"Ces manèges ont une âme, celle des gens qui sont montés dedans" : au musée de la fête foraine de Saint-André, les jeux sont une affaire sérieuse

Depuis plus de 40 ans, Didier Vanhecke propose aux nostalgiques de revivre leur enfance en poussant les portes de son musée à Saint-André-lez-Lille, dédié aux manèges de fêtes foraines. Plongée dans un passé coloré, joyeux et surtout plus complexe qu'il n'y paraît.

Que diriez-vous d'un voyage au début du XXe siècle, sous les lumières tamisées et les couleurs chatoyantes des fêtes foraines d'antan ? Un retour dans le temps, véritable madeleine de Proust pour certains et certaines, qui peut raviver le souvenir des spectacles forains, de la ducasse, de ses soirées et attractions ambiance "course de chevaux".

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Le son du flipper, produit par un carillon, est différent de celui d'aujourd'hui, plus électronique. ©France Télévisions. L.Marron et A.Morvan

En mettant les pieds dans le musée de la fête foraine de Saint-André-lez-Lille, l'immersion est totale. Ritournelle de manèges, carillons des flippers d'autrefois et sonneries de carrousel sont au rendez-vous. Derrière tout celà se trouve un passionné, Didier Vanhecke, qui collectionne ces morceaux de fêtes depuis plus de 40 ans.

Le carrousel, emblème d'une époque

Tous les premiers samedis du mois, Didier Vanhecke ouvre les portes de son musée au grand public, qui peut alors s'émerveiller devant les pièces de collection, dont la plus emblématique reste le carrousel d'époque, vieux de 120 ans. "Le carrousel c’est une pièce qui figure dans toutes les nostalgies, dans tout ce que l’on peut imaginer de la fête foraine et de la Belle Époque." En tant que passionné, Didier Vanhecke peut disserter pendant des heures sur le sujet.

En plein essor vers la seconde moitié du XXe siècle, l'art forain a connu un grand élan de diversité dans les compositions sculptées sur ses manèges. Le carrousel, apparu en 1880 en France, est le témoin de cette effervescence : "Face à la concurrence des autres forains, les familles devaient demander des sujets de plus en plus originaux aux constructeurs. C'est ainsi que l'on est passé de simples chevaux à des sujets domestiques comme l’âne, le chat ou le coq."

Face à la concurrence des autres forains, les familles devaient demander des sujets de plus en plus originaux aux constructeurs.

Didier Vanhecke, conservateur du musée

Certains manèges arboraient des sculptures un peu plus exotiques, comme des éléphants, des girafes ou encore des lions. Une véritable ménagerie pouvait être créée dans un seul carrousel, même si certains avaient également une thématique unique. "On pouvait alors retrouver le manège des cochons, le manège des ânes... Le manège des harengs également, qui faisait la côte et qui avait beaucoup de succès."

Un art riche qui rend le loisir accessible

Le conservateur précise que ce carrousel de 11 mètres de diamètre possède une polychromie (variété de couleurs appliquées sur un meuble ou une sculpture) simple, avec des aplats de couleurs basiques "mais très propres"... Un "bel exemple d'art populaire accessible à tous" selon le collectionneur, qui considère ces objets presque comme de l'art de rue. "C’est dans cet espace que tout le monde pouvait profiter de cette richesse de couleurs et de lumières gratuitement, spontanément, sans avoir besoin de faire des études pour le comprendre."

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Cet autre carrousel fonctionne grâce à la force humaine, rendant le manège entièrement silencieux. ©France Télévisions. L.Marron et A.Morvan

Une accessibilité qui concorde avec la révolution industrielle et l'émergence d'une industrie du loisir au XXe siècle. Un nouveau rapport au commerce était en pleine création, avec l'apparition des filatures, l’ère des commerçants fixes et des grands magasins amenés par Aristide Boucicaut en 1852, la création des catalogues... "C'est dans ce contexte que les forains, qui sont essentiellement des commerçants, vont créer une industrie du loisir avec l’émergence des fêtes et des foires telles qu’on les connaît aujourd’hui", souligne Didier Vanhecke.

Les forains, qui sont essentiellement des commerçants, vont créer une industrie du loisir avec l’émergence des fêtes et des foires telles qu’on les connaît aujourd’hui.

Didier Vanhecke

Restaurer au plus près de la pièce d'origine

Derrière chaque objet se cache une histoire, que le personnel du musée souhaite respecter et retranscrire le plus justement possible au moment de la restauration. Dans son atelier, Sara Camecran décape, ponce et retape les objets chinés par Didier Vanhecke.

Généralement, l'artiste peintre met 5 à 6 jours pour restaurer entièrement un sujet de bonne envergure, prenant son temps afin de ne pas abîmer les sous-couches de peinture, et de travailler avec minutie. "Je suis très simple dans mon travail", livre Sara. "J’ai quelques outils et ce n’est pas très compliqué, mais il faut être très minutieux, ne pas abîmer encore plus la pièce. J’essaie d’être très délicate avec les pièces anciennes."

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Le manège nommé "la Chenille", que l'on retrouve devant l'Opéra de Lille pendant les fêtes, est emblématique des attractions de la Belle Époque. ©France Télévisions. L.Marron et A.Morvan

La restauratrice travaille actuellement sur l'un des chevaux du carrousel de Bagatelle, le parc d'attractions du Pas-de-Calais situé à Merlimont, qui fait plus de deux mètres de haut. Elle essaie de "remettre la pièce comme elle se trouvait autrefois", en termes de polychromie et de détails dans le bois, afin de respecter au mieux le travail des forains. "Ce sont des œuvres vraiment magnifiques. Je suis heureuse de faire partie de cette magie."

Chiner : le cœur du musée

Concernant la provenance des objets exposés dans son musée, Didier Vanhecke ne laisse pas planer le mystère. Le conservateur acquiert ses pièces principalement grâce à la renommée du musée, qui permet aux familles de forains ou aux personnes possédant des pièces rares de le contacter directement par mail.

Malgré tout, il conserve le réflexe de la chine, auquel il s'adonne 10 à 15 minutes par jour minimum, en surfant sur des sites de vente entre particuliers ou professionnels. "C’est aussi un loisir, une passion. C’est une rencontre, un échange avec un passionné, un forain ou sa succession. Une fois encore ces objets ont une histoire, une âme : celle de tous les gens qui sont montés dedans et qui les ont fait vivre."