Coronavirus - Arras : "Le prêtre ne souhaitait pas que le cercueil contamine l'église", affirme une famille en deuil

Le diocèse d'Arras évoque une "maladresse", un "excès de prudence", et affirme qu'il n'y a pas de consignes pour un traitement à part des défunts décédés du Covid-19.
© Jean-Marie Barféty France 3
André Dondeyne est toujours sous le choc. Son beau-père, le père de son épouse, s'appelait Michel Mathon et il avait 75 ans. Il était hospitalisé depuis jeudi 2 avril en réanimation, en unité Covid, avec impossibilité pour quiconque de lui rendre visite. Son état a brusquement empiré et il est décédé dans la nuit de samedi à dimanche de Pâques.

"Avec ma femme Sophie, raconte André, on est remontés dans le Nord depuis la région parisienne, pour "motif impérieux", et maintenant on est confinés à Arras. On s'est inquiétés des suites à donner. On le voit bien, aux infos, comment ça se passe pour les familles, les enterrements. Mais tant qu'on n'est pas concernés, on ne se projette pas, on ne veut pas y réfléchir."
   

Personne de la famille n'a eu le moindre contact avec le défunt


"À l'hôpital, tout le monde a été empathique, avenant et bienveillant, se souvient-il. En fait, la démarche reste la même que pour un enterrement classique. On fait appel aux pompes funèbres, qui prennent en charge le corps. Bien sûr, on les a prévenus que le décès était lié au Covid. Dans ce cas, ils ont un protocole : une double poche, dans le cercueil, une mise en bière immédiate et une pose de scellés. Personne de la famille n'a eu le moindre contact avec le défunt."

"On a ensuite décidé d'un jour et d'une heure pour la cérémonie, vendredi. Notre choix s'est porté sur une cérémonie à l'église Sainte-Bernadette d'Arras, puis un passage par le crématorium. Nous avons prévenu la famille éloignée de ne pas venir, pour nous limiter à 20 personnes maximum, comme on nous l'a demandé. On avait prévu un système de webcam avec les pompes funèbres."
   

Le prêtre ne souhaitait pas que le cercueil contamine l'église


Sauf que lundi, les personnes qui préparaient la cérémonie ont été averties que le défunt était mort du Covid. Et dans la foulée, quelqu'un a appelé la famille pour dire que les funérailles ne pourraient finalement pas être célébrées dans l'église. "On m'a dit que le prêtre ne souhaitait pas que le cercueil ou l'assemblée contamine l'église, comme c'est du Covid. J'ai une épouse croyante, sa foi a descendu de trois étages."

"Ce qu'on ne comprend pas, c'est que le diocèse célèbre d'autres funérailles, or il y a sûrement des gens porteurs dans l'assemblée ! J'ai bien précisé que nous n'avions pas été en contact avec mon beau-père depuis plus de quinze jours..."
   

C'est d'une brutalité féroce


"En fait, il aurait fallu que je mente ? s'indigne-t-il. Que je ne précise pas la cause du décès ? Les préceptes de la religion catholique seraient basés sur le mensonge pour avoir droit à un sacrement ?"

André a écrit au diocèse d'Arras et le prêtre de la paroisse a rappelé son épouse. "Il était plutôt gêné. Il a fait passer ça sous couvert de maladresse. Mais vous imaginez ? C'est d'une brutalité féroce."
   

"On a peut-être péché par excès de prudence", reconnaît l'abbé Leroy


L'abbé Pierre-Marie Leroy, de la paroisse Sainte-Bernadette, a longuement prié pour le défunt. Il reconnaît qu'il a sans doute été maladroit. "On a peut-être péché par excès de prudence. Depuis que j'ai eu à vivre des enterrements liés au Covid, les familles ont toujours souhaité d'elles-mêmes que ça se passe en plein air, au cimetière. Ça s'est installé comme une pratique. J'ai présenté mes excuses sur la démarche, liée à une pratique de fait, mais je comprends la blessure."

"Je ne pouvais pas savoir que la famille n'avait pas eu de contact récent. On ne sait pas, on apprend, s'excuse-t-il encore. Et puis vous savez, là je reviens de funérailles, on dit aux gens de ne pas toucher le cercueil, ils le font quand même. Dans l'épreuve, c'est naturel. Ils se prennent dans les bras."
   

Il nous faut préserver les bénévoles


"Dans le secteur de Boulogne-sur-Mer, précise-t-il, il a été décidé de ne plus faire à l'église, tout le monde est au cimetière, parce que les équipes sont vieillissantes. Ce n'est pas refuser, c'est adapter aux circonstances actuelles. Il nous faut préserver les quelques bénévoles, souvent retraités, qui peuvent encore nous aider. Quand il n'y a pas d'équipes, ça se fait forcément au cimetière."

C'est aussi l'argument avancé par l'abbé Vincent Blin, vicaire général du diocèse d'Arras, donc premier assistant de l'évêque. "Les directives de l'évêque ont été très claires : les personnes à risque, à cause de leur santé ou de leur âge, doivent rester chez elles. C'est aux plus jeunes de mettre en place la solidarité."
   

On ne fait aucune différence entre quelqu'un qui est mort du Covid et un autre défunt


"Dans le diocèse, il n'y a aucune directive selon laquelle on ne ferait pas entrer les cercueils Covid. On ne fait aucune différence entre quelqu'un qui est mort du Covid et un autre défunt. En revanche, ce n'est pas une doctrine officielle, mais il y a des secteurs où il n'y a quasiment plus de célébrations à l'église - quelle que soit la cause du décès."

"Moi j'ai 54 ans, je suis à Lens, précise-t-il. Je me suis mis à disposition pour aller dans des communes où le prêtre ou les équipes ont plus de 70 ans. Dans ces lieux-là, je n'ai même pas la clé de l'église, je ne sais pas où sont la lumière, la sono, il faudrait un bénévole disponible... Alors les célébrations se font au cimetière, parce qu'on ne peut pas faire autrement."
   

Ils viennent d'achever notre croyance


André Dondeyne, lui, ne décolère pas : "Je ne veux fustiger personne. J'aimerais juste que personne n'ait à vivre ça."

L'abbé Leroy a proposé d'assurer tout de même la cérémonie. Mais pour André, "il était trop tard. Ce serait de l'hypocrisie. Ils viennent d'achever notre croyance." Pour honorer la mémoire de Michel Mathon, les pompes funèbres ont mis à disposition un espace et mis en place une petite cérémonie non religieuse, prévue vendredi.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société religion polémique