Migrants. Une vidéo qui montre des policiers interrompre une distribution alimentaire à Calais fait polémique

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Écrit par Emeline Cocq

L’association Calais Food Collective a publié ce mardi 12 avril 2022 sur Twitter une vidéo où l’on voit des policiers confisquer des brouettes transportant de l’eau et de la nourriture pour les migrants.

C’est une vidéo qui fait réagir depuis hier sur les réseaux sociaux. On y voit plusieurs CRS confisquer des brouettes chargées d’eau et de nourriture, apportées par quatre bénévoles de l’association d’aide aux migrants Calais Food Collective. Une des bénévoles est contrainte de reculer, prise en tenaille par un CRS.

"Une pression physique et mentale"

La scène, filmée par l’association, s’est déroulée hier en début d’après-midi à la frontière entre Marck et Calais, à l’angle de la rue du Beau Marais et la rue de Normandie. Dans ce secteur, ainsi que dans une trentaine de lieux à Calais, un arrêté préfectoral, renouvelé le 4 avril dernier, interdit la distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires sous peine d’une amende de 135 euros. "A chaque fois qu’on fait une distribution pour les personnes exilées, on ne paye pas d’amende, par contre on subit des intimidations, une pression physique et mentale de la part de la police, dénonce Hugo Hardy, coordinateur de Calais Food Collective. Hier, on a pris la décision de distribuer peu importe ce qui allait arriver, sauf que cette fois, on a filmé sous plusieurs angles pour contester cet arrêté préfectoral, et avec l’appui de témoignages."  

"Un stade a été franchi"

Selon Hugo Hardy, "trente à quarante policiers ont pris les brouettes de force plusieurs fois." Sur la vidéo, une des bénévoles sourit. "On est habitués, ça arrive tellement souvent qu’on n’est plus choqués, précise Hugo Hardy. Les bénévoles auraient discuté et négocié pendant près d’une heure trente avec les CRS avant de recevoir finalement l’autorisation de poursuivre la distribution. Sur Twitter, la vidéo a été partagée plus de 5000 fois en quelques heures, notamment par l’eurodéputée Karima Delli.

"Jusque-là, c’était surtout des violences mentales, on nous fait comprendre qu’on n’est pas les bienvenus, qu’on est dominés, explique Marguerite Combes, coordinatrice de l’association d’aide aux migrants Utopia 56. Là, c’est quand même violent physiquement." Pour elle, un stade a été franchi. De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais précise, dans un communiqué, que les CRS "sont intervenus pour faire cesser la distribution de nourriture qui se déroulait à l'angle de deux rues comprises dans le périmètre d'interdiction visé par l'arrêté".

Pour rappel, cet arrêté mis en place "en prévention des risques de trouble à l’ordre public" est effectif depuis septembre 2020 et depuis, renouvelé chaque mois.