Visite de Valérie Pécresse à Calais : sur l'immigration, des propositions choc mais difficilement applicables

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Écrit par Yacha Hajzler
Valérie Pécresse lors d'une réunion avec les membres de son parti - Photo d'illustration
Valérie Pécresse lors d'une réunion avec les membres de son parti - Photo d'illustration © LAURENT COUST / MAXPPP

La candidate LR à la présidence de la République était à Calais ce 13 décembre, pour rencontrer la maire Natacha Bouchart. Elle a notamment demandé, comme nombre de candidats avant elle, la renégociation des accords du Touquet.

Le 10 décembre, c'est Xavier Bertrand, son malheureux adversaire, qui lui avait servi de guide à Croix. A peine trois jour plus tard, la candidate LR à la présidence de la République, Valérie Pécresse, était de retour dans le Nord. La question migratoire occupant toujours une place centrale dans l'ancrage politique de la droite, ce second déplacement avait pour destination Calais, où Valérie Pécresse a rencontré la maire LR Natacha Bouchard. 

Calais, un enjeu électoral majeur

C'est un terrain où le gouvernement est vulnérable : l'entente avec le Royaume-Uni sur le sujet n'est toujours pas établie, et la médiation avec trois militants en grève de la faim a été sévèrement critiquée. Pour parler immigration, sécurité et même économie, Calais et les Hauts-de-France sont un terrain de choix.

Valérie Pécresse n'a pas manqué l'occasion. Sur place, elle a demandé la renégociation des accords du Touquet, qui encadrent la collaboration de la France et du Royaume-Uni sur la surveillance de la frontière et particulièrement les "flux migratoires". La proposition était soutenue par le président de la région Xavier Bertrand

"Les accords du Touquet mettent trop de charges sur la France (...) Il faut que les Britanniques prennent toute leur part dans cet effort de sécurisation de leur frontière et s'ils ne veulent pas la renégociation, on leur rendra leur frontière", a-t-elle déclaré, citée par l'AFP. Sa solution pour réduire le nombre de réfugiés qui transitent entre les deux frontières : "qu'on utilise Frontex pour pouvoir ramener ces clandestins dans leur pays d'origine".

Des propositions anciennes et difficiles à appliquer

En vigueur depuis le 1er février 2004, ce traité a été signé par l'un des pères de la droite contemporaine, Jacques Chirac. Il prévoit des contrôles communs dans les ports maritimes des deux pays. Le texte prévoit également des bureaux de contrôle communs. Côté français, on accuse cet accord d'alimenter la crise migratoire sur le littoral, en y condamnant les réfugiés candidats à l'immigration vers le Royaume-Uni. Côté britannique, le gouvernement pro-Brexit, en parti élu sur la promesse de réduire l'afflux de réfugiés, semble peu disposer à ouvrir davantage ses portes, continuant même de pousser en sens inverse.

Il apparaît donc peu probable que Londres soit disposé à renégocier cet accord comme l'espère Valérie Pécresse. De nombreux candidats et élus s'y sont cassé les dents. Emmanuel Macron lui-même avait formulé ce souhait dès 2017. C'est d'ailleurs le traité de Sandhurst, signé en 2018, qui viendra compléter les accord du Touquet - déjà multiplement amendés - d'un volet "lutte contre l'immigration clandestine". Mais la France n'est jamais vraiment parvenue à se défaire de ses responsabilités à la frontière. Il faut ajouter que, pour ce travail, le Royaume-Uni est censé verser très prochainement une enveloppe de 62,7 millions d'euros.

Quant à la proposition de renvoyer les réfugiés dans leur pays d'origine, c'est un discours ardemment défendu depuis des décennies par l'extrême-droite, le Rassemblement National de Marine Le Pen en tête. En 2014, elle disait à propos des réfugiés vouloir "les renvoyer chez eux, même dans des pays en guerre". Cette proposition semble dans tous les cas difficilement applicable.

En effet, les États signataires de la convention de Genève de 1951 n’ont pas le droit de renvoyer des demandeurs d'asile avant d’avoir examiné leur demande. De plus, pour renvoyer des migrants dans leur pays d'origine sans créer de tensions diplomatiques, la France est en partie dépendante des accords de réadmission avec les états concernés. 

De plus, ces opérations impliqueraient un dispositif massif et un important budget, y compris pour retrouver la trace des migrants dont la demande d'asile aurait été débouté et qui font parfois le choix de vivre en Europe dans l'illégalité. 

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