Présidentielle : les Hauts-de-France, terre de campagne de l'entre-deux-tours du duel Macron-Le Pen, en 2022 comme en 2017

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Écrit par Alix Guiho

Marine Le Pen achève sa campagne dans les Hauts-de-France, une région loin d'être choisie au hasard. Roye, Abbeville, Arras... la candidate privilégie le terrain conquis pour éviter tout couac de dernière minute. Tout en jetant son dévolu sur la même salle de meeting qu'Emmanuel Macron, à Arras, en 2017. Déjà, à l'époque, un gros coup médiatique s'était joué dans les Hauts-de-France, sur le parking de l'usine Whirlpool, à Amiens.

Les Hauts-de-France... encore terrain de campagne de la dernière ligne droite. Après un débat d'entre-deux-tour houleux, ce mercredi 20 avril 2022, où Marine Le Pen n'a pas réussi à prendre l'avantage sur Emmanuel Macron, la candidate du Rassemblement National a en effet choisi de se rendre dans les Hauts-de-France pour ses deux derniers jours de campagne. 

Marine Le Pen à Roye, Arras et Abbeville pour le sprint final 

La candidate du RN était à Roye ce jeudi 21 avril, commune de 6 000 habitants située à l'est de la Somme, où elle a recueilli 42 % des voix au premier tour. Elle y a rencontré des routiers en colère, à leur demande. Ils protestaient il y a un mois contre la hausse des prix du carburant. Déjeuner avec des transporteurs, échange dans un camion, devant des dizaines de caméras et selfies avec des habitants. Marine Le Pen a été bien accueillie lors de cette étape. 


Avant de consacrer ses dernière heures de campagne, ce vendredi 22 avril, à Abbeville et ses habitants, dans la Somme, et de se prêter à un ultime exercice de micro-tendu au marché, Marine Le Pen tient ce jeudi soir son dernier meeting à Arras, dans le Pas-de-Calais. 

Choisir les Hauts-de-France, un terrain conquis pour limiter les risques 

Des destinations qui ne doivent rien au hasard, selon Tristan Haute, maître de conférence en sciences politiques à l’université de Lille : “Venir dans les Hauts-de-France, c'est revenir sur ses terres d’élection, elle qui est députée du Pas-de-Calais, et dans une région qui la porte, où elle espère une forte mobilisation au second tour". 

En effet, si Emmanuel Macron a dominé le premier tour à l'échelle de la France, dans la région, c'est Marine Le Pen qui est arrivée en tête avec 33,36%des voix. Une stratégie qui lui permet aussi d'éviter tout couac à l'approche du second tour, ce dimanche 24 avril. 

Un meeting d'entre-deux-tours à Arras... comme Emmanuel Macron en 2017 

Toutefois, la candidate n'oublie pas qu'elle a un adversaire. Et son passage à Arras a tout de symbolique : "Si le Pas-de-Calais a largement voté pour elle au premier tour, c'est le président sortant qui est arrivé premier, dans le chef-lieu, constate Tristan Haute. Aussi, elle a choisi la même salle de meeting qu'Emmanuel Macron, le 26 avril 2017 : le centre des expositions Artois Expo de Saint-Laurent-Blangny, à Arras". 

Et dans cette même salle, elle n'hésite pas à le tacler, ce jeudi soir 21 avril 2022 : "on a vu un président condescendant et arrogant", clame-t-elle devant ses sympathisants au lendemain de son débat avec Emmanuel Macron. 

Le duel Macron-Le Pen à Whirlpool en 2017 

Ce n'est pas la première fois que Marine Le Pen marche sur les plates-bandes du candidat LREM, dans les Hauts-de-France. Dans la campagne de l'entre-deux-tours en 2017 déjà, une passe d'armes mémorable s'était joué dans la région. Le 26 avril 2017, les deux candidats s'étaient croisés sur le parking de Whirlpool, à Amiens. 

Alors qu'Emmanuel Macron se trouvait à la chambre de commerce d'Amiens pour rencontrer l'intersyndicale de Whirlpool sur la future fermeture du site, Marine Le Pen a débarqué à l'improviste sur le parking de l'entreprise. 

"La tension était palpable" 

Fany Ruhin, présidente de la CCI à l'époque et encore aujourd'hui, était aux premières loges. Elle se remémore cet épisode de campagne : "Le rendez-vous intersyndical s’est tenu à huis clos, il y a eu environ une heure de discussion. Moi, j’étais juste à l’extérieur avec ses équipes et à un moment on a senti une tension palpable dans l’air. Marine Le Pen venait d’arriver sur le site de l’usine, les bruissements de voix, de téléphones, on a pu voir les journalistes commencer à échanger entre eux et les membres de l’équipe se tendre". 

Pris par surprise, le futur président de la République a bouleversé son agenda et décidé lui aussi de se rendre sur place, dans une ambiance électrique.

Au milieu des employés et des journalistes, Emmanuel Macron a tenté de convaincre pendant plus d'une heure.

Pour le maître de conférence en sciences politiques Tristan Haute, ce coup médiatique s'est joué en faveur de Marine Le Pen : "elle a essayé de construire une proximité avec les ouvriers face à Emmanuel Macron qui s'intéressait au problème par le haut." 

5 ans plus tard, les anciens employés de Whirlpool ne croient plus en les promesses de campagne 

Frédéric Chantrelle, syndicaliste à la CFDT et ancien salarié de Whirlpool était là, lui aussi, ce 26 avril 2017. Figure de la contestation, il se rappelle avoir eu de l'espoir, voyant les deux candidats venir sur son lieu de travail. En vain. Aujourd'hui, le parking est vide, il est sans emploi, comme beaucoup des 286 anciens salariés du site : "on ne peut voir que de l'amertume quand on voit des candidats qui profitent de la détresse sociale pour venir annoncer des mesures devant les caméras et qu'on ne constate pour seul résultat que 2 repreneurs avec faillite - WN et Ageco Agencement - et seulement 2 emplois sauvés - repris par la Maison de Cèdre qui a implanté son agence amiénoise sur le site."

Quand on a vécu trois licenciements et trois déplacements du président en trois ans. On ne peut être que désabusé de la politique

Fréderic Chantrelle, ancien de Whirlpool

Pour le syndicaliste, "le fossé se creuse entre les classes populaires et la politique". Tous les candidats le rebutent : " il faudrait qu’ils sachent ce que c'est que de vivre avec un petit salaire, avec 1400 euros par mois en payant les loyers, les voitures, les assurances, les courses." 

Aujourd'hui, il n'aurait pas aimé qu'Emmanuel Macron ou Marine Le Pen revienne sur le parking de Whirlpool, il n'a plus envie de "se faire instrumentaliser" : "Quand on a vécu trois licenciements et trois déplacements du président en trois ans... On ne peut être que désabusé de la politique". 

Frédéric Chantrelle vote à chaque élection présidentielle depuis 36 ans. Pour la première fois, il ne sait pas ce qu'il va faire ce dimanche 24 avril 2022.