Pêche à l'aimant : où la pratique est-elle interdite en Hauts-de-France ?

Postés le long des cours d'eau, les pêcheurs à l'aimant remontent vélos, poussettes, pièces de monnaies anciennes ou encore du matériel militaire... dont des munitions qui peuvent rester dangereuses, ce qui inquiète les pouvoirs publics (photo d'illustration). / © Thierry Gachon / France Télévisions
Postés le long des cours d'eau, les pêcheurs à l'aimant remontent vélos, poussettes, pièces de monnaies anciennes ou encore du matériel militaire... dont des munitions qui peuvent rester dangereuses, ce qui inquiète les pouvoirs publics (photo d'illustration). / © Thierry Gachon / France Télévisions

Chaque préfecture des Hauts-de-France a une façon différente d'encadrer la pêche à l'aimant, pratique en essor mêlant chasse au trésor et dépollution fluviale. Si la Somme préfère l'interdire pour éviter les accidents lors de la découverte de munitions, d'autres privilégient la sensibilisation.

Par Valentin Pasquier

Avec leur histoire particulière, les Hauts-de-France sont une terre où la pêche à l'aimant s'est considérablement développée ces derniers mois. Munis d'aimants très puissants en néodyme reliés à de solides cordes, des passionnés remontent parfois des cours d'eaux picards et du Nord-Pas-de-Calais des trésors parfois plusieurs fois centenaires.

Motivée par la dépollution des rivières et le militaria - à savoir la collection d'objets militaires - cette pratique fait l'objet d'une étroite surveillance des pouvoirs publics, notamment depuis la grave blessure d'un pêcheur de Ferrière-la-Grande (Nord) en mai dernier, entraînée par l'explosion d'une grenade au phosphore qui reposait dans la Solre depuis la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, chaque préfecture départementale mène une politique différente à l'encontre de la pêche à l'aimant.

 


Interdite dans la Somme

Le 5 août, la préfecture de la Somme a décidé de ne prendre aucun risque : par un arrêté, elle a purement et simplement interdit la pratique sur le territoire du département picard. "Cette activité est dangereuse et elle est considérée comme illégale si elle est effectuée sans autorisation administrative," énonce le texte.

Si un pêcheur est pris en flagrant délit, "il risque un rappel à la loi, voire une contravention pour non respect d'arrêté préfectoral. Mais c'est une sanction qui ne représente rien par rapport au risque qu'il encoure, lui et les personnes qui l'entourent, s'il remonte une munition encore dangereuse, justifie la préfecture samarienne. Le nettoyage des cours d'eau n'est bien sûr pas un problème, nous souhaitons juste éviter qu'un accident se produise".
 

Déconseillée dans les autres départements

L'Oise privilégie la sensibilisation à l'interdiction. Si aucun arrêté n'a été émis dans le département picard, la préfecture déconseille ce hobby, en rappelant les risques auxquels s'exposent les pêcheurs (voir publication ci-dessous).

"Nous préférons laisser cette pratique légale, tout en rappelant qu'elle doit être bien encadrée, réalisée avec l'accord du propriétaire du cours d'eau et la mairie, souligne la préfecture de Beauvais. D'un côté, on a une bonne pratique qui permet de dépolluer nos rivières, de l'autre on a un risque bien réel".

 


Dans le Pas-de-Calais, pas d'arrêté non plus. La préfecture indique qu'elle se réfère à l'article L542-1 du code du patrimoine pour encadrer la pêche à l'aimant. Comme pour la détection, "ce texte stipule que chaque personne désirant réaliser des fouilles doit préalablement bénéficier d'une autorisation administrative, comme la DRAC."  Le préfet d'Arras souligne que cette démarche devrait normalement être réalisée pour chaque tentative afin d'agir dans un cadre légal.

Département lui aussi "concerné par les munitions abandonnées de la Grande Guerre", l'Aisne n'a pas non plus jugé bon d'interdire la pêche à l'aimant, "même si le sujet préoccupe les démineurs", appelés lorsqu'un objet explosif ou toxique est remonté à la surface, indiquent les autorités axonaises. Contactée, la préfecture du Nord et des Hauts-de-France n'a pour le moment pas communiqué sur ses prises de positions concernant ce phénomène.

 


Que dit la loi concernant ces fouilles fluviales ?


En France, la loi divise les cours d'eau en deux familles : celle des cours d'eau domaniaux et ceux dits non-domaniaux.
  • Les cours d'eau domaniaux sont les plus importants : ce sont des voies fluviales sur lesquelles il est possible de naviguer (bateaux) et de flotter (radeaux). Ils sont régis par le droit public et appartiennent à l'État. Si vous souhaitez pêcher à l'aimant sur l'un de ces fleuves ou rivières, il est nécessaire de vous référer à la préfecture du département correspondant et obtenir son autorisation.
  • Les cours d'eau non-domaniaux sont, a contrario, les cours d'eau de taille modeste qui ne permettent ni la navigation, ni la flottaison. Ils sont régis par le droit privé. Si vous souhaitez pêcher à l'aimant sur l'un de ces cours d'eau, vous devez obtenir l'autorisation du propriétaire et vous renseigner auprès de la mairie pour savoir si aucun arrêté municipal n'a été pris à l'encontre de la pratique.
 

Que faire en cas de découverte d'une munition ?

  • Interdisez à quiconque d'entrer en contact avec un objet qui pourrait être explosif, incendiaire ou toxique. En cas d'accident, votre responsabilité pourrait être engagée.
  • Afin de faciliter l'intervention future de démineurs, marquez l'emplacement de l'objet découvert avec un quelconque repère (trait, marque au sol, pierre, etc.)
  • Il est nécessaire d'agir discrètement afin de ne pas attirer l'attention de curieux
  • Enfin, prévenez la mairie de la commune où vous avez effectué la découverte, la gendarmerie ou le commissariat de police le plus proche. Ce sont ces personnes qui avertiront les autorités compétentes et entraîneront, si besoin, l'intervention de démineurs.

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