Les chercheurs de Boulogne-sur-Mer découvrent que le cœlacanthe, ce poisson "relique", peut vivre un siècle !

Une étude publiée par l'Ifremer, en association avec le Museum National d'Histoire naturelle, bouleverse les connaissances sur ce poisson, considéré comme une espèce relique. Le cœlacanthe peut vivre non pas 25 mais 100 ans, avec une période de gestation de 5 ans et une reproduction vers 55 ans
Le cœlacanthe, ce poisson emblématique, est bien plus vieux qu'on ne le pensait
Le cœlacanthe, ce poisson emblématique, est bien plus vieux qu'on ne le pensait © INA

Le cœlacanthe - se prononce "célacanthe"- est une espèce rare, un monstre marin, qui semble "venu du fond des âges." Vivant dans des grottes, bien caché dans l'océan, il peut atteindre 2 mètres de long pour plus de 100 kg !

Les précédentes estimations d’âge étaient faussées

Selon une nouvelle étude récente, le cœlacanthe ne vit pas seulement une vingtaine d'années, comme on le pensait auparavant, mais 4 à 5 fois plus longtemps, donc jusqu'à un siècle.

Une découverte menée par Kélig Mahé, chercheur à l'Ifremer, l'Institut Français de Recherche et d'Exploitation de la Mer, de Boulogne-sur-Mer : "nous avons travaillé sur des écailles de ces poissons, prêtées par le Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris qui héberge la plus importante collection de cœlacanthes. Comme tous les poissons, l'âge se calcule en fonction des stries visibles sur chaque écaille. Chaque strie correspond à une année. 

À la différence de l'étude précédente datant de 1977, nous avons utilisé un microscope dit polarisé, qui par un jeu de lumière et de miroirs permet une observation plus fine et nous avons découvert des petites stries supplémentaires entre celles déjà identifiées par le passé."

Des observations confirmées grâce à des images en 3D réalisées par l’université de Dijon.

Comme pour les cernes des arbres, chaque année passée laisse une strie visible au microscope sur les écailles
Comme pour les cernes des arbres, chaque année passée laisse une strie visible au microscope sur les écailles © Ifremer

Un siècle de stries, compté comme les anneaux d'un arbre, grâce à cette nouvelle technologie et qui bouleverse les connaissances sur ce poisson mythique. 

Une gestation de 5 ans

Autre surprise de taille, avec l'étude des écailles de jeunes individus provenant du ventre de deux femelles gestantes. En effet ce poisson est ovovivipare et ne porte que quatre à cinq petits alevins. Des œufs fécondés qui restent dans le ventre de la mère jusqu'à éclosion.

Les chercheurs ont constaté que ces petits sur le point de naître, étaient âgés de 5 ans ! "On a découvert que ces écailles de jeunes poissons présentaient 5 stries, on estime donc aujourd'hui que la durée de gestation du cœlacanthe est de 5 ans, ce qui le place comme numéro un des espèces en terme de durée de gestation."

Un record de gestation détenu jusqu'ici par le requin et l'éléphant, soit prés de 2 ans.

Une espèce plus vulnérable qu'on ne le pensait

Et ce n'est pas fini, puisque grâce à ces observations, les chercheurs concluent que les femelles ne se reproduiraient que vers l'âge de 55 ans. "Là encore, nous avons utilisé les écailles des femelles matures sexuellement, pour découvrir qu'elles avaient plus de 50 ans.

Potentiellement, on a des durées de vie de l'ordre d'un siècle pour ce poisson mais avec une reproduction tardive, à 55 ans et un temps de gestation de 5 ans. Vous imaginez bien que cela l'expose davantage aux risques" précise Kelig Mahé.

Des découvertes au rayonnement mondial pour l'équipe des chercheurs de l'Ifremer, mais inquiétante pour le cœlacanthe. "Ils n'existent encore que 2 à 4 000 individus qui se répartissent entre l'Afrique du Sud et le nord de Madagascar" précise Kelig Mahé.

Surpêché pendant des années, le cœlacanthe ne peut pas vivre en captivité ni s'y reproduire. Classée espèce menacée par l’UICN, l'Union internationale pour la conservation de la nature, ce poisson devient donc une espèce en danger critique d'extinction.

Une espèce est dite "relique"

En 1938, le cœlacanthes pêché le long de la côte orientale de l'Afrique du Sud, fut nommé "Latimeria chalumnae." Pendant des années, on tenta de se procurer un second spécimen, il ne fut capturé qu'en 1952, dans l'archipel des Comores, au nord du canal de Mozambique. 

Et puis en 1997, une deuxième espèce est découverte, pêchée elle, dans l'océan Pacifique, près de l'île indonésienne de Manado. Ce cœlacanthe est alors nommé "Latimeria manadoensis". Hormis une nuance dans la couleur, les deux ont la même apparence, celle d'un prédateur robuste.

Le cœlacanthe, une espèce relique
Le cœlacanthe, une espèce relique © MaxPPP

S'ils présentent encore aujourd'hui, une poche de gaz, vestige d'un poumon ancestral et une structure de nageoires similaire à des pattes, ces cœlacanthes sont une espèce actuelle qui a conservé une morphologie assez proche d'autres espèces fossiles qu'on pensait éteint depuis plus de 60 millions d'années.

"Les cœlacanthes sont appelés des espèces reliques" précise Bertrand Bed'Hom, Professeur à l'Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité du Muséum National d'Histoire Naturelle. "On ne peut pas parler de fossiles vivants. Ils font juste partie d'un groupe dont les autres espèces ont disparu depuis longtemps. "

"Car dans le grand groupe des poissons, la lignée des Sarcoptérygiens comprend la branche qui a évolué vers les Tétrapodes. C’est-à-dire les Vertébrés avec des pattes, comme les amphibiens, les reptiles, les oiseaux, les mammifères avec une transition du milieu aquatique au milieu terrestre, celle des dipneustes actuels des poissons à poumon, espèces reliques également et la branche des cœlacanthes" explique Bertrand Bed'Hom.  

 "Ainsi, les cœlacanthes sont de proches parents des Tétrapodes donc plus proche des mammifères que des poissons !"

Le cœlacanthe, une formidable "relique" qui continue de fasciner les pêcheurs et les biologistes et qui reste l’une des plus grandes découvertes zoologiques du XXe siècle.

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