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Pourquoi la Belgique est-elle sans gouvernement depuis 250 jours ?

© Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
© Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Nos voisins sont coutumiers du fait.

Par Quentin Vasseur

La Belgique cherche-t-elle à battre son précédent record de nombre de jours sans gouvernement ? Sa crise politique de 541 jours (2010-2011), battue l'été dernier par l'Irlande du Nord, reste encore dans les mémoires. Mais d'où vient cette nouvelle crise, à laquelle les Belges eux-mêmes se sont habitués ?

 

Divorce sur la question migratoire


Nous sommes en décembre 2018. Depuis quatre ans, la Belgique est gouvernée par une coalition mêlant des partis de centre-droite et de droite dure :
  • les libéraux francophones du Mouvement réformateur (MR) menés par Charles Michel
  • les libéraux néerlandophones de l'Open VLD (Open Vlaamse Liberalen en Democraten)
  • les chrétiens-démocrates néerlandophones du CD&V (Christen-Democratisch en Vlaams)
  • les nationalistes flamands du N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie) menés par Bart De Wever
Il s'agissait d'une coalition inédite, qui donnait pour la première fois un rôle important aux nationalistes flamands (majoritaires aux élections fédérales de 2014) et ne comprenait qu'un seul parti francophone.
 

Mais le pacte de l'ONU sur la migration, que le libéral francophone Charles Michel ratifie à Marrakech au nom de la Belgique, fait imploser cette coalition : le N-VA, opposé au pacte, lui ôte son soutien et se retire du gouvernement. Quelques jours plus tard, le 18 décembre, Charles Michel présente sa démission.
 
Le président du parti Bart De Wever a lancé le 8 décembre 2018 un ultimatum à Charles Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations. / © THIERRY ROGE / POOL / AFP
Le président du parti Bart De Wever a lancé le 8 décembre 2018 un ultimatum à Charles Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations. / © THIERRY ROGE / POOL / AFP

 

Et depuis ?

Faute d'accord, un gouvernement en affaires courantes se forme, sans le N-VA de Bart de Wever. En attendant les élections législatives fédérales, prévues le 26 mai 2019, le roi Philippe de Belgique demande officiellement au gouvernement démissionnaire de faire fonctionner le pays jusqu'à cette échéance.

Le problème, c'est que ces élections ont finalement compliqué la situation : la N-VA reste majoritaire avec 16,03% des voix (contre 20,36% en 2014), suivi du Vlaams Belang ("Intérêt flamand"), un parti d'extrême droite prônant également le nationalisme flamand et l'indépendance de la Flandre. Le Parti socialiste francophone, lui, n'arrive plus qu'en troisième position (il était second en 2014). Les membres de l'ancienne coalition – MR, CD&V ou Open VLD – font moins bien qu'il y a cinq ans.
 

Alors que les écologistes de Groen étaient crédités d'une bonne partie des voix, ils ont fait un faible score (5,3%). À l'inverse, l'arrivée du Vlaams Belang de Tom Van Grieken rebat les cartes et complique d'autant plus la recherche d'un consensus entre les partis. 
 
Tom Van Grieken, leader du Vlaams Belang, lors d'une conférence de presse le 27 mai à Bruxelles. / © BRUNO FAHY / BELGA / AFP
Tom Van Grieken, leader du Vlaams Belang, lors d'une conférence de presse le 27 mai à Bruxelles. / © BRUNO FAHY / BELGA / AFP


En attendant, c'est donc toujours ce qui reste du gouvernement Michel II (qui a gouverné sans le N-VA du 9 au 18 décembre) qui gère les affaires courantes... mais il a de moins en moins de légitimité car il ne reflète pas le vote des électeurs, qui ont plébiscité (à hauteur de 28%) les deux partis nationalistes flamands. 

 

Un pays fonctionnel... jusqu'à quand ?

Un pays sans gouvernement, est-ce vraiment si grave ? La vie en Belgique suit son cours et nombre d'électeurs ont même oublié qu'ils se trouvaient dans une telle crise, parce que le gouvernement continue à se charger des affaires courantes.
 
Le Premier ministre démissionnaire Charles Michel, lors d'un sommet européen à Bruxelles le 21 juin. / © Aris Oikonomou / AFP
Le Premier ministre démissionnaire Charles Michel, lors d'un sommet européen à Bruxelles le 21 juin. / © Aris Oikonomou / AFP

Ces affaires courantes ne sont définies par aucun texte de loi ; c'est ainsi qu'on a vu la Belgique s'engager dans la guerre en Libye pendant la précédente crise politique de 2010-2011.

Pendant cette période, nos voisins s'étaient même trouvés en meilleure santé sans gouvernement qu'avec : en 2011, le PIB (Produit intérieur brut) augmentait de 1,8% et le chômage baissait à 7%.

La différence, aujourd'hui, c'est que les partis qui composent le gouvernement démissionnaire ont subi un lourd revers électoral, et n'ont plus les mains libres pour dépasser leurs prérogatives.

 

Des nouvelles élections ?


Difficile d'imaginer une sortie de crise, à moins d'un mariage irréaliste entre le PS et le N-VA. La presse belge va même jusqu'à parler d'un nouveau vote, dans les mois à venir. Une solution qui n'en est pas vraiment une, puisque comme le souligne à la RTBF Caroline Sägesser, chargée de recherche au CRISP, "c’est la Chambre, à la majorité de ses membres qui doit voter sa dissolution." Il faudrait donc de toute façon qu'un consensus se dégage.
 
Le chef de file des socialistes belges Elio Di Rupo, ancien Premier ministre, à son arrivée au Palais Royal ke 27 mai 2019. / © DIRK WAEM / Belga / AFP
Le chef de file des socialistes belges Elio Di Rupo, ancien Premier ministre, à son arrivée au Palais Royal ke 27 mai 2019. / © DIRK WAEM / Belga / AFP

Et surtout, les conséquences sur les électeurs risqueraient d'être négatives. "En Belgique, le vote est obligatoire donc ce serait la troisième fois en un peu plus d’un an qu’on rappellerait aux urnes les citoyens" rappelle Caroline Sägesser.

"Les partis ont peur de déranger de l’électeur. Et en plus, on les rappellerait pour leur dire "qu’ils ont mal voté et qu’il faut recommencer". Les partis craignent donc une mauvaise réaction du citoyen qui se traduirait par un vote blanc, nul ou extrême".
 

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