Réaliser le Brexit ? Les experts sceptiques sur les promesses électorales de Johnson

Boris Johnson en meeting à Telford (Angleterre) dimanche dernier. / © Daniel LEAL-OLIVAS / AFP
Boris Johnson en meeting à Telford (Angleterre) dimanche dernier. / © Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

Il n'a pas réussi à tenir sa promesse de sortir le Royaume-Union de l'Union européenne "coûte que coûte" le 31 octobre, et pourtant Boris Johnson assure désormais pouvoir conclure avec Bruxelles un accord commercial post-Brexit en moins d'un an, malgré le scepticisme de nombreux experts.
 

Par YF avec AFP

Dans la course aux législatives du 12 décembre, le Premier ministre conservateur a fait du Brexit l'axe principal de sa campagne. Il s'engage dans son programme à le réaliser sans faute le 31 janvier, date à laquelle il a été repoussé faute de consensus au Parlement sur l'accord de divorce négocié par le dirigeant avec Bruxelles. 

S'il gagne son pari et obtient à l'issue des élections la majorité nécessaire à sortie son pays de l'UE à cette date, une nouvelle phase ardue s'ouvrira : la conclusion d'un accord définissant les rapports commerciaux entre Londres et Bruxelles après une période de transition prévue jusqu'à fin décembre 2020, qu'il refuse de prolonger. 
 

De nombreux experts économiques et politiques jugent ce calendrier difficile à tenir, la négociation d'un accord de libre-échange prenant généralement plusieurs années. Et certain craignent une absence d'accord à l'issue de la période transitoire, aux conséquences économiques potentiellement désastreuses, similaires à celles d'une sortie de l'UE sans séparation à l'amiable.
 

"Grotesque"


Ivan Rogers, ex-ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l'UE qui avait démissionné avec fracas en 2017 en mettant en cause les capacités de négociation de Londres, a jugé trompeuse cette promesse d'accord commercial dans l'année à venir. "C'est le premier point critique sur lequel les ministres du gouvernement continuent de se tromper constamment, ou à propos duquel ils choisissent de tromper le public britannique", a-t-il dit lundi lors d'une allocution à l'université de Glasgow, en Ecosse, avertissant d'une probable nouvelle crise fin 2020.
 
L'ancien vice-Premier ministre conservateur Michael Heseltine a abondé dans le même sens, jugeant "grotesque" le calendrier avancé par Boris Johnson. "Nous sommes partis pour une nouvelle année d'incertitude et la possibilité d'une sortie sans accord à la fin", a-t-il prévenu.
 

Des propos que l'ardent Brexiter Michael Gove, chargé des préparations du Brexit au sein de l'exécutif, a tenté de relativiser. "Nous avons déjà entendu ce scepticisme, c'est le genre de position par défaut de nombreux commentateurs", a-t-il affirmé mardi sur la BBC. Evoquant la déclaration politique accompagnant l'accord de divorce, qui dessine les contours d'une relation post-Brexit entre Londres et Bruxelles, il a dit que c'était "le type d'accord qui servirait les intérêt de l'UE et du Royaume-Uni. Ce serait un accord de libre-échange avec une coopération amicale".  

En soi, négocier un accord commercial en 11 mois est "possible, pourvu que le Royaume-Uni soit clair sur ce qu'il demande et comprenne qu'il y aura des compromis" à faire, explique Sam Lowe, chercheur au centre de réflexion "Centre for European Reform".  Or, selon lui, les Britanniques risquent fort "de passer une bonne partie de la période de transition à se disputer entre eux plutôt qu'à négocier". 
 

Retour du "no deal"


Et même si un accord commercial était conclu avant fin 2020, les entreprises auraient besoin de plus de temps pour s'adapter aux nouvelles règles du jeu  t éviter le "chaos", analyse M. Lowe. "Si vous ne le mettez pas en oeuvre progressivement, vous finirez par avoir le scénario d'une absence d'accord", prévient-il.  

Pour Jill Rutter, du centre de réflexion Institute for Government, la destination que Londres veut atteindre "est loin d'être évidente", au-delà des assurances gouvernementales sur l'absence de droits de douane et de quotas.
 

En refusant d'étendre la période de transition, comme l'accord de divorce en prévoit la possibilité si Londres en fait la demande avant le 1er juillet, le Royaume-Uni "risque de sortir soit sans accord, soit avec un accord a minima qui ressemble à un no deal", met-elle en garde. 

Le choix réside désormais entre "un processus long et potentiellement plein de rancoeur" et "une négociation courte" débouchant sur un "accord mince", avec à la clé des années d'ajustement, ont résumé Catherine Barnard et Anand Menon, du think thank "UK in a Changing Europe" dans le quotidien The Guardian. "Il ne faudrait pas penser que ce sera fini de sitôt". 
   
   

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