PHOTOS. Enterré 100 ans dans un champ à Linghem, le médaillon d'un soldat américain va retrouver son descendant

Un jeune Isberguois a fait sa découverte au hasard d'une détection. Ses recherches l'ont mené jusqu'aux descendants de Charles K Dillingham.

© NICOLAS CARPENTIER
Un siècle après la Grande Guerre, le sol des anciens champs de bataille est toujours jonché d'objets témoins du passé, pour qui se donne la peine de les chercher. C'est de cette manière que Nicolas Charpentier, vivant à Isbergues (Pas-de-Calais), s'est passionné pour l'histoire de Charles K. Dillingham, soldat américain ayant combattu en France il y a un siècle.

 

Oublié un an dans une boîte


Tout est parti d'un médaillon, trouvé "il y a un an, en bordure d'un champ" de Linghem, où il faisait une sortie avec un ami. "Ça avait une forme ronde, au début je pensais que c'était une pièce" explique l'Isberguois, qui n'a d'abord vu que "des inscriptions en latin et un blason".
 
© NICOLAS CARPENTIER

"On ne voyait pas bien, donc je l'ai mis dans ma poche, puis une fois chez moi je l'ai rangé dans une boîte et je l'ai plus touchée." Et elle aurait facilement pu y rester, oubliée. "C'est resté plus d'un an chez moi, dans ma petite boîte." Jusqu'à une nouvelle sortie, il y a une semaine. "J'avais trouvé des billes de shrapnel, et c'est en les mettant dans la boîte que j'ai revu le médaillon. Je l'ai pris, je l'ai mis dans ma poche et en allant chez mes beaux-parents, je l'ai sorti parce que ça intéressait mon beau-père aussi."
 

Avec le reflet de la lumière, j'ai vu apparaître deux ou trois lettres sur l'autre face


C'est là qu'a lieu la véritable trouvaille. "Avec le reflet de la lumière, j'ai vu apparaître deux ou trois lettres sur l'autre face. À partir de ce moment-là, c'était le déclic", raconte l'Isberguois. La terre, incrustée dans les gravures, ne partait pas avec de l'eau, alors "on a poncé légèrement" et le reste du texte est apparu.

Ce texte, devenu visible, fournit un nom – "Charles K. Dillingham" – un groupe – "PSI Fraternity" – un lieu – "Hotel Vendome Boston USA – et une date – "1917". "C'est bête de pas l'avoir vu et nettoyé avant !
 
© NICOLAS CARPENTIER

 

Un appel sur Facebook


À partir de là, Nicolas démarre ses recherches sur Internet. "J'ai tapé le nom de l'hôtel qui était noté au dos du médaillon, et je suis tombé sur plusieurs pages Facebook américaines. Il y en avait une qui était intéressante, parce qu'elle racontait l'histoire de cet hôtel.

Cette page, "Old Metro Boston Memories", compte 21 000 membres, "avec des personnes qui s'y connaissent un peu en tout ce qui est recherches historiques". Il publie donc un message, validé près de sept heures plus tard en raison du décalage horaire : "Bonjour, mon nom est Nicolas Carpentier. Je vis dans le nord de la France et je suis passionné de détection de métaux. J'ai découvert un objet intéressant qui date de 1917. Est-ce qu'il serait possible de m'aider ? Merci".
 
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Les réponses ne tardent pas à arriver et Nicolas apprend qu'il existait une fraternité liée à cet hôtel, "une espèce de club, et une fois par an ils avaient un rendez-vous à Boston, à l'Hotel Vendome. Il y avait un repas et une cérémonie. C'était en 1917, juste avant qu'il parte à la guerre, et cette soirée-là, il a reçu ce petit médaillon qu'il a gardé pour venir en France". La fameuse fraternité Phi Psi, dont il est fait mention sur le médaillon.

Les Américains membres de cette page s'intéressent également à cette histoire et échaffaudent différentes théories. D'autres lui expliquent que neuf pompiers sont morts en tentant de maîtriser l'incendie qui a ravagé l'hôtel en 1972. De quoi ajouter à la valeur historique du médaillon.

 

Le coup de pouce d'un généalogiste américain


"Je suis tombé sur un gars vraiment sympa, fan de généalogie, qui m'a envoyé des documents", et parvient également à retrouver Dutch Dillingham, arrière-petit fils du soldat qui a combattu dans le Pas-de-Calais. "Quand je l'ai contacté, je lui ai demandé s'il était bien l'arrière-petit-fils de Charles K. Dillingham. Je lui ai dit que j'avais quelque chose qui lui avait appartenu."
 
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D'abord dubitatif, Dutch Dillingham lui fait bientôt parvenir des documents et photos, qui permettent à Nicolas Carpentier de retracer la vie du soldat : né en 1890, il avait 27 ans lorsqu'il est venu combattre en France, où il était "hautement gradé".  Plus précisément, il était sous-lieutenant au 318régiment infanterie US, division 80, a-t-il indiqué à la page "L'actu locale autour de Aire et Isbergue".
 
Non seulement Charles K. Dillingham survit à la Première guerre mondiale, mais il se voit également décerner la Croix de guerre française, récompensant un acte de bravoure à Nantillois (Meuse), le 6 octobre 1918.
 
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"Le lieutenant Dillingham, officier de renseignement en service du bataillon, s'est porté volontaire à deux reprises et a dirigé une patrouille à travers des bois occupés par des mitrailleuses ennemis", peut-on lire dans un ouvrage traçant l'histoire du 318e régiment d'infantrie. "Avançant malgré l'artillerie et les tirs de mitrailleuses, il réussit à déterminer la position des unités à droite et à gauche. Tout au long de l'opération autour de Nantillois et du bois des Ogons, cet officier a été une inspiration constante pour ses hommes par son dévouement au devoir et son mépris de sa sécurité personnelle".
 

"Maintenant, j'essaie de faire des recherches pour voir s'il a aussi fait la Seconde Guerre mondiale ou pas", explique Nicolas Carpentier. Il s'agissait en tout cas d'une famille de militaires : l'un de ses deux fils est mort lors de la Seconde Guerre mondiale, lorsque son avion a été abattu au-dessus de la Méditerrannée, au sud de la Sicile. 

 

Remettre le médaillon en mains propres


Charles K. Dillingham, lui, est décédé en 1956 (à 66 ans), de cause naturelle et a été enterré au Nouveau-Mexique. Dutch, son arrière-petit-fils, se trouve quant à lui dans le Kansas. L'Isberguois souhaiterait s'y rendre pour le rencontrer et lui remettre ce médaillon. "Lui aimerait bien aussi, ce serait une superbe fin d'histoire !". Du moins, quand le contexte le permettra, lorsque la crise sanitaire liée au Covid-19 sera terminée.
 
Une paire de jumelles et une montre ayant appartenu à Charles K. Dillingham du temps où il combattait en France.
Une paire de jumelles et une montre ayant appartenu à Charles K. Dillingham du temps où il combattait en France. © DR

"C'est vraiment de la chance ! Dans 99% des cas, on trouve des déchets ou des petites merdouilles. Et puis la trouvaille elle-même, elle est pas folle, ce sont surtout les recherches qui étaient intéressantes", estime Nicolas.

"J'avais jamais fait ça avant", confie-t-il, encore exalté par ces recherches. "C'est juste parti de quelques petites lettres que je voyais au dos d'un médallon". 
 
La détection, une pratique très réglementé
Nous n'encourageons pas la pratique de la détection de métaux, qui est très réglementée et même interdite sans autorisation préalable.

Comme l'indique l’article L. 542-1 du code du patrimoine, "nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur ainsi que de la nature et des modalités de la recherche".

Cette demande est à formuler auprès de la DRAC.
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