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Renault lance sa Talisman, assemblée à Douai

Après avoir essuyé un échec commercial avec la troisième mouture de sa Laguna, Renault repart à l'assaut du désormais difficile segment des berlines moyennes supérieures en présentant lundi une "Talisman" aux ambitions internationales. Elle est assemblée à Douai.
La nouvelle Renault Talisman présentée par le PDG de Renault Carlos Ghosn.
La nouvelle Renault Talisman présentée par le PDG de Renault Carlos Ghosn. © AFP
Le PDG du groupe au Losange Carlos Ghosn doit révéler la nouvelle-née de sa gamme en début d'après-midi au château de Chantilly (Oise), à 50 km au nord de Paris. Renault a entretenu le suspense en dévoilant la semaine dernière le nom, mais pas encore de photos de ce nouveau modèle, qui rompt donc avec la tradition lancée en 1993 d'appeler "Laguna" sa berline du segment "D".

Lors du lancement de la Laguna 3, en 2007, Renault avait insisté sur l'effort réalisé en matière de qualité, après des déboires de la Laguna 2. Mais un physique controversé a fait oublier ses atouts dynamiques pourtant salués par la presse spécialisée. Alors que la seconde génération avait atteint 265.000 unités vendues en 2002, la troisième n'a jamais dépassé les 100.000, au point de mettre en doute la survie de l'usine de Sandouville (Seine-Maritime).
 

Assemblée à Douai

La Talisman - nom déjà porté par une grande berline Renault adaptée d'une Samsung coréenne et destinée au marché chinois - sera quant à elle assemblée à Douai, dans la même usine et sur la même plateforme modulaire que les récents "crossovers" Espace et Kadjar, également partagée avec les Nissan Qashqai et X-Trail.
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Les photos de modèles camouflés laissent envisager une voiture plus longue que l'actuelle Laguna (4,69 m). On y décèle un épaulement sur les ailes arrière caractéristique des créations du patron du design de Renault, Laurens van den Acker, à qui l'on doit notamment la petite Clio et le "crossover" (4x4 urbain) Kadjar.

Comme ce dernier, la Talisman aura une vocation internationale au delà de l'Europe, en particulier sur le marché chinois encore friand de "berlines statutaires", indique-t-on de source proche de Renault.
 

Segment capté par les Allemands

En France et en Europe, les berlines classiques des constructeurs généralistes marquent le pas, victimes d'un double phénomène: l'hégémonie allemande et la concurrence de nouvelles silhouettes. Il y a 30 ans, les Renault 25 (4,72 m) symbolisaient l'accession au haut de gamme. Aujourd'hui, "le segment de la berline D existe toujours, mais pour les généralistes il est devenu extrêmement compliqué, parce que complètement capté par les Allemands", remarque Jean-François Belorgey, du cabinet de consultants EY.

L'image des Volkswagen, BMW, Mercedes et Audi leur permet de conserver une bonne valeur à la revente, en faisant des véhicules favoris des gestionnaires de flottes, gros consommateurs de grandes berlines, selon lui. En outre, "l'offre s'est multipliée, à l'époque de nos parents il n'y avait pas tellement le choix. Aujourd'hui, vous avez des monospaces, des SUV, des coupés quatre portes, des berlines statutaires, des breaks de chasse", énumère Yann Lacroix, expert du marché automobile chez l'assureur Euler Hermès.

Ayant subi une fiscalité défavorable mais aussi des problèmes d'image et de qualité, le segment "E" (haut de gamme) français a déjà disparu. Citroën aura écoulé moins de 24.000 C6 en sept ans avant de jeter l'éponge en 2012; Peugeot n'a pas non plus remplacé sa 607; Renault a subi un "four" mémorable avec sa baroque Vel Satis. Même si le patron de PSA Peugeot Citroën, Carlos Tavares, a évoqué pour 2018 la sortie d'une remplaçante à la Peugeot 508, que la Talisman concurrencera, Citroën réfléchirait à laisser sa vieillissante berline "D", la C5, sans successeur en Europe.

"Est-ce qu'on doit abandonner ces marchés-là même si les volumes sont un peu limités? C'est prendre un risque, mais pour autant il faut essayer de trouver les volumes. Si on veut rentabiliser ce genre de modèle, il faut essayer de le vendre sur d'autres continents, d'autres marchés, comme la Chine", explique M. Lacroix.

"Renault essaie d'exister quand même sur un segment dont ils savent que si l'on arrive à écouler un minimum de véhicules, les marges sont quand même meilleures qu'ailleurs. Ils bénéficient aussi des synergies avec Nissan et du partage de plateforme avec l'Espace", pour M. Belorgey.
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