Elections législatives partielles des 30 mai et 6 juin 2021 dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais : le test

L’élection législative partielle dans la 6ème circonscription du Pas-de-Calais fait trembler la majorité présidentielle. La ministre Brigitte Bourguignon, ex-députée PS puis LREM, ne peut se permettre de rater sa réélection, à moins d’un mois du premier tour des régionales.

Brigitte Bourguignon, ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargée de l' Autonomie, sur les bancs du gouvernement à l’Assemblée nationale.
Brigitte Bourguignon, ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargée de l' Autonomie, sur les bancs du gouvernement à l’Assemblée nationale. © AFP

"Un scandale démocratique". Les adversaires de Brigitte Bourguignon en sont convaincus : le pouvoir en place a tout tenté pour que ces élections législatives partielles dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais n’aient pas lieu. Trop dangereuses. La défaite d’une ministre, juste avant les élections régionales, à un an des élections présidentielles, seraient du plus mauvais effet pour la Macronie.

Initialement prévues les 22 et 29 novembre 2020, elles ont été reportées une première fois au 13 et 20 décembre, puis reportées une deuxième fois aux 4 et 11 avril 2021, puis reportées une troisième fois aux 30 mai et 6 juin. Raison invoquée : la crise sanitaire… qui n’avait pourtant pas empêché la tenue d’élections municipales les 24 et 31 janvier derniers à Grand-Fort-Philippe, à une vingtaine de kilomètres.

Le gouvernement aurait donc joué la montre, en s’appuyant sur la loi qui ne permet pas d’organiser une élection législative partielle à moins d’un an d’élections législatives générales en France. Les prochaines sont prévues en juin 2022, juste après l’élection présidentielle. La fenêtre de tir, pour la tenue d’un scrutin dans la 6ème du Pas-de-Calais, devenait donc de plus en plus étroite.

Politique politicienne

Ceci explique la tension qui n’a cessé de monter tout au long de cette interminable campagne qui dure depuis… neuf mois ! Depuis le 6 août 2020, depuis que Brigitte Bourguignon est entrée au gouvernement comme ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargée de l’Autonomie. On s’attendait alors à ce que le suppléant de la députée de la 6ème assure l’intérim à l’Assemblée Nationale. En douceur. Sans bruit. Mais ce suppléant-là n’a pas voulu suppléer. Patatras et patacaisse. Et élection…

Election très politique. Exclusivement politique d’ailleurs puisqu’on peut légitimement se demander ce que le futur député – ou la future députée – aura le temps de faire à l’Assemblée Nationale ou pour sa circonscription. Mais peu importe. L’impact d’une victoire ou d’une défaite risque de marquer l’opinion et les esprits. Dans tous les camps. Les ténors se bousculent donc sur le terrain : Stéphane Le Foll samedi 22 mai à Rinxent pour soutenir le candidat socialiste, Xavier Bertrand mercredi 25 mai à Nordausques pour la candidate LR, Sébastien Chenu le lendemain pour la candidate RN.

Ces candidats, ils sont six. Brigitte Bourguignon, 63 ans, a été députée socialiste de la 6ème de 2012 à 2017, avant de rallier La République En Marche et d’être réélue dans la foulée de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Faustine Maliar, 25 ans, calaisienne, est conseillère régionale LR soutenue par l’UDI. Marie-Christine Bourgeois, du Rassemblement National, conseillère régionale, avait été l’adversaire malheureuse de Brigitte Bourguignon en 2017. Bastien Marguerite-Garin, jeune avocat boulonnais de 30 ans, est le candidat du PS ; Jérôme Jossien celui de Génération.s soutenu par le PC et LFI ; et Laure Bourel celle de Lutte-Ouvrière. Le candidat d’Europe-Ecologie-Les Verts, Joël Prunier, las des multiples reports, a jeté l’éponge.

Circonscription difficile

Quant à la circonscription, c’est un immense territoire, essentiellement rural, de 164 communes, d’un peu plus de 100 000 habitants. Dans le jargon politique, c’est ce qu’on appelle un territoire "difficile à travailler", sans réelle homogénéité, sans ville importante, où l’on s’éreinte à courir de village en village, sur des kilomètres et des kilomètres, où faire campagne demande beaucoup d’énergie. Il forme une espèce de long corridor qui s’étend d’ouest en est, du littoral calaisien et boulonnais jusqu’aux portes de l’Artois.

Cette terre traditionnellement ancrée à gauche fût notamment la circonscription de Dominique Dupilet et de Jack Lang. Brigitte Bourguignon, par son ralliement à Macron en mai 2017, avait fait basculer ce fief dans le camp présidentiel. Un ralliement de dernière minute que ses anciens amis politiques avaient jugé à l’époque très opportuniste. Les maires PS semblent aujourd’hui particulièrement remontés. Frédéric Cuvillier en tête. Brigitte Bourguignon avait été en 2001 son adjointe à la mairie de Boulogne-sur-Mer. Il était samedi au côté de Stéphane Le Foll pour soutenir Bastien Marguerite-Garin, son jeune conseiller municipal délégué.

Où seront les électeurs ?

Dans ce scrutin, la ministre qui restera ministre et enverra en cas de victoire son suppléant à l’Assemblée, apparait très isolée. Elle est seule contre tous. Contre la gauche qui veut lui faire payer sa trahison. Contre la droite et le camp « Bertrand » qui rêvent d’un exploit à trois semaines des élections régionales. Contre le Rassemblement National qui ne cesse d’étendre – après le bassin minier - son influence dans les territoires ruraux du Pas de Calais.

Dans la 6ème circonscription, aux élections législatives de 2012, l’extrême-droite avait obtenu 18,63% des suffrages et n’avait pu se maintenir au second tour. Cinq ans plus tard, la candidate FN s’offrait un duel avec Brigitte Bourguignon : 39,16% pour elle ; 60,84% pour la ministre. Le Rassemblement National, lui aussi, rêve d’un exploit qui lui donnerait un cinquième député dans le département et doperait sa campagne en vue des élections régionales.

Reste une dernière question : où seront les électeurs ? Déjà en 2017, la moitié d’entre eux était restée à la maison. Cette fois, certains candidats affirment que la participation ne dépassera pas les 25%. Quand ils font campagne, en porte-à-porte, sur les marchés, ils racontent que beaucoup de gens pensent que cette élection n’aura finalement pas lieu… ou qu’elle a déjà eu lieu. Il faut dire qu’à plusieurs reprises, ces électeurs de la 6ème ont vu les panneaux électoraux se monter et se démonter. Une confusion qu’aggrave désormais la proximité avec les élections départementales et régionales. Un fouillis électoral incompréhensible.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
politique élections législatives élections