La forêt de Chantilly certifié par le label PEFC : que représente ce modèle de certification, garant des domaines forestiers ?

La forêt de Chantilly est certifiée depuis plus de 15 ans par le label PEFC. Ce sigle se veut garant de la bonne gestion des domaines forestiers. Créé en 1999, il est en vigueur dans 55 pays du monde, et concerne un tiers des forêts de la France métropolitaine. Mais sa garantie est remise en cause par l'association Canopée, qui le juge insuffisamment exigeant.

Le PEFC (programme de reconnaissance des certifications forestières), un label qui garantit la bonne gestion de la forêt ? C'est en tout cas dans cette volonté qu'il a été créé en 1999, par les parties prenantes de la filière bois. Il s'agit de l'un des deux labels, avec le FSC, qui existent en France. La labellisation du PEFC couvre huit millions d'hectares en France.

Depuis une quinzaine d'années, la forêt de Chantilly a reçu cette certification. Ainsi, elle assure que les plus de 6 300 hectares sont bien gérés. Ouverte au public, ce domaine de l'Oise est la propriété privée de l'Institut de France. Il est composé majoritairement de chênes, de tilleuls et de hêtres. 

La directrice du domaine forestier du château de Chantilly, Daisy Copeaux, explique que l'intérêt de recevoir le label est d'avoir "un auditeur extérieur qui examine de très près comment nous gérons notre forêt", afin de recevoir un retour sur leurs travaux, leurs récoltes de bois et savoir si c'est "vraiment compatible avec la biodiversité, l'accueil du public.

La certification PEFC permet d'attester qu'une forêt est gérée de manière durable.

Paul-Emmanuel Huet

Directeur exécutif du PEFC France

Depuis une dizaine d'années, les arbres de cette forêt souffrent des effets du réchauffement climatique, "avec à peu près 10 années d'avance", explique la directrice du domaine.

Afin d'y faire face, de nouvelles espèces, moins gourmandes en eau, sont plantées aux côtés des essences locales. "Nous allons déterminer les endroits où les sols sont les meilleurs pour accueillir de nouvelles espèces. Alors ça peut être des chênes, des pins. Et mélanger un petit peu tout ça dans la forêt actuelle, [Ndlr, réaliser] une sorte de métissage, de greffe d'espèces forestières."

Cette gestion de crise est certifiée par le PEFC France. Son directeur exécutif, Paul-Emmanuel Huet, résume : "la certification PEFC permet d'attester qu'une forêt est gérée de manière durable". Une gestion qui "permet de continuer à pouvoir produire du bois pour pouvoir alimenter les différents besoins de la société, mais également préserver la biodiversité qui se trouve en forêt, notamment la préservation des sols, des cours d'eau, mais également toute la partie accueil du public dans nos forêts tempérées qui est une composante importante."

Un label pas exempt de critiques 

Mais certains promeneurs s'inquiètent des coupes massives opérées sur certaines parcelles de la forêt de Chantilly, comme en témoignent les photos prises par une habitante de Coye-la-forêt.

Afin de s'adapter au réchauffement climatique, les standards qui composent le label sont révisés tous les cinq ans. Les derniers ont été approuvés, le 11 mai 2023, après deux années de travail et de concertation entre les 117 participants. Parmi eux, on retrouve des acteurs de la filière, mais également des associations comme Canopée.

Cette dernière a voulu participer à la révision afin de "voir s'il était possible de faire en sorte qu'un certain nombre de pratiques, comme les coupes rases, soient bien mieux encadrées par ce label", raconte Sylvain Angerand, ingénieur forestier et coordinateur des campagnes au sein de l'association. Mais "ça n'a pas fonctionné", poursuit-il.

L'association Canopée juge ce label insuffisamment exigeant, voire ambigu. "Aujourd’hui, ce qu’on reproche à ce label, c’est qu’il regroupe plein d’acteurs. Il y a des acteurs extrêmement vertueux comme la forêt de Chantilly où ça se passe très bien. Mais ce n’est pas ça qui nous préoccupe. Par exemple, des coopératives forestières continuent de raser entièrement des forêts naturelles pour les remplacer par des monocultures de pins maritimes. Et ça, c’est certifié par le label PEFC."

Des projets de loi ayant des "exigences qui vont plus loin que le PEFC"

Pour Sylvain Angerand, "l'ambiguïté de ce label" est qu'il n'offre pas de garantie au consommateur que le bois qu'il achète ne vienne pas de coupes rases. Il souhaite plus d’exigence de la part du label et que l’origine du bois soit indiquée. Pour Canopée, il est important que le consommateur sache "si le bois est issu d’une forêt qui a été rasée ou un bois issu d’une forêt qui a été gérée de façon plus durable sans coupe rase."

Paul-Emmanuel Huet, directeur éxécutif de PEFC France, évoque un "sujet qui n'est pas simple", concernant les coupes rases, "parce qu'il touche un certain nombre de sujets sociétaux, environnementaux". Également "un impact économique". Il explique : "au niveau du PEFC, on a souhaité l'aborder avec aussi du recul, c'est-à-dire de pouvoir l'aborder de manière non binaire : soit on interdit, soit on autorise à l'extrême. Le PEFC, dans son nouveau standard, a défini un cadre assez strict qui justement permet d'encadrer les pratiques relatives à la coupe rase, notamment en définissant des seuils par rapport à différentes typologies de situations.

Aujourd'hui, l'association porte ses espoirs dans les projets de loi au niveau national et européen, afin de mieux encadrer les coupes rases et de mieux connaître l'origine du bois. À l'Assemblée nationale, Catherine Couturier (LFI) et Sophie Panocle (Renaissance), les deux coautrices d'un rapport parlementaire sur l’adaptation au changement climatique de la politique forestière et la restauration des milieux forestiers, portent chacune une proposition de loi. Au niveau européen, le 27 février 2024, les eurodéputés ont adopté une loi sur la restauration de la nature.

Les deux propositions de lois et celle européenne ont, pour Sylvain Angerand, des "exigences qui vont plus loin que le PEFC". Un label qui oblige donc toute la filière bois à plus d'ambition. Mais qui ne doit pas empêcher le consommateur de rester vigilant.

Avec Marie Roussel / FTV