Présidentielle : les non-parrainages des députés de Picardie

Le 18 mars, le Conseil constitutionnel a définitivement validé onze candidatures pour l’élection présidentielle de 2017. Mais qui nos députés ont-ils soutenu ? Certains n’ont volontairement pas pris parti. Décryptage.

On connait désormais les noms des onze candidats qui se présenteront au suffrage des Français le 23 avril prochain. Jacques Cheminade, Jean Lassalle et Philippe Poutou sont venus s’ajouter à Nathalie Arthaud, François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Benoit Hamon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Pour qu’une candidature soit validée par le Conseil constitutionnel, il faut que chaque candidat recueille au moins 500 signatures de quelque 42 000 représentants du peuple. La répartition des parrainages par type de mandats fait la part belle aux élus communaux et intercommunaux, qui représentent près des trois quarts des « parrains » (72,6%), suivis par les élus départementaux (13,2%), les élus territoriaux (9,1%) et enfin les parlementaires (5,1%). Chaque élu n’a évidemment le droit de n’accorder sa signature qu’à un seul candidat.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, environ 400 signatures ont été recueillies par les candidats. Mais parmi les députés des circonscriptions de Picardie, plusieurs ne figurent pas dans la liste des parrainages. Nous avons voulu savoir pourquoi.

Michel Françaix (PS) : « Je ne veux pas faire partie de ceux qui éparpillent la gauche. »

Elu depuis près de vingt ans, Michel Françaix aurait bien aimé soutenir François Hollande si le président de la République s’était présenté à sa propre succession. Ou son actuel premier ministre, Bernard Cazeneuve, mais celui-ci n’était pas non plus candidat. Pourtant, Michel Françaix a régulièrement parrainé des candidats socialistes : François Mitterrand, Ségolène Royal ou encore François Hollande. Mais cette fois, le maire de Chambly n’a apporté son soutien à personne : « Je veux faire partie d’une gauche qui rassemble, pas de celle qui divise et jette des anathèmes », dit-il, précisant que « les candidats de gauche avaient déjà le nombre requis de parrainages » et que son soutien n'était donc pas indispensable.

Je n’ai qu’un objectif : battre le Front National et battre François Fillon. Si les petits candidats arrivent à recueillir les 500 signatures nécessaires, tant mieux, mais je ne vois pas bien en quoi leur candidature est indispensable à la démocratie. Onze candidats à la présidentielle, c’est beaucoup. C’est trop.


Patrice Cavalho (PCF-Front de Gauche) : « Le parrainage est un système injuste qui pose problème à la démocratie. »

Le seul ouvrier député de l’Assemblée nationale (qui a notamment siégé en 1997 en bleu de travail) a lui aussi refusé de donner sa signature.

Je suis maire depuis 1989 et j’ai dû parrainer un candidat communiste une seule fois, et encore, je n’en suis pas sûr ! Je suis contre ce système : il faudrait qu’aucun élu ne parraine de candidat. C’est un système injuste et qui pose problème à la démocratie. Et puis le parrainage ouvre la voie à toutes sortes de combines.

Pour remplacer cette formule, Patrice Cavalho verrait bien un parrainage des candidats par un quota de signatures de citoyens eux-mêmes. Et qu’on ne lui parle pas de Philippe Poutou, tout juste qualifié avec 573 signatures. « Poutou m’a sollicité pour obtenir mon parrainage. Je lui ai rappelé qu’aux législatives de 2002, il ne s’était pas rallié à moi face à la droite, et nous avions perdu de peu. » Quant à Jean-Luc Mélenchon, le député communiste n’a pas de mots assez durs : « Il a 35 ans de Parti socialiste derrière lui. Il vénère Mitterrand comme un exemple politique. Bref, je ne lui fais absolument pas confiance. Pour tout vous dire, je ne sais pas pour qui je vais voter… »

Marie-Françoise Bechtel (MRC) : « La nouvelle loi sur les parrainages nuit aux petits partis. »

Soutien d’Arnaud Montebourg à la primaire de la gauche, la députée Marie-Françoise Bechtel n’a pas donné sa signature au candidat officiel du Parti socialiste Benoit Hamon : « il avait atteint le nombre de voix suffisantes, et de toutes façons, un parrainage ne signifie pas une adhésion au programme politique d’un candidat. » Quant aux « petits » candidats, elle dit ne pas avoir été approchée par eux.

J’aurais très bien pu le faire. Je n’y voyais pas d’inconvénient. Pour moi, le parrainage consiste à donner à chacun la chance de se présenter. De là à vous dire que tous les candidats sont utiles…

Surtout, Marie-Françoise Bechtel regrette l’ancienne formule qui consistait à ne publier les soutiens qu’à la fin de la période de parrainage, en tirant le nom des parrains au sort. Depuis 2012, le Conseil constitutionnel publie les noms des signataires « deux fois par semaines au fur et à mesure des réceptions des parrainages ». « Publier les signatures au fil de l’eau est très nuisible aux petits partis : ça met une grosse pression sur les maires des petites communes qui sont approchés par les gros partis », estime-t-elle.

Éric Woerth (LR) : « Mon assistante s’est trompée d’enveloppe. »

On ne trouvera pas non plus le nom d’Éric Woerth dans la liste des soutiens à François Fillon. L’ancien ministre du Budget et du Travail des gouvernements Fillon I et II avait bien envoyé « il y a cinq ou six jours » son formulaire valide au Conseil constitutionnel. Problème : pour que le formulaire soit vraiment valable, la loi impose qu’il soit « envoyé par voie postale, dans une enveloppe prévue à cet effet. » Or l’assistante d’Éric Woerth a glissé la fiche dans une enveloppe standard. Résultat : le soutien du député-maire est invalide. Et pas question de refaire l’opération avec une enveloppe spéciale :

Il n’y a qu’un seul envoi possible. C’est n’importe quoi mais c’est comme ça… Mais c’est une erreur matérielle, et non un fait intentionnel.

Deux autres députés de Picardie n'ont pas soutenu de candidat : Jean-Claude Buisine, député (PS) de la Somme et maire d’Hautvillers-Ouville ; et Stéphane Demilly, député (Les Centristes) de la Somme et maire d’Albert. Malgré nos appels répétés, nous n'avons pas réussi à les joindre à l'heure de la publication de cet article.

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