Paris-Roubaix : les questions autour de la mort de Michael Goolaerts

© Emmanuel Quinart
© Emmanuel Quinart

Le coureur belge est décédé ce dimanche dans la nuit, des suites d'un arrêt cardiaque sur Paris-Roubaix. Sur les réseaux sociaux, des internautes s'interrogent sur le manque de réactivité des cyclistes à l'égard de Michael Goolaerts, allongé dans le fossé. Qu'en est-il vraiment ?

Par HT avec AFP

"Drame sur Paris-Roubaix"... La mort du coureur belge Michael Goolaerts, décédé dimanche soir quelques heures après la course, barrait lundi la Une des sites des médias flamands, témoin de l'émotion qui s'est emparée du pays et du cyclisme dans son ensemble. Un drame et des questions...

Dimanche après-midi, le jeune Belge (23 ans) avait été retrouvé inanimé sur le deuxième des vingt-neuf secteurs pavés de la "reine des classiques" (257 km), près de Viesly (Nord). L'image a beaucoup choqué. Et a posé de nombreuses questions, notamment autour de la réaction du peloton, qui ne s'est pas arrêté au moment de la chute. 
 

Pourquoi ne pas avoir réagi ?


Des coureurs qui passent à côté d'un coureur à terre. Sur les images diffusées en direct, on voit le Belge est au sol, les bras en croix, sans autre concurrent à ses côtés. Et le peloton qui ne s'arrête pas. 

 

Paris-Roubaix : Michael Goolaerts au sol lors du passage du peloton


Une attitude normale, logique pour les coureurs. Comme l'explique Cédric Vasseur, ancien cycliste et aujourd'hui manager général de l'équipe Cofidis : "Il est probable que la plupart des coureurs n'aient même pas vu la chute".


En effet, avec des passages de 45 à 50 km/h, les cyclistes sont très concentrés et ne réalisent pas forcément ce qui se passe, encore moins la gravité de la chute. "Souvent on ne voit quasiment rien, on n'entend éventuellement [le son de la chute, ndlr] mais on n'a pas le temps de réaliser."

Lui-même, à titre personnel, se souvient être passé peu de temps après la chute de son coéquipier Andreï Kivilev, en 2003 mais ne pas s'être arrêté. Il n'avait pas réalisé la gravité de la chute.

En outre, la consigne pour les voitures... est de ne pas s'arrêter pour ne pas créer d'embouteillages et laisser les ambulances intervenir au plus vite.


Les secours sont-ils intervenus assez vite ?


Pierre-Yves Thouault, en charge de la sécurité de l'épreuve, a précisé que les secours étaient intervenus rapidement sur les lieux, le deuxième secteur pavé près de Viesly (Nord).  "Nos médecins sont arrivés dans un délai de deux à trois minutes et ont tenté de le réanimer. Sur ce type de course, ils font les premières interventions puis font appel aux services locaux."

Sur le côté droit de la photo, sur le bord de la route on voit Michael Goolaerts chuter au passage du peloton. / © Emmanuel Quinart
Sur le côté droit de la photo, sur le bord de la route on voit Michael Goolaerts chuter au passage du peloton. / © Emmanuel Quinart


Dans le cas de Goolaerts, les médecins sont restés plusieurs dizaines de minutes auprès du coureur avant l'intervention des pompiers et du Samu, suivie de son transfert au CHU de Lille. D'après notre journaliste sur place, ils ont effectivement mis moins de 3 minutes à intervenir (la chute a eu lieu à 13h42) et ont utilisé un défibrillateur. L'hélicoptère est arrivé à 14h23.

Le quotidien La Dernière Heure rapporte le témoignage du directeur sportif de l'équipe de Goolaerts, le Néerlandais Michiel Elijzen, recueilli par le journal néerlandais AD. "J'ai directement vu que c'était très grave", a raconté le responsable de la formation Vérandas Willems, qui s'était arrêté pour prêter assistance à son coureur. "Les médecins étaient déjà auprès de lui et ils ont effectué un très bon boulot".
 

Paris-Roubaix : Michael Goolaerts pris en charge par les secours


L'équipe médicale des courses cyclistes ASO (Tour de France, Paris-Roubaix, etc...) fait notamment appel à des médecins urgentistes, cinq à six pour Paris-Roubaix, et dispose d'ambulances équipées avec défibrillateur et matériel de réanimation. 


Pourquoi la course n'a-t-elle pas été arrêtée ?


La question a été posée par plusieurs journalistes flamands dont Thijs Zonneveld, éditorialiste à AD, qui s'interroge.

Pourquoi une course cycliste n'est-elle pas arrêtée si l'un des participants est transporté dans un état critique ?



« Il est très difficile de prendre une telle décision. Ce garçon s'est longtemps battu pour sa vie et ce n'est que le soir que la nouvelle de sa mort est arrivée. C'est quelque chose de différent d'un match de football. Il y a quelques milliers de personnes assises en train de regarder un garçon tomber sur l'herbe. Alors il est logique que vous arrêtiez une course", répond Sven Nys, manager de l'équipe Telenet-Fidea, sur Radio 1.

"Quand nous avons vraiment compris ce qui se passait
, nous étions presque à l'arrivée. C'est un problème complètement différent », explique Nys. "Cela a un très grand impact sur cette équipe. La course ne représente plus rien. Vous ne pouvez pas en profiter, car un camarade est soudainement parti. "

Le commissaire de l'UCI (Union cycliste internationale), Philippe Mariën, quant à lui, déclare qu'il n'est pas si simple d' arrêter une course, surtout qu'avant l'arrivée, on ne connaissait pas exactement l'état du jeune coureur belge.

Un propos corroboré par Cédric Vasseur, qui explique que les courses sont rarement interrompues pour une chute. La dernière fois que cela est arrivé, c'était lors d'une étape belge du tour de France où il y avait eu de multiples chutes. A partir de trois, on considère effectivement que les cyclistes ne sont plus en sécurité, car les ambulances sont toutes occupées. Sinon, ce sont lors de chutes mortelles sur des courses à étape, que l'on annule l'étape du lendemain en hommage au coureur décédé.



Comment est-ce possible qu'un jeune homme sportif et en pleine santé puisse décéder comme cela  ? L'usage de produits dopants peut-il être en cause ?  



La question revient souvent dans les commentaires. Une enquête de gendarmerie a été ouverte pour déterminer justement les circonstances de la mort et une autopsie sera pratiquée dans les jours à venir, selon le Parquet de Cambrai. 



Pour l'heure, l'hypothèse retenue par le parquet est celle d'une chute provoquée par un malaise cardiaque. "Selon les premiers éléments... ce n'est pas la chute qui a provoqué son état". Un vidéaste amateur a filmé l'accident (vers 0'55 ci-dessous). Goolaerts, qui se trouvait au sein d'un groupe de coureurs, n'a pas amorcé un virage sur la droite, dans un secteur pavé, avant de heurter un talus. 
La chute de Michael Goolaerts filmée par un amateur

De standaard, le journal flamand s'interroge : devrait-il y avoir plus de dépistage cardiaque pour les cyclistes ?

"Vous pouvez toujours améliorer les choses et en faire plus... Nous faisons tout ce que nous pouvons pour soutenir les coureurs, car cela reste un sport difficile." leur répond Sven Nys, manager de l'équipe Telenet-Fidea. Les chutes sont effectivement fréquentes. Mais la santé des coureurs est suivie de près par les médecins des équipes.

"Les obligations à respecter au niveau de l'UCI sont un test annuel d'effort cardiologique maximal, en vue d'obtenir le certificat d'absence de contre-indication, et une échographie cardiaque une fois tous les deux ans. Pour les coureurs de haut niveau", précise Jacky Maillot, médecin de l'équipe Groupama-FDJ.

Dans Le Parisien  le docteur Arthur Molique, ex-médecin de l’équipe Cofidis  explique que le suivi permet "d’écarter 98 % des risques", "On ne peut jamais affirmer que le sportif est à l’abri de tout". Une des hypothèses pourrait être une hypertrophie du ventricule gauche du cœur. « Ça arrive chez des sportifs de haut niveau qui s’entraînent fortement. Le muscle qui irrigue leur cœur se développe trop, et ça peut provoquer un arrêt cardiaque.»

Mais des spécialistes demandent un changement de réglementation afin que la décision éventuelle de contre indication relève d'une autorité extérieure et non plus du médecin d'équipe."Comme on le fait pour la médecine du travail, il faut que ce soit une autorité extérieure à l'équipe qui détermine les examens à réaliser et qui applique les décisions que des experts auront prises, lorsque l'on trouve des anomalies", plaide le Dr. Mégret, membre de la commission médicale de l'UCI. 

La question du dopage, évoquée à demi-mot, revient forcément dans le contexte du monde cycliste mais rien ne permet d'évoquer cette hypothèse. L'enquête devra permettre de comprendre comment un jeune homme en pleine santé a ainsi pu faire un malaise cardiaque.

Le drame rappelle inévitablement le décès d'un autre jeune coureur belge, Daan Myngheer, mort fin mars 2016, à l'âge de 22 ans, après un accident cardiaque survenu en Corse au Critérium international. Daan Myngheer -coïncidence tragique- avait couru l'année précédente pour Vérandas Willems, l'équipe de Goolaerts. Après s'être senti mal, il avait fait un infarctus dans l'ambulance de la course, un véhicule équipé pour les secours, et avait été transporté à l'hôpital d'Ajaccio où son décès avait été constaté deux jours plus tard.

Paris-Roubaix : le Belge Michael Goolaerts est mort. Une série de décès dans le monde du sport

Où en est l'enquête ?


Le procureur de Cambrai a décidé l'ouverture d'une enquête. "Ce n'est pas une enquête pénale, c'est une enquête qui vise, quand les circonstances d'un décès sont inexpliquées, ce qui est le cas quand un jeune homme de 23 ans meurt de manière quasi subite, à élucider les circonstances sans pour autant présumer l'existence d'infractions", a-t-il précisé.

On sait d'ores et déjà qu'une autopsie sera pratiquée en France, à l'institut médico-légal de Lille, dans les jours à venir. Des témoins ont également été entendus. Ils permettront peut-être de mieux comprendre ce qui s'est passé.

"Je l’ai vu aller tout droit, raconte au Parisien Adrien Garel, coureur de Vital Concept,qui se trouvait derrière le Belge Michael Goolaerts. Je me suis dit qu’il avait perdu le contrôle de son vélo. La chute a été assez impressionnante. Il a vraiment quitté la chaussée à pleine vitesse. Puis il est monté au-dessus du talus et passé par-dessus son vélo. Je me suis dit : « Oh la vache, il ne s’est pas loupé… » J’ai trouvé bizarre qu’il n’ait même pas freiné. Par la suite, nous avons appris qu’il avait eu son malaise avant la chute et j’ai mieux compris."



Après la course, les policiers de Roubaix présents sur place, sont allés sur le stand de l'équipe pour signifier aux dirigeants de bien garder le vélo accidenté. Comme cela doit être fait "en cas d'accident de la circulation", afin de pouvoir l'examiner. Les gendarmes en charge de l'enquête, eux, ont immédiatement entendu les témoins de la chute.

A ce moment-là, le jeune homme n'était pas encore décédé. Aucune perquisition n'a alors été menée et il n'a été procédé à aucune saisie. Pour l'heure, aucun membre de son équipe n'a été auditionné.






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