Unique en France, le phare métallique de Walde pourra-t-il être sauvé grâce aux associations et à la municipalité de Marck dans le Calaisis ?

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Construit en 1859, le phare de Walde est à ce jour, le seul phare à structure métallique sur pieux encore en place en France. Installé sur la plage de Marck, à quelques kilomètres de Calais, il menace de s’effondrer. Plusieurs associations se battent depuis des années pour la sauvegarde de celui qui marque la séparation les eaux de la Manche et de la Mer du Nord.

Il a toujours les pieds dans l’eau, même à marée basse. Pour l’approcher, il faut être patient, attendre des coefficients de grandes marées et marcher plusieurs kilomètres dans le sable. 

Installé sur l’interminable plage des Hemmes, entre Calais et Gravelines, le phare de Walde domine l’horizon de sa fragile silhouette depuis 1859. Une étrange construction de fer, qui signalait la côte jusqu’à 10 miles au large (18 km) pour les nombreux bateaux traversant le détroit du Pas-de-Calais.

Unique en France et l'un des derniers d'Europe

Edith Lhomel, présidente de l'Association EPAC

Aujourd’hui définitivement éteint, il est laissé à l’abandon, rongé par la corrosion, le sel, les vents et les tempêtes. « C’est le seul phare métallique sur pilotis de France, une construction atypique qui symbolise l’histoire de notre littoral et malgré son état, c’est un véritable patrimoine maritime, l’un des derniers en Europe» précise Edith Lhomel, présidente de l’association Environnement et patrimoine du Calaisis EPAC

Le phare de Walde, c’est 18 mètres de hauteur, installé dans le sable grâce à un gros pieux central et 6 pieux autour, tous enfoncés à 5 mètres de profondeur et renforcés par des tirants et des contre-toises. « Cette structure métallique en treillis visait à limiter la résistance du phare aux vagues car elle offre peu de prise aux assauts de la mer. Contrairement aux phares en pierre, plus massifs, l’eau et les vagues passent à travers les pieux et ne viennent pas s’y fracasser » explique Frédéric Lesur, membre de l’association EPAC et guide occasionnel des promenades commentées. « Et il s'offre une bonne assise dans les sols mouvants comme ici le sable.» 

Une structure légère supportant une plateforme hexagonale de 7 mètres d’envergure qui accueillait le logement des gardiens du phare de Walde. 2 gardiens, installés en permanence, nuit et jour dans une habitation de tôle à l’extérieur et habillée de bois de chêne à l’intérieur. Des lits escamotables, des placards, un poêle et une réserve d’eau potable. Autour un balcon circulaire en chêne et au sommet, la lanterne, à 11 mètres au-dessus du niveau de la mer à marée haute.

Toujours debout contre vents et marées il continue d'être utile à la navigation des bateaux du détroit du Pas-de-Calais

Frédéric Lesur, membre de l'Association EPAC, guide occasionnel

« Aujourd’hui, même si il est fortement rongé par la corrosion, il reste debout et continue à signaler un danger, même éteint » précise Frédéric Lesur. « C’est un objet remarquable dans le paysage, posé sur un banc de sable, utile pour la navigation, il reste un repère de jour évidemment. »  Il a évité de nombreux naufrages, pour preuve les épaves dispersées autour de lui et qui datent d'avant sa construction.

Le phare de Walde est le dernier témoin de ces "feux" révolutionnaires du 19éme Siècle. Une prouesse technologique mis au point par un ingénieur irlandais, Alexandre Mitchell. Le premier de ces phares est installé dans l’estuaire de la Tamise en 1838. « Sa construction rapide lui conférait un coût plus réduit qu‘un ouvrage traditionnel » note Frédéric Lesur. « Aujourd’hui, le phare de Walde a 160 ans. Il est toujours debout mais pour combien de temps encore, certains tirants et contre-toises ont disparu et il penche un peu. »  

Son état inquiète depuis longtemps les associations de sauvegarde du patrimoine. Sa destruction avait même été envisagée en 1998. « La Fédération du Patrimoine Maritime, la FRCPM avait demandé à l'époque, son inscription au titre des Monuments Historiques pour le protéger » explique Edith Lhomel. « Nous avons repris cette demande, en partenariat avec la FRCPM, il y a 2 ans et nous avons déposer un dossier auprès de la Direction Régional des Affaires Culturelles DRAC. L’objectif est d’arrêter les ravages de la corrosion, le soigner et permettre un parcours pédagogique sur son histoire, sa fonction.»  

Un classement au titre de l'inventaire des monuments Historiques pourra nous aider à le sauver

Corinne Noël, maire de Marck (62)

Une demande soutenue par Corinne Noël, maire de Marck : « Le phare de Walde fait partie du paysage des habitants de la commune. Il est installé sur la plage des Hemmes depuis un siècle et demi, des générations de marckois l’on côtoyé. C’est un patrimoine à préserver. » Son inscription au titre des monuments historiques, c’est la promesse d’un sauvetage et d’une mise en valeur mais à quel coût ?

 « Financièrement c’est vrai nous ne pourrons pas assumer sa restauration. Il faut que ce soit l’Etat qui s’en charge. Pour assurer son entretien, nous travaillerons avec le Conservatoire du Littoral car le phare de Walde est installé sur un site protégé : des bancs de sable fin à perte de vue, des dunes, une nature sauvage et une grande colonie de phoques qui vivent là toute l’année et se reproduisent » précise Corinne Noël.  

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Depuis le début de l’année, une conservatrice de la DRAC s’est rendue plusieurs fois sur le site ainsi qu’à la Capitainerie du port de Boulogne-sur-Mer, là où se trouve l’ancienne lanterne du phare de Walde. Une antiquité marine faite de cuivre et de verre, déposée en 1986 après son démontage.  

« Au départ le phare fonctionne à l’huile, alimenté par les gardiens puis au gaz propane. Après une explosion, on va automatiser la lanterne en 1897 et plus aucun gardien n’est affecté au phare» raconte Frédéric Lesur. « Aujourd’hui, seule une petite lanterne alimentée par deux panneaux solaires donne une modeste lumière dans la nuit.»  

Demandé depuis plus de 20 ans, le classement du phare de Walde pourrait aujourd'hui aboutir. Associations et municipalité sont confiantes dans ce dossier qui permettra de ne pas faire disparaitre celui qui marque la frontière entre la Manche et la Mer du Nord.