Blanchi dans l'affaire Bettencourt, quel avenir pour Eric Woerth ?

Après 5 ans de procédure, Eric Woerth a été relaxé dans l'affaire Bettencourt, jeudi 28 mai. Satisfait de retrouver son "honneur", il compterait rédiger le programme économique de la droite pour la présidentielle de 2017. Même si l'affaire ne sera jamais totalement effacée.

Eric Woerth en a fini avec la Justice. Déjà relaxé dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne, le maire UMP de Chantilly l’est désormais dans l’affaire Bettencourt. Le tribunal correctionnel de Bordeaux a rendu ses conclusions jeudi 28 mai. Il a écarté toute responsabilité d’Eric Woerth dans les deux volets de l'affaire pour lesquels il était poursuivi.

Il y avait surtout le volet "abus de faiblesse", avec le "recel" d'une somme d'au moins 50.000 euros en liquide qui lui aurait été remise par Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, dont Eric Woerth était le trésorier.

Eric Woerth, tout comme Patrice de Maistre, a aussi été relaxé dans le volet "trafic d'influence" de l'affaire, jugé en mars. Les deux hommes étaient poursuivis pour avoir conclu un arrangement selon lequel Eric Woerth aurait remis la Légion d'honneur à Patrice de Maistre. En échange, ce dernier était soupçonné d'avoir fait embaucher en 2007 l'épouse du ministre, Florence Woerth, dans sa société qui gérait les dividendes de Liliane Bettencourt. Les deux hommes avaient formellement démenti un tel accord.

Eric Woerth honoré et réconforté


"Je retrouve pleinement mon honneur", s'est réjoui sur Twitter le député de l'Oise, qui n'assistait pas au jugement. "Le tribunal met un terme à cinq ans d'accusations malveillantes et mensongères à mon égard, parfois instrumentalisées par des femmes et des hommes politiques sans scrupules", souligne-t-il.

Il s’est ensuite exprimé sur Europe 1 sur l’instruction qu’il juge avoir été "à charge" : "Ça change la vie. Ça la plombe aussi."


Quelques réactions politiques ont suivi du côté de l’UMP. Jean-Pierre Raffarin, par exemple, sur iTélé : "Je peux parler d’Eric Woerth, qui a été reconnu innocent" après avoir été "attaqué, critiqué. Il faut dire vraiment le respect qu'on (lui) doit, pour avoir subi tout cela".

Claude Guéant, lui-même renvoyé en correctionnelle dans l’enquête sur les primes en liquide du ministère de l’Intérieur, a exprimé sa solidarité sur LCI : "Je le connais bien, c’est un garçon que j’aime beaucoup, il a beaucoup souffert de ça, sa femme a beaucoup souffert, sa famille, ses amis … Je crois qu’il faut que tout le monde, dans un sursaut de responsabilité collective, prenne cela en compte aussi."

Ministre en 2017 ?


"Le 3 juin, je sors un livre intitulé Quelle politique économique pour redresser la France et je vais pouvoir basculer vers un engagement républicain", a souligné Eric Woerth auprès du Parisien. Le journal estime que "cette relaxe replace Eric Woerth parmi les hommes forts de l’UMP et surtout parmi ceux qui peuvent jouer un rôle avant et après 2017."

Une analyse qui raisonne avec de précédentes interviews de l'ancien ministre du budget et l'analyse faite par L'Opinion : Eric Woerth "compte bien être le concepteur du programme économique de la droite pour 2017. (...) Il sait que lorsque les premiers scénarios gouvernementaux fleuriront à droite, à l’approche de 2017, son nom pour Bercy (ministère de l'économie) sera en tête de la liste."

Pourquoi le soupçon planera encore


Eric Woerth peut redevenir un homme fort de la droite puisqu'il est bel et bien blanchi. Mais est-il lavé de tout soupçon ? Il serait partial de l’accuser aujourd’hui sur les faits désormais jugés. Mais il serait tout aussi partial de ne pas relever l’explication que la Justice donne à sa décision.

Concernant le premier volet de l’affaire, les juges ont reconnu qu’"il n'est pas démontré qu'Eric Woerth avait connaissance de l'origine illicite de cette somme ou de ces sommes." Le président du tribunal, Denis Roucou, a expliqué que "la démonstration" du recel n’a pas pu être faite. Mais il a aussi confirmé qu’il existe "une forte suspicion de remise d'argent" liquide de Patrice de Maistre au trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy. Patrice de Maistre, lui, a d’ailleurs été condamné : 30 mois de prison dont 12 avec sursis, 250 000 euros d’amende et la confiscation de biens saisis.

De même, si les juges ont conclu qu’"il n'était pas démontré l'existence d'un pacte de corruption (avec Patrice de Maistre) dont la contrepartie serait l'emploi de (l’) épouse" d’Eric Woerth, ils ont aussi estimé que l’élu UMP était bien intervenu "en tant que trésorier de la campagne (présidentielle) de Nicolas Sarkozy" pour faire décorer Patrice de Maistre, dans des "conditions totalement atypiques".