Immigration : le tour de vis du ministre de l’Intérieur perçu comme une opération de "communication politique" par les associations

La séquence politique autour du projet de loi immigration déchire à droite comme à gauche. Sur la question, le ministre de l’Intérieur se veut offensif, multipliant les interventions et les annonces. Le plus grand camp de Calais (environ 500 migrants) était démantelé ce matin, alors que Gérald Darmanin vient tout juste d’annoncer vouloir doubler la capacité d’accueil des centres de rétention administrative d’ici 2027. Ce tour de vis sécuritaire est dénoncé par les associations d’aide aux migrants : elles pointent du doigt une opération de « communication politique ».

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Dimanche matin, gendarmes et sapeurs pompiers quadrillaient la zone sur la digue de Merlimont. Un jeune migrant venait alors d’être retrouvé, échoué sur le sable. Sans vie. "Les services d'enquête ont indiqué que l'homme s'est noyé à l'occasion d'une tentative de traversée de la Manche en bateau. Une autopsie doit encore être réalisée." nous précise le secrétariat du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer.

La répression a pour effet vicieux de changer la manière dont les personnes tentent de traverser la Manche

Fabien Touchard, association Utopia 56.

La mort de ce migrant est-elle un drame isolé ou est-ce le signe d’une problématique bien plus grande devant être prise en main par la puissance publique ? Il y a deux semaines déjà, le corps d’une jeune migrante de 24 ans avait été retrouvé sur la plage de Sangatte dans le Pas-de-Calais. En août, six Afghans ont quant à eux perdu la vie alors qu’ils tentaient de traverser la Manche.

"La répression a pour effet vicieux de changer la manière dont les personnes tentent de traverser la Manche", estime Fabien Touchard, bénévole et coordinateur de l'association Utopia 56. Ca ne les dissuade en aucune manière, elles vont simplement prendre plus de risques afin d’éviter les contrôles. Les distances de traversée sont désormais plus grandes et les conditions météo sont également plus dangereuses." Olivier Ternisien, co-président de l'association Osmose 62, abonde en ce sens. "C’est malheureusement le début de drames qui vont s’enchaîner. (…) Nous concrètement sur le terrain, ce que l’on voit ce sont des bateaux de plus en plus chargés et des personnes prêtes à prendre plus de risques."

Le ministre de l’Intérieur souhaite mettre la pression sur les migrants

Au micro de France Bleu Nord, le ministre de l’Intérieur a réagi au drame survenu sur la digue de Merlimont.  Il précise qu’ "il y a moins 20% de traversées par rapport à l’année dernière pour aller en Angleterre", pointant également du doigt la responsabilité du Royaume-Uni. "Quand vous arrivez en Angleterre, vous êtes quasiment sûrs d’y rester. (…) Il faut arrêter d’embaucher les personnes sans-papiers dans les entreprises anglaises. Il s’agit d’un modèle économique qui attire les personnes." Fabien Touchard critique cette vision de la politique migratoire : "On veut entretenir cette idée d’une Europe forteresse et envoyer un message fort : celui que les personnes ne sont pas les bienvenues."

On veut entretenir cette idée d’une Europe forteresse et envoyer un message fort : celui que les personnes ne sont pas les bienvenues.

Fabien Touchard, Utopia 56

Dans cette optique, Gérald Darmanin a notamment évoqué vouloir doubler la capacité d’accueil des centres de rétention administratif. L’objectif assumé du ministère de l’Intérieur est d’accentuer les contrôles afin de mieux réguler l’immigration. "C’est de la communication politique, assure Fabien Touchard. Une fois de plus, on criminalise l’immigration et l’exil. Cette stratégie des autorités ne va pas payer. Il s’agit d’une mesure répressive : l’argent est mis dans la répression plutôt que dans l’accueil. Ces centres n’ont aujourd’hui aucun impact si ce n’est le harcèlement des personnes en situation d’exil. Les personnes vont passer du commissariat à la garde à vue, elles ne seront pas toujours informées sur leurs droits, n’auront pas forcément de traducteur. Ces centres, il faut les voir comme des prisons administratives."