l'humain", déplore Chantal Berthélémy, infirmière à l'hôpital d'Epernay (Marne), en grève mardi.

"Etranglement budgétaire", manque de personnels, augmentation de l'activité, cadences infernales... Les griefs sont nombreux. Les réformes de ces quinze dernières années, comme l'instauration de la tarification à l'activité pour financer les hôpitaux "à l'acte", ont déstabilisé les personnels, principale variable d'ajustement en période de restrictions budgétaires.

'Abandonner' le plan d'économies 

"Quand les infirmiers qui soignent les gens commencent à se suicider, il faut vraiment se poser des questions", s'insurge Lila, infirmière anesthésiste de 52 ans, en référence aux suicides de plusieurs soignants, dont au moins cinq infirmiers cet été.

Dans ce contexte, l'intersyndicale continue de réclamer l'"abandon" du plan d'économies de "3,5 milliards d'euros" sur trois ans d'ici à 2017, "l'arrêt des fermetures de lits" ou encore l'"abrogation de la loi santé" et de ses groupements hospitaliers de territoire (GHT), qui font craindre des restructurations. "Il y a un vrai malaise" dans la fonction publique hospitalière, a dénoncé Jean-Claude Mailly (FO) espérant que le gouvernement "desserre" le corset budgétaire.

De leur côté, les 17 organisations infirmières souhaitent mettre en avant leur profession, exercée par plus de 600.000 personnes en France. Valorisation des salaires, inclusion des infirmières dans les discussions sur le système de santé ou encore meilleurs droits sociaux pour les étudiants font partie des doléances.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a redit lundi soir qu'elle présenterait "d'ici la fin du mois ou au début du mois de décembre au plus tard (...) une stratégie pour améliorer les conditions de travail, pour entendre la souffrance ou le mal-être lorsqu'ils sont là" chez les soignants. Et la ministre de rappeler que "depuis 2012, l'hôpital c'est 10 milliards d'euros de plus".

La candidat à la primaire de droite pour la présidentielle, Alain Juppé, a apporté son soutien dans un tweet aux grévistes : "Le dévouement, la passion des #infirmiers, personnels soignants ne suffisent plus ! L'État doit agir pour améliorer les conditions de travail".
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