1940, la bataille de France au jour le jour : 23 mai, les Britanniques se replient vers Dunkerque

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Écrit par Gonzague Vandamme
Un pilote britannique charge en munitions son Hawker Hurricane en France en 1940. Ces avions, basés à Lille-Seclin, allaient couvrir la retraite britannique dans le Nord.
Un pilote britannique charge en munitions son Hawker Hurricane en France en 1940. Ces avions, basés à Lille-Seclin, allaient couvrir la retraite britannique dans le Nord. © MEDIA DRUM WORLD/MAXPPP

EPISODE 15 - C'était il y a 80 ans. Malgré la résistance des Alliés le long de l'Escaut, de la Lys et autour d'Arras, l'armée allemande poursuivait son avancée dans le nord de la France. Les Britanniques commençaient à se replier vers la côte pour rembarquer leurs troupes à Dunkerque. 

Marc Bloch et l’Etat-major du groupe d’armées du Nord du général Blanchard arrivent au sud de Lille, au château d’Attiches "dans un très beau parc, une lourde bâtisse". Les Allemands, eux, sont déjà à Saint-Omer.
 


La ville est défendue par des Britanniques et des Français.  Le pont sur le canal devant la gare sera détruit au cours de ces combats pour ralentir l’avancée des Allemands.
 


A partir de ce 23 mai, les canaux vont être utilisés comme fossés antichars dans la région. Les troupes françaises, belges et britanniques, prises au piège, vont vendre chèrement leur peau le long de ces cours d’eau.
 


C’est notamment le cas près d’Aire-sur-la-Lys, où des unités françaises tiendront jusqu’au 28 mai, obligeant les Allemands à de durs combats pour passer les canaux.

Les Français résistent le long de l'Escaut


Sur l’Escaut, autour de Saint-Amand-les-Eaux, les combats font rage.
 


Au petit matin, les Allemands passent le pont d’Hergnies mais n’arrivent pas à aller plus loin. La division du Nord, essentiellement composée de soldats des régiments de Lille, Dunkerque, Cambrai et Douai, ne cède pas.
 


A Odomez, une commune voisine, les Allemands passent l’Escaut en force, mais là aussi ils sont bloqués. Des combats au corps-à-corps ont lieu dans les bois aux alentours.
 


Non loin de là, des Français se battent encore en Belgique. A Thulin, un régiment d’infanterie prend d’assaut le village à la baïonnette, faisant de nombreux prisonniers.
 


Les renforts allemands ne tardent pas et encerclent le 158e régiment d’infanterie. Les Français résisteront jusqu’à épuisement des munitions.  A 11h, 300 d’entre eux sont à leur tour faits prisonniers à quelques kilomètres de la frontière.
 

 

Les Britanniques évacuent Arras


A Arras, les Britanniques pensaient pouvoir résister et se sont retranchés pour bloquer les Allemands. Mais la Scarpe est franchie par la 12e division d’infanterie allemande non loin d’Athies.
 


A Maroeuil et Anzin-Saint-Aubin les défenses britanniques cèdent également. Au Mont-Saint-Eloi, les bombardiers Stukas multiplient les attaques sur les positions des Français qui doivent se retirer en combattant vers le bassin minier. Un colonel français est tué dans son char par une bombe d’avion, rapporte l'historien Dominique Lormier.
 


La ville d’Arras est désomais menacée d’encerclement, les Britanniques préparent l’évacuation qui doit avoir lieu dès la nuit tombée.


A Aubigny-en-Artois, des habitants sont réquisitionnés par les SS pour rassembler et enterrer dans une fosse commune les victimes civiles fusillées la veille. Environ 100 victimes sont à déplorer, des habitants mais aussi des réfugiés français et belges qui fuyaient les combats.
 


En Belgique, le long de la Lys, l’armée belge tente encore de bloquer l’avance allemande de Courtrai jusqu’à Gand. Pendant 5 jours, les Belges vont stopper les divisions allemandes, les repoussant parfois lors de violentes contre-attaques.  
 

 

L'étau se resserre sur Boulogne, Calais et Dunkerque


Les ports de Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque sont la cible de bombardements quotidiens ces derniers jours. Le maire de Dunkerque demande aux autorités militaires l’autorisation d’évacuer la population civile mais le gouverneur refuse.
 


Les routes de la région sont déjà saturées de réfugiés et les voies vers le sud de la France sont coupées par les Allemands. Autre mauvaise nouvelle pour les Dunkerquois, les canalisations d’eau douce ont été détruites par les bombardements.
 


Maintenant il faut chercher l’eau dans le canal, il n’y a plus ni gaz ni électricité. Les habitants auront finalement l’autorisation de se réfugier dans les villages autour de Dunkerque. La famille de Jacques Duquesne va se réfugier à Téteghem, à 5 kilomètres du centre-ville.

De même, beaucoup de gens du centre de la ville vinrent se réfugier près de nous et trouver asile, où ils pouvaient, leurs maisons étant réduites en cendres dans les rues principales.

Abbé Lecointe, vicaire de l’église Saint-Martin à Dunkerque.


Les habitants seront nombreux à rester dans les caves de leurs habitations, comme en témoigne l’abbé Lecointe, vicaire de 23 ans de l’église Saint-Martin : "Nous trouvâmes donc asile dans la cave où nous nous sentions plus en sécurité. Autour de nous, presque toute la population est là, d’abord parce que le quartier de la basse-ville était le moins bombardé et ensuite parce que ces familles modestes n’avaient pas les moyens de partir et n’avaient pas de point de chute à la campagne chez des amis. De même, beaucoup de gens du centre de la ville vinrent se réfugier près de nous et trouver asile, où ils pouvaient, leurs maisons étant réduites en cendres dans les rues principales" (cité par Dominique Lormier dans Les vérités cachées de la défaite de 1940).

Les terres autour de Dunkerque sont d’anciens marais, asséchés grâce à un système de canaux, écluses et pompes : les wateringues. La veille, les écluses ont été ouvertes pour assurer une inondation défensive de la ville. 25 000 hectares vont se recouvrir d’une eau saumâtre. Le Dunkerquois se transforme en une sorte de lagune dont la profondeur peut aller jusqu’à 2,4 mètres.
 


Boulogne-sur-mer est le premier port atteint par les Allemands. La bataille s’annonce mal car deux jours avant, un officier de la marine française a fait détruire les canons de batteries côtières pensant évacuer la ville avant l’arrivée des Allemands.

Aux premières heures de la matinée, 15 000 Allemands et 130 Panzer donnent l’assaut. Une dizaine de navires militaires français et sept britanniques pilonnent avec leurs canons l’avancée des Allemands qui tentent de progresser en direction du port. Les premiers chars qui s’avancent sont détruits par l’artillerie des navires.
 


L’aviation allemande est également gênée par des attaques des chasseurs Spitfire venus de l’Angleterre toute proche.
 


Les Allemands progressent lentement mais à 18h, le général britannique Fox Pitt reçoit l’ordre d’abandonner la ville et d’embarquer ses troupes.

En deux jours, 4600 hommes dont 800 Français et Belges seront évacués depuis Boulogne. Le soir du 23 mai ,seules quelques centaines de Britanniques qui n’ont pu évacuer et la garnison française résistent encore. 
 


Calais est attaquée également. Au cap Gris-Nez, des marins français bloquent les Allemands quelques heures sur la route de Calais grâce à leur artillerie. La 10e Panzerdivision est forte de 14 000 hommes et 140 chars. Face à elle, Calais est défendue par 3000 Britanniques, 1000 Français et une soixantaine de chars.
 

 


Ce 23 mai en voulant ralentir l’avancée allemande, 24 chars britanniques sont détruits par les blindés allemands aux abords de la ville.
 

 


Les défenseurs se retranchent derrière les canaux qui entourent Calais et dans la Citadelle.
 

 

Depuis Lille-Seclin, la Royal Air Force couvre le repli britannique


L’aviation britannique couvre le retrait de ses troupes vers le littoral. En 1939, la Royal Air Force a installé des escadrons de chasse équipés d’Hurricane dans le nord de la France.
 


L’Etat-major de la RAF n’a pas voulu déployer en France ses tout nouveaux chasseurs, les redoutables Spitfire. Ces avions sont les seuls à supplanter techniquement les Messerchmitt allemands, alors les Britanniques veulent les conserver pour la défense de l’Angleterre.
 


Les Hurricane, plus lents mais plus robustes que les Spitfire, ont assuré l’essentiel des attaques contre les Allemands en mai 1940, payant un lourd tribut. Après une semaine de combats, seules 3 des escadrilles de la RAF en France étaient encore opérationnelles.
 


Deux de ces escadrilles étaient installées sur l’aérodrome de Seclin-Enchemont. Les Anglais baptisent ce champ d’aviation "Lille-Seclin".
 


Pas de piste en dur, il ne s’agit que d’étendues de gazon, des bombardiers ne peuvent pas y atterrir. Lorsque les Allemands vont s’emparer de Lille, ils implanteront une énorme base aérienne, la Flugplatz "Lille-Vendeville" qui aura un rôle important dans la bataille d’Angleterre.

Jusqu’en 1939, les autorités civiles françaises voulaient développer un aéroport important au nord de Lille, à Bondues. Ce sont les hasards de la guerre qui ont fait que Lesquin s’est développé entre 1939 et 1944 et sera finalement choisi comme emplacement de l’aéroport international de Lille.
 


Ce 23 mai 1940, dans la soirée, le major britannique Archale vient rendre visite à son ami le commandant français Fauvelle. Ce n’est pas une simple visite amicale mais plutôt des adieux.

D’après l’historien Dominique Lormier, l’officier anglais brise le secret défense et explique à son ami que les troupes britanniques vont quitter la France en embarquant à Dunkerque. Au même moment les troupes britanniques accélèrent leur repli vers le nord et commencent à faire sauter les ponts sur la Deûle entre Lens et Lille.
 


En arrivant en haut de Notre-Dame-de-Lorette ce 23 mai, les soldats allemands peuvent lire l’inscription sur le mémorial de 14/18 : "Qui tient Notre-Dame-de-Lorette tient la France".


► La suite de notre série demain avec la journée du 24 mai 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

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