Inondations, coulées de boues, érosion des sols : comment agir ? Une question posée par un maire du Pas-de-Calais

Ces derniers mois, le Pas-de-Calais a vécu inondations dramatiques, coulées de boues soudaines et érosion des sols de façon inédite. A Rivière, au sud d'Arras, le maire appelle ses collègues élus et agriculteurs à prendre la mesure de l'état des sols qui aggravent les conséquences de ces phénomènes climatiques.

Il est clairement en colère, Gabriel Bertein, maire de Rivière (Pas-de-Calais). Surtout, il ne comprend pas que l'Etat ne prenne pas le taureau par les cornes. Pour lui, la qualité des sols est la première raison de l'étendue des dégâts des catastrophes climatiques vécues ces derniers mois dans son département.

Sa commune, Rivière, est située dans la vallée du Crinchon, affluent de la Scarpe. Il a envoyé un courrier aux maires ruraux pour discuter de l'aggravation des inondations et coulées de boues dans les collines de l'Artois.  

Maintenir les prairies permanentes

Le déclic chez lui concerne les prairies. Il explique : "on autorise le retournement des prairies alors que ce sont de précieux remparts autour des villages. Il faut tout faire pour les préserver pour éviter l'érosion, favoriser la captation de l'eau, protéger les nappes phréatiques et le paysage !"

La préfecture a en effet assoupli les conditions de gestion de ces prairies "Le régime d’autorisation préalable au retournement de prairies permanentes au titre de la PAC est levé en Hauts-de-France pour la campagne 2023-2024".

Pour le maire de Rivière, les prairies abritent aussi une biodiversité importante, elles permettent de préserver la qualité de l’eau par leur fonction de filtration naturelle et elles évitent les érosions des sols. 

"Un hectare de prairie capte 80 tonnes de CO2, les retourner c'est se priver de ça, des lombrics qui rendent fertiles les sols…  C’est tout un système qu’on doit reconsidérer. C'est du bon sens !" fustige Gabriel Bertein.

La culture de la patate, une catastrophe pour les sols

Gabriel Bertein poursuit "Le phénomène s’aggrave par intérêt économique : c'est plus intéressant pour les agriculteurs de cultiver de la pomme de terre, pour les grandes usines implantées dans la région. Elles demandent des milliers d’hectares, et c'est la pire des cultures en termes d’environnement, d’impact. Les traitements sont impactant pour le sol et la façon de le travailler, avec des machines rotatives, est catastrophique. Ça supprime le peu de vivant qu’il y a dans le sol".

Contrairement à ce qu'on a pu entendre ou lire, le curage des cours d'eau n'est pas l'unique solution. "Les boues se déversent parce que la terre est morte ! La terre se dissout dans l'eau, c'est inimaginable de voir ça" gronde l'édile. Il ne s'arrête pas : "Produire des frites, c'est une consommation d’énergie gigantesque. Ce n'est pas bon pour l’eau, la santé. Il faut le dénoncer !".

L'élu ne décolère pas. Ce sujet, il le suit depuis des années et a le sentiment que la situation ne s'améliore pas, au contraire. "L’impact de la façon de cultiver est prodigieux. Qui paie les dégâts ? On doit se poser la question de la responsabilité. Car, cela a un impact sur la santé, la pollution des cours d'’eau par des terres traitées chimiquement et qui dévalent dans nos vallées" .

Conserver des sols vivants

Dans son courrier aux maires de l'Arrageois, il écrit : "Le sol de la grande majorité des champs a perdu 90% de sa capacité à absorber l'eau de pluie du fait de la disparition de la vie du sol. La pluie est absorbée dans la couche supérieure de la terre des champs, elle s'y accumule sans pouvoir s'infiltrer plus en profondeur. Dès que la terre est gorgée d'eau, celle-ci descend vers les points bas, dans les vallons, vers les vallées en entraînant la terre par érosion, créant les ruissellements et coulées de boue, puis des importantes inondations en aval des vallées (logique de “bassin-versant”). Nous assistons à l'artificialisation du sol des champs !"

La cause principale est la façon de cultiver les champs avec les amendements chimiques : fongicides, insecticides, etc.., aggravé par le tassement par les engins agricoles et l'utilisation de machines rotatives réduisant le sol en poussière. Le sol devient inerte, la terre est comme morte !

Gabriel Bertein, maire de Rivière (Pas-de-Calais)

L'édile poursuit : "La cause principale est la façon de cultiver les champs avec les amendements chimiques : fongicides, insecticides, etc.., aggravé par le tassement par les engins agricoles et l'utilisation de machines rotatives réduisant le sol en poussière. Le sol devient inerte, la terre est comme morte !"

Quelles solutions ?

Alors, Gabriel Bertein organise une réunion dans la salle des fêtes de sa commune. Il appelle les maires ruraux à venir, mais aussi les agriculteurs et tous ceux qui se sentent concernés par ces sujets.

Gabriel Bertein poursuit : "Dans nos villages, intra-muros, on est très réglementé dans les traitements que l'on peut faire mais en dehors, on fait n'importe quoi !". La question revient forcément à exiger de meilleures pratiques aux agriculteurs. A cette question, il répond que ceux qu'il côtoie sont demandeurs. "Il y a ce besoin de se soutenir et d’avoir ce discours de vérité. Il faut des moyens pour préserver les pâturages. Il faut travailler avec les agriculteurs et les éleveurs. Pas forcément les grands syndicats qui ne vont pas dans le bon sens". Avant de conclure : "Trop de signaux, qui ont des impacts sur les territoires, sont au rouge. C'est mon devoir d’élu de dire que ça ne va pas dans le bon sens. Qui est responsable des coulées de boues ? Et des inondations ? Ce sont les terres, d’où elles viennent. La disparition du monde vivant devrait être le cœur de nos démarches".

Dans son courrier, l'élu propose : "Nous devons travailler collectivement sur les actions à mener, les changements radicaux à engager, dans l'intérêt général, et aussi dans l'intérêt des agriculteurs et des éleveurs. Il propose d'aider les agriculteurs à garder les sols vivants, inciter les éleveurs à s'orienter vers de l'élevage extensif pour utiliser les prairies permanentes, protéger l'eau, ne plus utiliser des cultures directes pour alimenter des méthaniseurs..."

Ce vendredi 31 mai, il convie ses collègues maires dans son fief de Rivière pour une soirée de réflexion sur la manière de porter cette parole plus haut, interpeller l'Etat.

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