La dentelle de Calais-Caudry protégée par un label d’indication géographique : "c'est la reconnaissance d'un savoir-faire français toujours valorisé"

C'est une première dans notre région : la dentelle de Calais-Caudry accueille fièrement une indication géographique. Un travail de longue haleine, qui permet la reconnaissance et la protection d'un patrimoine, qui pèse environ 19 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les Hauts-de-France.

Ce monstre de plusieurs tonnes d’acier, on l'appelle, dans le milieu, un métier… Pas n’importe lequel, un métier Leavers, du nom de son créateur au début du XIXe siècle. C’est cette machine, en héritage, qui fait toute la singularité de la dentelle de Calais-Caudry. 

Jérémy Dessaint, responsable des opérations, explique que : "la dentelle Leavers est la fameuse dentelle de Calais-Caudry, qui porte le label. Elle est tissée par un principe de chaîne et trame sur un métier Leavers qui est une machine mécanique inventée par John Leavers au début des années 1900 en Angleterre qui reproduit ce que faisaient les dentellières avec les fuseaux."

Et parce que la dentelle est tissée et non tricotée, elle est alors plus fine et plus solide... Un produit de luxe, destiné à la haute-couture, qui s’adapte aux envies et aux tendances.

"On a trop souvent l'image vieillotte des napperons de mamie, en tête. L'avantage du métier Leavers c'est qu'il est adaptable : on peut créer différents motifs floral ou géométrique. On peut avoir des modèles extraordinaires comme celui-ci à l'effet un peu givré". 

"La particularité de notre dentelle, c'est qu'on peut lui intégrer différentes matières qui vont lui donner différentes formes, différentes contenances, différentes épaisseurs, pour avoir une dentelle effet guipuré, une dentelle de Chantilly, une dentelle de Valenciennes pour un produit d'excellence. Les autres tricotent. Nous, on a des milliers de fils, entre 10 000 et 13 000, qui s'enchevêtrent ensemble afin de créer un motif, alors que les autres vont tricoter un fil qui va créer un motif. Lorsque vous allez couper une dentelle Leavers, elle ne bougera pas. Le motif restera pareil et vous pourrez avoir des effets de flocage. Une dentelle tricotée va forcément s'effilocher et se désagréger avec le temps."

Reconnaissance

Et pour préserver et protéger ce savoir-faire unique : le label "indication géographique", tout juste délivré par l’Institut National de la Propriété Industrielle. L'objectif : sauvegarder le millier d’emplois rattachés à la filière dentelle, tout en éloignant la concurrence déloyale.

Christophe Machu, cogérant de Solstiss estime que : "l'indication géographique est une reconnaissance pour la profession et pour les salariés d'un savoir-faire ancestral de plus de 200 ans pour la plupart des métiers qui tissent le produit. Comme son nom l'indique, le fait d'assigner cette production à un territoire, donne une protection par rapport à l'indication de géographie et seules les entreprises situées dans ces lieux de production peuvent être admis à l'IG."

"Le premier impact pour nous est une communication tous azimuts : la dentelle de Calais-Caudry a commencé à être reconnue en tant qu'entreprise du patrimoine vivant, qui est une première étape pour la reconnaissance de cette profession et des savoir-faire. Cette IG est une reconnaissance d'un savoir-faire français toujours valorisé", précise-t-il. 

Cette homologation artisanale et industrielle est la première dans le département du Nord. Il n'y en a que 16 autres en France.

Avec Laurie Colinet / Images Bertrand Théry FTV