Coquelles : les buralistes vent debout contre le projet de "duty-free" du tunnel sous la Manche

Un comptoir de vente de produits détaxés (« duty-free ») pourrait bientôt ouvrir au terminal de Coquelles du Tunnel sous la Manche (Pas-de-Calais). La confédération nationale des buralistes s'oppose au projet. 

© DENIS CHARLET / AFP

C'est un retour clivant. Un soulagement pour les consommateurs en provenance du Royaume-Uni. Un cauchemar pour la confédération nationale des buralistes, qui dénonce même "une grave distorsion de concurrence." Au coeur du clivage, l'ouverture probable d'un "duty-free", une boutique hors-taxe, sur la zone du terminal de Coquelles du tunnel sous la Manche. 

Depuis 1999, plus aucune enseigne ne vend de produits hors taxe dans la zone du port, conséquence de l'application des règles du marché européen. Mais depuis, le Brexit a rebattu les cartes. Et la société Getlink, exploitant d'Eurotunnel, y a vu une occasion de réimplanter un comptoir duty free à Coquelles. De quoi provoquer la colère des représentants des buralistes. "Le droit européen est très clair et là, une entreprise demande une dérogation pour modifier la règle du droit européen pour ses propres interêts" tonne Philippe Coy, à la tête de la confédération nationale des buralistes qui regroupe 24 000 débits de tabac en France. 

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Le gouvernement donne son feu vert 

Pourtant, le gouvernement français a donné son feu vert à la création de tels espaces "hors taxe". Et vendredi dernier, le projet de loi de finance rectificative pour l'année 2021 a été voté à l'Assemblée. Un amendement concerne la réouverture d'espace "duty free". Dès lors, Getlink devrait logiquement déposer une demande officielle pour l'ouverture d'un comptoir au terminal de Coquelles du tunnel sous la Manche. 

"Le duty free va aspirer toute la clientèle anglaise de Calais. Des milliers de passagers au quotidien, c'est un gros manque à gagner pour mes collègues. Ils vont être victimes d'un dumping qui va affaiblir tout le réseau de buralistes. Et ça ne concerne pas que le tabac, c'est le commerce de proximité en général qui est menacé" analyse Philippe Coy, président de la confédération nationale des buralistes. Pour le secteur, la peur est que les passagers en provenance du Royaume-Uni désertent les commerces de la ville et ses alentours au profit d'achats moins chers et concentrés dans le même espace, sur le même mode que celui des aéroports. 

"Pour nous, ça ne va pas changer grand chose" 

Pourtant, les buralistes du centre-ville de Calais ne semblent pas s'inquièter outre mesure de l'arrivée du duty-free. "Pour nous, ça ne va pas changer grand chose, ça fait longtemps que la clientèle anglaise disparaît. Ce qui nous inquiète plus c'est la concurrence déloyale avec la Belgique, dans l'autre sens" rapelle Véronique, patronne du Nerval à Calais. De plus, l'achat de cigarettes seraient à priori limité à une cartouche par personne. Et le Duty Free pourrait être accessible uniquement aux voyageurs. "Nous ne serons pas vraiment impactés. Les Calaisiens n'auront pas accès au duty free. On gardera notre clientèle je pense" résume Nathalie, gérante du Nemrod à Calais. 

Le duty free va être bénéfique pour nos emplois comme pour l'ensemble du territoire.

Yann Leriche, directeur général de Getlink

De son côté, l'entreprise Getlink, exploitant du tunnel, se satisfait de cette opportunité. Rétablir le duty free sur son terminal français pourrait permettre, selon l'entreprise, de soutenir l'économie locale et de crééer des emplois sur la zone. Pour le directeur général de Getlink, Yann Leriche, cela permettrait même de restituer "une égalité de traitement" et "une juste concurrence entre les acteurs du transmanche." Et d'ajouter "comme le savent nos salariés, les acteurs et élus locaux, qui en ont compris les enjeux, le duty free va être bénéfique pour nos emplois comme pour l'ensemble du territoire."

Pour autant, la Confédération des buralistes promet d’engager « tous les recours » possibles contre l’ouverture d'un duty free au terminal de Coquelles du Tunnel sous la Manche. Philippe Coy promet même "de faire valoir tous les élèments de droits et "même d'aller jusqu'à la Commission européenne s'il le faut." Preuve d'un dossier brûlant. 
 

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