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En Bretagne, un Picard tente d’exhumer sa grand-mère, victime de l’épuration en 1944

François Lesourd marche dans le "bois des pendues". / © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
François Lesourd marche dans le "bois des pendues". / © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

9000 personnes ont été tuées à la Libération, accusées d'avoir collaboré. Parmi ces victimes de l'épuration, il y avait une Picarde, Suzanne Lesourd, pendue dans un village breton. Son petit-fils l'a découvert l'année dernière et a fait réaliser des travaux d'exhumation, lundi 15 juin.

Par MG avec AFP

71 ans après le calvaire de trois femmes pendues à la Libération, un engin excavateur a tenté, lundi 15 juin, d'exhumer les ossements de l'une d'entre elles dans un village de Bretagne. L'engin a retourné une dizaine de mètres carrés de terre dans un petit bois privé situé à la sortie du village breton de Monterfil (Ille-et-Vilaine).

L'opération a été réalisée à la demande, et sur les indications, d'un homme installé en Picardie, près de Soissons. François Lesourd est le petit-fils de Suzanne, l'une des sept femmes pendues. Il était âgé de 10 ans en 1944. On lui avait dit que sa grand mère avait été fusillée à la Libération, par les Allemands ou par les Américains.

La véritable histoire avait été oubliée jusqu'à ce qu'une marche blanche soit organisée sur place par un collectif en août 2014, pour le 70e anniversaire de l'épuration. François Lesourd avait appris à cette occasion, via une dépêche de l'AFP, le destin de sa grand-mère, et obtenu des autorités locales qu'elles engagent des travaux d'exhumation.

Une belle histoire, au coeur d'un drame, qui est raconté plus en détails par le directeur du bureau de l'AFP à Rennes, Patrick Baert, dans un passionnant billet de blog.

Le "drame de Monterfil"


Si les historiens estiment en général que 9.000 personnes ont été sommairement exécutées en France à la Libération, le sort des trois "pendues de Monterfil" a été particulièrement atroce.

Les trois femmes avaient eu le tort d'être employées dans les cuisines d'un camp allemand situé à proximité avant d'être torturées, pendues puis dépendues et achevées à coups de pelle par des résistants de la dernière heure. Les bourreaux ont été poursuivis plusieurs années après mais jamais condamnés du fait de la loi d'amnistie de 1951.

Deux d'entre elles, Marie et Germaine Guillard, une mère et sa fille qui habitaient la région, seront exhumées après la guerre mais leurs ossements, entreposés dans une fosse commune, ont été perdus. Personne ne savait ce qu'il était advenu des restes de Suzanne Lesourd, qui était elle originaire de l'Aisne et avait rompu avec sa famille.

Vaine recherche


Malgré une bonne heure de terrassement, aucune trace de la défunte n'a pu être retrouvée, soit que les ossements aient été absorbés par les sols soit qu'ils aient été mélangés avec ceux des autres victimes, exhumés en 1950.

"Je suis un peu déçu de ne rien avoir trouvé mais en même temps on est soulagés", commente François Lesourd. "C'est bien d'avoir été au bout du bout".

Le petit-fils, âgé de 52 ans, compte maintenant sur la pose d'une plaque commémorative au monument aux morts de Monterfil, à côté des noms des victimes de la guerre.
"Ce qu'on veut surtout, c'est qu'elles ne soient pas oubliées", dit-il. 

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