Migrants à Calais : les associations dénoncent un "vol systématisé des affaires des exilés"

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Écrit par Valérie Dermersedian
Deux enfants assistant au démantèlement de leur campement, Grande-Synthe , janvier 2021
Deux enfants assistant au démantèlement de leur campement, Grande-Synthe , janvier 2021 © Abdul Saboor, Human Rights Watch

A Calais, les associations d'aides aux migrants protestent contre une "politique de harcèlement" des exilés et dénoncent "les vols systématisés" de leurs affaires. "Nous ne faisons que garantir l'ordre public" rétorque l'Etat.

Sur un terrain vague à Marck-en-Calaisis, une couverture et quelques effets personnels dans un grand sac poubelle : ultimes rescapés d'un nouveau démantèlement de camp de migrants.

"Pour nous, c'est ce que nous avons de plus précieux car on doit se protéger du vent et de la pluie", témoigne un réfugié soudanais. "Et lorsque les policiers sont venus ici, ils ont dit : "on va prendre vos affaires et quand ils ne les prennent pas, ils les jettent. "

Depuis le début de l'année 850 expulsions ont eu lieu. Et chaque fois, les associations dénoncent des vols systématisés des affaires des migrants lors de ces démantèlements.

"Une politique de harcèlement", selon les associatifs

Emma, coordinatrice de terrain de la cellule Human Rights Observers raconte les derniers démantèlements auxquels elle a assisté. "Quand les personnes sont expulsées de leur logis, elles sont escortées sans leur tente, sans leur sac. L'excuse, c'est qu'une fois que les personnes ne sont plus à côté de leurs affaires, on les saisit, c'est absurde ! Et si les les migrants ne sont pas à côté, c'est soit parce qu'on les a délogés de force, soit parce qu'il y avait à ce moment-là une distribution de petit-déjeuner par une association mandatée par l'Etat."

Il existe bien une Ressourcerie à Calais. C'est ici que les migrants sont censés récupérer leurs affaires lors des expulsions. Ce protocole a été mis en place par la préfecture du Pas-de-Calais en 2018. Mais là encore, les associations relèvent les conditions insalubres dans lesquelles sont stockés les effets personnels : une grande benne, à ciel ouvert, où s'amassent sacs, tentes ou couvertures.

"De nombreux sacs à dos sont saisis pleins par les équipes de nettoyage mandatées lors des expulsions et sont, par la suite, retrouvés vides", pointe Laurine de Human Rights Observers.

C'est pour protester contre cette situation d'"humiliations et de harcèlements quotidiens" qu'un aumônier du Secours Catholique et deux militants associatifs ont entamé une grève de la faim depuis le 11 octobre. Ils dénoncent le traitement réservé aux migrants.

"Nous sommes garants de l'ordre public"

Des accusations que réfute Véronique Deprez-Boudier, sous-préfète de Calais. 

"Ces opérations de démantèlement de campements ou de squats s'effectuent toujours sous le contrôle de l'autorité judiciaire et ne visent qu'à lutter contre l'insalubrité de ces lieux pour éviter des campement où s'installeraient des réseaux de passeurs. Aujourd'hui, on compte 500 à 700 migrants sur le territoire du Calaisis et nous ne voulons plus que la situation d'il y a 5 ans (un camp avec plus de 10 000 personnes) se reproduise !"

Un protocole de récupération des affaires va évoluer

Concernant les accusations de vols, là encore, la sous-préfète de Calais réfute. Mais elle admet que le protocole de la Ressourcerie doit être revu. "On a entendu ce qui a été dit et on va proposer un d’établir un nouveau protocole de restitution des effets personnels des migrants. Nous réfléchissons à proposer un lieu de dépose plus accessible de ces effets, qui pourront être triés et séchés avant leur restitution aux migrants." 

Demain après-midi, une nouvelle réunion avec les associations doit se tenir en sous-préfecture pour discuter de ces modalités.

 

 

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