Baisse de subvention, remplacement du directeur : un conflit ouvert entre la scène nationale du Channel et la mairie de Calais

La scène nationale du Channel et la mairie de Calais sont passés d'un conflit larvé à un conflit ouvert. Depuis février, la mairie de Natacha Bouchart (LR) demande publiquement le remplacement du directeur actuel, Francis Peduzzi. La structure, elle, fait appel au soutien du public pour préserver son autonomie.

Alors que la convention pluriannuelle d’objectifs qui définit ses subventions expire cette année, le torchon brûle entre la scène nationale du Channel et la mairie de Calais. Le conflit, latent depuis une dizaine d'années, est revenu sur le devant de la scène alors que la mairie de Natacha Bouchart (LR) demande publiquement le remplacement du directeur Francis Peduzzi.

Le 6 mai était organisée un festival artistique et populaire pour soutenir la direction en place, un événement qui a rassemblé 1500 personnes selon les organisateurs.

Le conflit s'illustre notamment dans les subventions revues à la baisse malgré l'accord de quatre ans signé entre les deux parties et âprement négocié. Le budget du Channel a été amputé de 350 000 euros en 2023, soit près de 40% de ses ressources annuelles. 

Je pense que ce qu'on me reproche, c'est de ne pas être un directeur de service municipal.

Francis Peduzzi, directeur du Channel

"Je pense que ce qu'on me reproche, c'est de ne pas être un directeur de service municipal. Soit on regarde ce lieu comme une scène nationale, avec son autonomie, soit on le regarde comme un espace géographique qui appartient à Calais et je pense que c'est comme cela que la mairie le voit. Nous devrions donc être sous son autorité. Ce sont en tout cas mes suppositions" réagit le directeur du Channel, Francis Peduzzi, qui reconnaît cependant que "la ville n'a jamais essayé d'intervenir sur la programmation".

"Nous sommes extrêmement portés par la population"

Malgré cette plaidoirie pour une nouvelle direction, le lieu est pourtant tenu en haute estime par les calaisiens. La pétition pour la poursuite du projet artistique du Channel et pour le respect de l'autonomie de la direction a été signée par près de 8000 personnes. Une capacité de mobilisation dont peu de lieux culturels peuvent se vanter. 

La fréquentation de cette scène nationale est également constante, avec des spectales qui font salle comble, une librairie et un restaurant qui accueillent du public 362 jours par an. La dernière édition de la fête de cinq jours des Feux d'hiver, annulée en 2022 à cause de ces conflits budgétaires, avait réuni quelque 50 000 personnes.

"C'est un lieu qui offre une liberté énorme et notre programmation a toujours emprunté à des expressions artistiques non-conventionnelles. On a été les premiers à travailler avec de grandes compagnies de rue, on a développé le cirque, la marionnette, on organise des bals... On a une programmation éclectique et populaire et c'est pour ça que nous sommes extrêmement portés par la population", estime Francis Peduzzi. 

"Des échanges basés sur autre chose que le chantage"

Interpellée sur ce conflit latent par le conseiller d'opposition Jean-Philippe Lannoy, la mairie de Calais a précisé sa position lors du conseil municipal du 7 février. "Ce souhait est le résultat d'une relation conflictuelle permanente qui s'est accentuée depuis 2018 (...) Libre à vous de faire des amalgames mais contrairement à ce que le directeur de la scène nationale tente de distiller dans les esprits, le Channel, ce n’est pas Francis Peduzzi et Francis Peduzzi, ce n’est pas le Channel" a ironisé l'adjoint à la culture, Pascal Pestre.

"Nous militons pour l’arrivée d’une nouvelle direction à laquelle nous garantissons la même liberté artistique. Nous souhaitons avoir, avec cette nouvelle direction, des relations cordiales et constructives et des échanges basés sur autre chose que le chantage permanent", a-t-il conclu avant de rendre le micro.

Le Channel, ce n’est pas Francis Peduzzi et Francis Peduzzi, ce n’est pas le Channel.

Pascal Pestre, adjoint à la culture à Calais

La mairie a notamment été apostrophée sur son positionnement par l'ancien directeur de la structure, Henri Taquet, dans une lettre ouverte datée du 31 mars 2023. "Votre campagne de dénigrement est absurde, comme la baisse progressive de subventions destinée à entraver l'action du Channel. (...) , Madame Le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, on ne change pas une équipe qui gagne."

La convention pluriannuelle qui lie le Channel, la mairie de Calais mais également l'Etat, arrive à son terme le 31 décembre 2023, laissant toutes les possibilités ouvertes pour l'avenir de cette scène nationale.