Basket : l'incroyable épopée de Berck en coupe d'Europe, 50 ans avant l'exploit de Monaco

Avec sa victoire face au Maccabi Tel-Aviv, mardi 9 mai, Monaco est devenu le cinquième club français à accéder aux demi-finales de la coupe d'Europe de basket. Avant lui, il y a eu l’Asvel, Limoges… Mais surtout Berck, la pionnière ! C'était en 1974, Pierre Galle était le capitaine, il raconte.

“C’est historique !”, lance David Cozette, commentateur de la chaîne l’Equipe, à l’issue d'une rencontre épique. Mercredi 10 mai, Monaco est entré dans l’histoire du basket français avec brio. En battant le grand Maccabi Tel Aviv, l’équipe du rocher devient la cinquième équipe de l'hexagone à se qualifier pour une demi-finale d’Euroligue. Un exploit qui vient réveiller de bons souvenirs sur la Côte d’Opale.

Parce que Monaco n'est pas la seule à s'être hissé dans le dernier carré de cette compétition. Les rouge et blanc marchent dans les pas d'héritiers, certes lointains, mais pionniers. Les derniers en date sont l’Asvel, en 1997. Juste avant il y a eu le sacre de Limoges, en 1993, puis les déchus de Pau-Orthez, en 1987.

Berck, à jamais les pionniers

Et puis, il y a eu... Berck ! Les tous premiers à se qualifier avec fracas pour le final four d'une coupe d'Europe de basket. Cela à deux reprises, en 1974 et 1975. Une performance retentissante et inimaginable pour un groupe constitué de "gars du Nord", bien épaulés par deux athlètes américains.

1/4 de finale historique face au Maccabi Tel-Aviv

"Vous voyez, quand je vous en parle, les émotions remontent." Au bout du fil, Pierre Galle revient sur cette épopée qu'il ne cessera de qualifier d'"extraordinaire". Meneur de jeu, capitaine des Berckois et des Bleus, il aura été un des grands artisans de cette aventure, aux côtés de son frère, Jean, entraîneur à la même époque. Au téléphone, depuis les Canaries où il est installé depuis huit ans, il s'attarde sur le match qui fera entrer son club dans l'histoire.

C’était un soir de 1974. Le front de mer est vide. Tout Berck s'est rué dans le Palais des sports de la ville, plein à craquer. C'est le match à ne pas manquer. Berck affronte le Maccabi Tel-Aviv en quart de finale de la Coupe d'Europe des clubs champions (ancêtre de l'Euroligue). Clin d'œil de l’histoire, c'est également face aux Israéliens que Monaco s'est qualifié, mardi dernier.

Le match est retransmis sur les antennes de la RTBF. Sur les images en noir et blanc (extrait ci-dessus), on reconnaît les shorts courts, les maillots moulants, les moustaches et les rouflaquettes. C'était il y a un demi-siècle. La ligne à trois points n’existait pas encore. En France, le basket n'était pas encore professionnalisé. La plupart des joueurs ne vivaient pas de leur sport.

"Une des plus belles parties de basket"

Ce soir-là, près de 5.000 places sont vendues. "L'engouement était phénoménal", se souvient Pierre Galle. Un gros dispositif de CRS est mis en place pour éviter les débordements. "Des mesures de sécurité incroyables pour l’époque, suite à l’attentat de Munich sur l’équipe d’Israël en 1972", explique Guy Allemand, sous une photo d'archive publiée sur Facebook. Dans les tribunes, des dizaines de supporters du Maccabi font flotter des drapeaux de l'Etat hébreu dans la salle. La passion des supporters israéliens ne date pas d'hier, donc. 

Cette rencontre à domicile, il faut la gagner pour accéder au dernier carré de la coupe, car Berck s'est incliné à l'extérieur au match aller (en cas d'égalité, la victoire se faisait au pointavérage). D'ailleurs, ce déplacement en Israél, Pierre Galle s'en souvient comme si c'était hier. "Dans la salle, c’était inimaginable... Il y avait peut-être 10.000 personnes, ça vibrait de partout. Mon frère devait aller devant la table de marque pour demander un temps mort, tellement il y avait de bruit."

En face de nous, il y avait Tal Brody, le capitaine de l'équipe militaire américaine. C'était l'équivalent d'Alain Gilles à l'époque.

Pierre Galle, ancien capitaine de Berck

Fort de la présence de sa star américaine, Tal Brody, le Maccabi a de quoi faire peur. "C'était l'équivalent d'Alain Gilles à l'époque", compare Pierre Galle. Il était capitaine de l'équipe militaire des USA. "Mais dans ce genre de match, on se surpasse", raconte le capitaine berckois. Contre toute attente, Berck écrase son adversaire, 115 à 86.

"Ce match sous protection policière n'en a pas moins donné lieu à une des plus belles parties de basket-ball que l'on ait pu voir jouer sur un terrain français", écrira un journaliste du Monde, Pierre Georges, au lendemain de la victoire. Une victoire qui inscrira à tout jamais la station balnéaire du Pas-de-Calais sur la carte du basket européen.

Berck, l'étoile filante

Real Madrid, Panathinaikos, Varese, Cantu... Rien ne prédestinait Berck a tutoyer ces géants. Le club, créé par un homme d’église en 1929, n'évoluait encore qu'en Nationale 3 (sixième division) jusqu'en 1967. Mais, telle une météorite, l'équipe va gravir les échelons à toute vitesse. Avec un groupe fait de joueurs du coin, de Dunkerque à Berck en passant par Calais. Tous recrutés par René Fiollet, le directeur du club. “L’homme qui a fait Berck”, loue Pierre Galle.

Rapidement, la ville se hisse en première division. Le nouveau directeur Jacques Renard, un patron d'abattoirs et commerçant, va faire venir deux Américains, dont la star Ken Gardner. "Le club payait les Américains 5.000 francs par mois contre 500 francs pour nous, se rappelle Pierre Galle. Pour Gardner, le club n'avait pas les moyens de le rémunérer, alors Jacques a payé de sa poche."

Résultats, Berck remporte deux fois de suite le championnat de France, en 1972 et 1973. De la Voix du Nord à L'Equipe en passant par l'ORTF, les médias couvrent le parcours du petit club devenu grand. "Le journalistes nous suivaient partout, et après les matchs, ils dinaient avec nous, se remémore Pierre Galle. On est même passé à Cinq colonnes à la Une !" 

Grève de joueurs et clap de fin

Berck participera deux années de suite aux demi-finales de la Coupe d'Europe, sans jamais les franchir. En 1975, les joueurs s'inclineront contre le grand Real Madrid. Cette défaite, mêlée à un "incident" extraspotrif, mettra fin à ce rêve éveillé.

On s'est retrouvé à 8 joueurs face au Real Madrid. Mon frère, l'entraineur, a dû enfiler le maillot. Tout ça alors qu'on était en direct sur Antenne 2...

Pierre Galle, ancien capitaine de Berck

En effet, quelques joueurs berckois dont un des Américains décident de faire grève le jour de match. "On les a attendu au château de Montreuil où on avait l'habitude de se rassembler avant les matchs, on les a attendu au repas ainsi qu'au briefing à l'hôtel..., remet avec amertume le capitaine. Ils ne sont jamais venus, on s'est retrouvé à huit joueurs. Mon frère, coach, a même du enfiler le maillot. Tout ça alors qu'on était diffusé en direct sur Antenne 2."

Cet évènement a "cassé la dynamique", relate Pierre Galle aujourd'hui. La fièvre s'éteint dans les années qui suivent et les Berckois regagnent leur place. Cette aventure sera aussi inoubliable qu'éphémère. Ce qui a valu au club le surnom d'étoile filante.

Retour en Nationale 1

Aujourd'hui, l'Avenir Basket Berck Rang-du-Flier, évolue en Nationale 1. Toujours dans une ambiance particulière. Cette belle page de l'histoire continue de vivre, entre autres, sur la page Facebook Chroniques illustrées de l'AS Berck.

De son côté, Pierre Galle, 78 ans, n'a toujours pas quitté les parquets et continue d'entraîner des jeunes aux Canaries. "Je rends ce que le basket m'a donné."

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