Réforme des retraites. Les éboueurs grévistes du dépôt d'Arques délogés par les forces de l'ordre

Après plusieurs jours de blocage, les grévistes du dépôt de déchets d'Arques ont fini par être délogés par les forces de l'ordre grâce à un arrêté préfectoral. Mais ils n'en démordent pas, et comptent bien continuer de protester contre la réforme des retraites.

C'est le quatrième jour sans collecte de déchets dans les rues de l'agglomération audomaroise. Et cela commence à se voir, comme dans le centre-ville de Saint-Omer. 

Ce mouvement de grève des éboueurs de la Capso vise à imiter celui démarré en amont dans les grandes villes françaises, comme à Paris. Ils veulent user de leur pouvoir de nuisance pour maintenir la pression contre la réforme des retraites. 

Au dépôt d'Arques, près de Saint-Omer, aucun camion benne ne quitte les lieux depuis vendredi. Qu'ils soient ripeur ou chauffeur, ils demandent une juste reconnaissance de la pénibilité liée à leur travail. 

"On est complètement contre cette réforme"

"On comprend pas, on est complètement contre cette réforme", lance David Verner, secrétaire de la CFDT Capso, chauffeur depuis 30 ans qui a d'abord démarré comme ripeur. "Je me souviens qu'on partait à 55 ans mais aujourd'hui c'est terminé, un ripeur, un chauffeur part à 62 ans et maintenant ça va encore changer", poursuit-il. 

Il constate que les derniers ripeurs qu'il voit "ont 55, 56, 57 ans et ça devient très compliqué" pour eux ensuite. Ils arrivent tout de même à être reclassés et passent "à un certain moment le permis poids-lourd pour être chauffeurs et éviter justement d'être derrière le camion". 

Avec les postes difficiles et les intempéries, "arrivé à 55 ans, c'est déjà très compliqué ". Lui et ses collègues se posent la question de "comment on va faire avec ces gens-là à 64 ans". Pour beaucoup, il est difficile d'aller jusqu'au bout.

Et même si ceux qui veulent partir à la retraite plus tôt peuvent le faire, la pré-retraite, "financièrement, ce n'est pas la même chose". Ils ne la perçoivent pas à taux plein. 

Il faut que la pénibilité soit reconnue pour notre métier.

Fabrice Duwiquet, ripeur en grève

"Il faut voir à 64 ans comment je vais être !"

Fabrice Duwiquet, 53 ans, raconte qu'il collecte les poubelles depuis 23 ans. "Ça devient très dur, aussi bien le dos, les jambes ou autre chose d'ailleurs. Les poubelles sont de plus en plus lourdes". 

Il explique s'être déplacé des côtes et ne compte pas le nombre d'entorses à la cheville qu'il a eues au cours de sa carrière. Les poubelles "deviennent très dures à soulever. A 20 ans on est jeunes, mais arrivés à 53, on n'en peut plus". D'autant plus qu'ils sont là tous les jours de l'année, "sous -15 degrés", qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente. 

Pour lui, il est inconcevable de ramasser des poubelles jusqu'à 64 ans. "Quand je suis arrivé en 2000, les ripeurs avaient le droit de partir à 55 ans puis les années sont passées, c'est arrivé à 60 et maintenant 64. Il faut voir à 64 ans comment je vais être !"

L'interview du président de la République Emmanuel Macron donnée simultanément à France 2 et TF1 pour leur journal du 13 heures mercredi 22 mars ne les a pas convaincus. "On est toujours sur les mêmes déclarations, souligne Emmanuelle Poly, secrétaire départementale CFDT des communaux. On n'a pas beaucoup plus d'avancées, il reste sur le fait que la réforme est passée, qu'on est passé par des moyens entre guillemets démocratiques". 

Finalement, cette prise de parole "ne nous donne rien de plus mis à part que nous sommes toujours là, nous sommes toujours contre et il est toujours pour". 

Les grévistes délogés

Les grévistes étaient déterminés à faire durer leur action. Mais le préfet et les forces de l'ordre sont intervenus en milieu d'après-midi pour les déloger de leur piquet de grève, grâce à un arrêté préfectoral. La grève concernant les déchets devrait toutefois continuer jusqu'à vendredi. 

"Les militants ont respecté l'environnement, ont respecté les gens, ont pu faire une action pour se faire valoir au niveau de cette réforme", conclut Emmanuelle Poly en ajoutant : " c'est un effort qui n'est pas vain car on fait une action qui a porté ses fruits au point d'en arriver à un arrêté, une prise de position officielle de l'Etat". Ils comptent réfléchir à d'autres actions dans les jours à venir. 

Les responsables syndicaux estiment que plus de 500 tonnes de déchets n'ont pas été collectées depuis vendredi sur la cinquantaine de communes de l'agglomération.