RC Lens : une semaine à quitte ou double pour sauver le club financièrement ?

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Écrit par YF

Le Belge Grégory Maquet, PDG de Century 21 Bénélux, a transmis ce lundi une ultime et dernière offre d'achat pour le Racing Club de Lens à son actionnaire majoritaire Hafiz Mammadov. Si l'homme d'affaires azerbaïdjanais la refuse, le club artésien serait en très grand danger.

Grégory Maquet l'a assuré en fin de semaine dernière : l'offre qu'il a transmise ce lundi à Hafiz Mammadov pour racheter le RC Lens sera sa dernière. Et il attend une réponse ferme et définitive pour la fin de la semaine. "ll faut que les choses avancent très vite dorénavant", a-t-il confié vendredi à La Voix du Nord. "Le club a besoin de savoir : soit une reprise, soit à terme une mise sous tutelle judiciaire, par un administrateur. (...) Ça passe ou ça casse. Hafiz reste souverain sur cette décision."

Initialement, Grégory Maquet avait proposé en novembre dernier 2,5 millions d'euros pour racheter la Société anonyme sportive professionnelle (SASP) Racing Club de Lens. Cette première offre était valable jusqu'au 15 décembre mais Hafiz Mammadov a, semble-t-il, laissé traîner les choses, ne donnant pas suite aux demandes répétées de rendez-vous. L'investisseur belge n'a pas lâché l'affaire pour autant. "Sans aucune réponse de l’actionnaire majoritaire, dans un dossier que nous suivons depuis maintenant plusieurs mois, nous envisagions de nous retirer", a-t-il confié à L'Equipe. "Mais Gervais Martel nous a vraiment incités à ne pas le faire."

Surenchère difficile

A l'issue du récent voyage du président lensois à Bakou, un rendez-vous a pu être trouvé à Londres, jeudi dernier, avec le directeur financier du Baghlan Group, par lequel Hafiz Mammadov détient 99,99% de RCL Holding, la société parisienne qui possède le RC Lens. Ignacio Aguillo, conseiller du "board" de l'Atletico Madrid (club sponsorisé par l'Azerbaïdjanais) et ancien dirigeant de BNP Paribas, était également présent pour jouer un rôle de conciliateur entre les différentes parties. Hafiz Mammadov ayant englouti près de 25 millions d'euros à Lens depuis l'été 2013, les exigences financières du clan azerbaïdjanais pouvaient être élevées. Mais la situation financière du club, qui perd environ 10 millions d'euros par an, n'autorise pas la surenchère, car le nouvel acheteur sera contraint, en premier lieu, d'éponger les déficits et les dettes à son arrivée (10 à 15 millions d'euros au moins). Une opération en pure perte à court terme.


A l'issue de cette réunion, Grégory Maquet a accepté néanmoins de modifier son offre. Selon nos informations, il propose cette fois 2 millions d'euros pour acquérir 75% des parts de la SASP Racing Club de Lens, assortis de 3 millions d'euros de "bonus" liés aux bons résultats sportifs (promotion en L1). RCL Holding, la société détenue majoritairement par le Baghlan Group d'Hafiz Mammadov, conserverait 25% des parts de la SASP pendant au maximum trois ans. Ce montage permettra à Mammadov de toucher à terme une somme d'argent supplémentaire à la cession des parts restantes mais dont le montant restera à déterminer.  

La balle est dans le camp de Mammadov

On le voit, le Baghan Group d'Hafiz Mammadov, en tant qu'actionnaire majoritaire de RCL Holding, pourrait empocher à terme plus de 5 millions d'euros dans la transaction. Certes, c'est cinq fois moins que ce que le groupe azerbaïdjanais a versé au club mais c'est beaucoup plus que la reprise à l'euro symbolique que Gervais Martel proposait à son associé au printemps dernier. Une fois encore donc, la balle est dans le camp de l'imprévisible Hafiz Mammadov. L'Azerbaïdjanais devra toutefois s'accorder avec Gervais Martel pour valider cette cession de parts (et s'entendre sur la répartition de la vente). Car les deux hommes sont associés au sein de RCL Holding.

Bien que le président lensois ne possède que 0,01% du capital de cette holding, les statuts lui accordent 40% des voix au conseil d'administration et surtout une minorité de blocage sur les décisions stratégiques. Mais selon Grégory Maquet, Gervais Martel ne fera pas obstacle à la cession de 75% des parts du club. "Il a accepté de renoncer à son droit de véto et a tout fait pour porter ce dénouement positif", a assuré l'homme d'affaires belge à L'Equipe. Si l'opération se concrétise, le président emblématique des Sang et Or ne serait plus que l'actionnaire ultra-minoritaire... de l'actionnaire minoritaire. Il perdrait ainsi tout pouvoir de décision. "Nous définirons ensemble les modalités de collaboration que nous devons encore envisager", a indiqué Maquet qui envisage de prendre lui-même la présidence du club si Mammadov accepte son offre.

Au bord du précipice ?

En cas de refus de son actionnaire azerbaïdjanais, le Racing Club de Lens pourrait risquer très gros. Dans l'entourage de Grégory Maquet, on s'inquiète d'un manque de trésorerie qui pourrait conduire à la cessation de paiement (dépôt de bilan), puis à un placement en redressement judiciaire. Les comptes de la saison dernière ont montré que le club n'avait pu préserver sa trésorerie qu'en jouant sur des avances sur recettes et des reports de paiement. Mais cela ne suffit plus désormais à compenser l'absence d'argent frais dont le club a désespérément besoin. D'autant que Gervais Martel a refusé de vendre des joueurs lors du mercato d'hiver. Dans son rapport sur le dernier exercice comptable, le commissaire aux comptes indiquait pourtant que la "continuité d'exploitation" de l'entreprise était conditionnée à des "ventes de joueurs pour un montant de 17 millions d'euros dont 13 millions d'euros ont été réalisées en début de saison 2015/2016". Il manque donc 4 millions d'euros.   

Le président du RC Lens a donc pris un très gros risque, avec sans doute deux objectifs en tête : préserver la qualité de son effectif pour pouvoir jouer jusqu'au bout la montée en Ligue 1 et placer aussi son actionnaire et associé Hafiz Mammadov devant ses responsabilités. Car si le club dépose le bilan, l'Azerbaïdjanais perdra tout définitivement. Selon But! Lens, Gervais Martel envisagerait, en cas de rejet de l'offre Maquet, de "mettre en place une protection judiciaire autour du club". En clair, il s'agit d'une procédure de sauvegarde : elle permet à une entreprise en difficulté, mais qui n'est pas encore en cessation de paiement, de "geler" temporairement le remboursement de certaines dettes sous le contrôle du tribunal de commerce. L'activité et l'emploi sont préservés le temps de la mise en place d'un plan de sauvegarde, ce qui permettrait peut-être à Lens de terminer la saison. Seul problème, et de taille, la procédure de sauvegarde est sanctionnée par les règlements généraux de la Fédération Française de Football. "Lorsqu'un club fait l'objet d’une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire, il est procédé pour la saison suivante et au minimum, à sa rétrogradation sportive dans la division immédiatement inférieure à celle pour laquelle il aurait été sportivement qualifié", stipule l'article 234. En clair, le RC Lens ne pourrait pas monter en Ligue 1, même s'il terminait sur le podium de la Ligue 2. Et il serait menacé d'une rétrogradation en National (3e division), au minimum, s'il finissait la saison en-dessous du top 3...
Grégory Maquet annule sa venue à France Bleu Nord ce lundi soir.
Grégory Maquet devait s'exprimer ce lundi soir dans l'émission "Lundi c'est foot aussi", sur France Bleu Nord, mais a annulé sa participation. Selon Christian Palka, l'animateur de l'émission, l'homme d'affaires belge s'est décommandé en raison d'un déplacement à Londres où il doit de nouveau rencontrer des représentants du Baghlan Group d'Hafiz Mammadov. Grégory Maquet espérerait un dénouement rapide, dans moins de 48h.