Climat : un nouveau campus pour former aux métiers de la transition écologique

Terra Academia, vient d'être inaugurée à Arras, dans le Pas-de-Calais. Son ambition ? Répondre à l’urgence climatique et à la mutation des enjeux et des métiers sur le territoire. Une première école, un campus porté par Veolia et présidé par l'ancien ministre de l'Education nationale (2017-2022), Jean-Michel Blanquer.

Le jour de l’inauguration, il y avait du beau monde. Jean-Michel Blanquer, président de Terra Academia accompagné d’Estelle Brachlianoff, directrice générale de Veolia, la multinationale du traitement de l’eau et des déchets, mais aussi les élus de l’Arrageois et en tête Frédéric Leturque, le maire d’Arras. 

Former aux métiers de demain et de la transition écologique

L’ambition de cette nouvelle école est immense : former, sur différents campus, plus de 60 000 personnes et sensibiliser plus de 100 000 jeunes dans des parcours de découverte des métiers de la transition écologique d’ici 2030. 

 

L’éducation et la formation sont déterminantes pour l’accélération de la transformation écologique. Je suis fier de porter avec toute l’équipe cette initiative qui se distingue parce qu’elle est plus qu’une école : elle est un accélérateur de solutions

Jean-Michel Blanquer, président de Terra Academia

"L’éducation et la formation sont déterminantes pour l’accélération de la transformation écologique. Je suis fier de porter avec toute l’équipe cette initiative qui se distingue parce qu’elle est plus qu’une école : elle est un accélérateur de solutions", explique Jean-Michel Blanquer, président de Terra Academia.

 Des programmes adaptés aux besoins des territoires

Avant de s'implanter, un diagnostic du territoire a été réalisé afin d'évaluer les besoins en terme de formation sur l'énergie, l'habitat, la rénovation énergétique et thermique, entre autres.

Terra Academia explique vouloir proposer des formations en fonction des besoins des territoires. "Les entreprises ont besoin de recruter plus et mieux. Il faut former. Les collectivités ont besoin aussi de performer leurs collaborateurs sur ces sujets" ajoute le maire d’Arras.

Pour ce faire, l'établissement mise sur un programme de formations "sur mesure" : des sessions courtes de sensibilisation aux enjeux environnementaux, des formations initiales diplômantes (CAP, licence pro, master 2), ou de la formation continue pour les professionnels.  

Dans ce premier campus d'Arras, les cursus devraient être tournés vers "les domaines de l'électricité, de l'eau ou encore de la rénovation thermique."

Jean-Michel Blanquer défend la démarche : "Grâce à notre conseil scientifique qui est composé d’experts mondialement reconnus dans leur domaine, nous sommes en mesure de comprendre les besoins, du niveau national au niveau local, et de proposer à tous des formations adaptées." 

 

Des métiers en tension

Électriciens, électromécaniciens, chauffagistes, plaquistes... les besoins en main d'œuvre sont extrêmement importants dans ces secteurs et dans la Région, explique Tanguy Vaast, directeur exécutif territorial de Terra Academia à Arras. "Les premières sessions de formation sont adressées à des jeunes en décrochage scolaire. Nous leur avons d'abord fait prendre conscience de la transition écologique en cours avant de leur faire découvrir les métiers de l'électricité. Certains ont déjà rejoint des formations".

L'idée est de travailler avec les établissements existants sur le territoire : universités, centres de formation, écoles d'ingénieur. Pour former à de nouveaux métiers ou de nouvelles compétences à acquérir. Par exemple, pour les électriciens savoir poser une borne de recharge électrique, des panneaux photovoltaïques. 

Ce que l'on comprend surtout, c'est le manque de bras dans certains métiers. Le campus veut donc communiquer, revaloriser l'image de ces professions qui risquent de faire défaut si les formations ne suivent pas. 

"Nous sommes plus qu'une école. Nous allons travailler en profondeur sur le fond et la forme des formations. Nous voulons être un catalyseur sur le territoire", poursuit Tanguy Vaast.

Située rue Gambetta, l'association proposera aussi des conférences, séminaires ou formations courtes ouvertes à tous. L’idée annoncée, haut et fort, est d’impliquer le plus grand nombre dans la transformation écologique. Le campus entend être de plus un lieu de travail pour les entrepreneurs, associations et travailleurs.

Terra Academia ambitionne de "faire progresser la façon dont on conçoit et diffuse les connaissances sur les métiers de l’environnement". Pour cela, elle veut fédérer les acteurs - économiques, académiques, publics et associatifs - pour étudier les besoins en compétences, et créer, développer, rendre attractives les formations locales, en s’appuyant sur un diagnostic territorial. Un état des lieux qui doit permettre d’anticiper les besoins en compétences et de s’adresser à une audience large allant des jeunes, aux professionnels en activité, aux personnes en reconversion, ou encore les cadres territoriaux et les élus…

Veolia à la manœuvre

Derrière ce nouvel outil de formation et d’enseignement, il y a une multinationale. Veolia, spécialiste du traitement de l’eau et des déchets, qui revendique l’ambition de devenir l’entreprise de référence de la transformation écologique.

« Membre fondateur, convaincu du rôle et de l’utilité des entreprises, Veolia a initié le concept de cette première école territoriale et y apportera sa connaissance des métiers et des solutions de décarbonation, de dépollution et de régénération des ressources et son engagement historique pour l’environnement » est-il indiqué sur le site de l’école.

“Si ce projet de Terra Academia est aussi ambitieux, c'est qu'il est à la hauteur des enjeux et des besoins : d'ici 2030, la France créera 400 000 emplois dans la transformation écologique, selon les récentes estimations", explique Estelle Brachlianoff, la directrice générale de Veolia, qui aura aussi très vite besoin de recruter des agents formés à ces métiers du futur.

Veolia, sans divulguer le montant, finance donc en partie (en millions) Terra Academia. Ce qui n’a pas manqué de faire tiquer les élus écologistes EELV qui écrivent dans un communiqué : « Nous ne comprenons pas l’exacte finalité de Terra Academia : s’agit-il seulement de répondre aux besoins du marché ? Dans ce cas, le groupe Veolia pourrait assumer seul la formation de ces futur.e.s salarié.e.s ; les parcours de formation seront-ils visés par l’Education nationale et le Ministère de l’enseignement supérieur ? Ces questions sont d’autant plus légitimes que l’association Terra Academia envisagerait de solliciter des financements et des soutiens de l’Etat, de la région Hauts-de-France mais aussi de la Communauté urbaine d’Arras »

D'autres grandes entreprises (EDF, Dassault Systèmes, Adeo,…) participent aussi au développement de Terra Academia. Le financement  évoluera en fonction des partenariats noués avec les différentes sociétés.

Quant aux frais de scolarité, Jean-Michel Blanquer n'est pas en mesure d'annoncer des tarifs – ni même une fourchette de prix – pour ces nombreuses formations.

Pourquoi Arras ?

"Le territoire de l’Artois est un territoire en pleine mutation économique, industrielle et environnementale, avec de grands projets comme la vallée de l’électrique, où les besoins en formation et en main-d’œuvre sont essentiels pour relever les défis de la transformation écologique", explique la direction de Terra Academia.

Dans chaque ville où l’école va s’implanter, des partenariats avec des acteurs académiques et institutionnels seront établis. À Arras, elle travaille avec la Communauté Urbaine, la Région Hauts-de-France, la Maison de l’emploi et des métiers, mais aussi avec l’Université d’Artois, le Campus des Métiers et Qualifications “Bâtiments et systèmes énergétiques intelligents” ou encore le Lycée privé Baudimont. 

Après Arras, le prochain campus sera ouvert à Paris, dans le quartier Montmartre. Suivra Deauville, en Normandie dans les mois à venir. « L’objectif final est le déploiement international d’ici 2 ans et une présence dans toutes les régions françaises d’ici 5 ans ».