Rentrée des classes : les professeurs perplexes face aux mesures gouvernementales

Le gouvernement a annoncé ce jeudi 22 avril la rentrée des classes en deux temps, le 26 avril ou le 3 mai, en fonction des classes et des niveaux. Les professeurs de la région sont nombreux à critiquer les mesures en place qui ne se sont pas adaptées à l'évolution de la situation sanitaire.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Ce jeudi 22 avril, le Premier ministre Jean Castex et le ministre de l'Education nationale ont confirmé le calendrier de réouverture des écoles. Le 26 avril, les écoles maternelles et primaires reprennent les cours en présentiel. Les collèges et lycées, quant à eux, seront à distance. Ils ne reviendront physiquement que le 3 mai. 

Les lycéens seront en demi-jauge. Même chose pour les 4ème et les 3ème des départements les plus touchés par la crise sanitaire, parmi lesquels on retrouve le Nord, l'Aisne et l'Oise. Une décision qui laisse perplexe de nombreux enseignants. "Ces dates sont définies dans le temps, constate Nicolas Penin, secrétaire régional de l'UNSA Educations Hauts-de-France. On avait bien compris que les conditions sanitaires ne modifieraient pas la date de reprise de l'école.

Des conditions sanitaires similaires avant les vacances

Le constat est unanime pour les personnes interrogées : "les conditions sanitaires de la rentrée sont les mêmes que celles de la sortie, le protocole sanitaire n'est pas différent". Une chose est censée changer : l'installation d'un local pour se faire auto-tester au sein de l'établissement scolaire. Mais pour ça aussi, les choses paraissent beaucoup plus compliquées en pratique.

Car au niveau de l'organisation, Nicolas Penin estime que les établissements scolaires se retrouvent "avec beaucoup d'inconnu" et ne peut s'empêcher de penser à l'organisation "en termes de masques et de vaccins" qui n'était pas "à la hauteur". Le syndicat refuse d'ailleurs "que les établissements deviennent des 'autotestodromes' et qu'ils ne soient pas fait par des professionnels de santé". Il salue toutefois la règle qui consiste à "fermer une classe dès qu'un élève est contaminé".

Pour Alain Talleu, co-secrétaire départemental SNUipp Nord, "on a toujours le même souci depuis la rentrée de septembre, ça n'a pas changé, on attend encore des masques fournis par l'Education nationale, par exemple". Pour cet instituteur de CM1 et CM2, sa classe de 28 élèves ne peut pas se permettre d'aérer, comme le préconisent les directives gouvernementales. "On a trois fenêtres oscillo-battantes, une porte qui s'ouvre sur le couloir et une autre sur le bureau du directeur, explique-t-il. C'est tout bonnement impossible de le faire. Alors, on nous parle d'extracteurs de CO2 jeudi, je doute en avoir un dans ma classe dès lundi !". Un exemple qui, selon lui, illustre la situation de nombreux établissements aux quatre coins de la France. 

On a toujours le même souci depuis la rentrée de septembre, ça n'a pas changé, on attend encore des masques fournis par l'Education nationale, par exemple.

Alain Talleu, co-secrétaire départemental SNUipp Nord

Il y a aussi la cantine, autre problématique qui inquiète Jean-François Caremel, professeur d'histoire-géographie en collège et délégué syndical au SNES de Lille. "Blanquer a demandé de garder son enfant pour déjeuner le midi si c'était possible, raconte-t-il en faisant référence à son intervention du vendredi 23 avril chez Franceinfo. C'est assez violent. On refuse toujours de prendre les mesures de sécurisation des cantines et on rejette la responsabilité sur les parents". 

Pas d'enthousiasme non plus quant à la classe à l'extérieur. "Vous imaginez des enfants déplacer une vingtaine de tables et chaises à chaque fois ? Sa phrase tient en quelques mots, mais dans les faits c'est compliqué à mettre en place", imagine Alain Talleu. 

La continuité pédagogique mise à mal

"Le problème, c'est qu'aujourd'hui on est dans une situation compliquée, on veut la sécurité du personnel, des élèves et des familles, explique Laurie Rohart, professeur de lettres classiques en collège et déléguée syndicale SNES Nord (Syndicat national des enseignements de second degré). C'est plus sécurisé d'être à distance, mais d'un point de vue pédagogique, ça ne l'est pas, il y a des inégalités d'accès au numérique et on perd des élèves."

Et si les cours à distance ne sont prévus que pour la première semaine, il faut penser à la demi-jauge pour les lycéens, mais aussi les 4ème et les 3ème des zones rouges du Covid. Il y a également les écoliers de primaires, à qui on demande de rester chez eux en cas d'absence de professeur dans certaines zones. "Dans certaines parties du département du Nord, les enfants dont les enseignants sont absents ne seront pas acceptés à l'école pour éviter de les disperser dans les classes et de propager potentiellement le virus", déplore Alain Talleu, et professeur de CM1/CM2. 

On a demandé aux parents qui ne travaillent pas ou qui le peuvent de garder les enfants à la maison. Sociologiquement parlant, les parents qui restent à la maison sont majoritairement sans emploi et les enfants sont pénalisés.

Alain Talleu

L'instituteur pointe aussi du doigt un problème plus grave, selon lui. Dans le rectorat de sa circonscription, lorsqu'un instituteur est absent, "on va demander aux parents qui ne travaillent pas ou qui le peuvent de garder les enfants à la maison". Sauf que "sociologiquement parlant, les parents qui restent à la maison sont majoritairement sans emploi et les enfants sont pénalisés" et réussissent alors moins bien que d'autres. 

"Ce qu’on aimerait, ce sont des aménagements car les élèves n'ont pas eu des cours normaux, regrette Laurie Rohart. Les élèves en demi-jauge n’ont eu qu’une partie de leurs enseignements en présentiel. Et puis à distance, ça crée une inégalité terrible car tous les élèves n'ont pas les mêmes équipements et accès au web."

Les examens maintenus malgré tout

Entre les élèves cas contact isolés 7 jours, ceux qui étaient positifs et donc absents pendant deux semaines, les classes qui ferment, les enseignants malades non-remplacés et les jeunes qui, à distance, n'ont pas les moyens d'avoir accès à Internet, il faut dire que cette année est loin d'être normale. Pourtant, les examens restent maintenus sans adaptation. "Il fallait prévoir des aménagements dès septembre, suggère Laurie Rohart. Étudier trois des cinq notions en Français, par exemple, et s'y mettre à fond, tout en rattrapant le retard du premier confinement.

Jean-François Caremel souhaite que les examens de fin d'année "comme le diplôme national du brevet ou le grand oral" puissent être adaptés car, comme tous les professeurs interrogés, il n'a pas été possible d'étudier dans des conditions optimales durant cette deuxième année scolaire sous pandémie. 

On voudrait que le ministre ne s'arc-boute pas sur une question d'orgueil concernant le grand oral. Jean-Michel Blanquer ne voit que sa réforme et veut aller jusqu'au bout.

Nicolas Penin

"On voudrait que le ministre ne s'arc-boute pas sur une question d'orgueil concernant le grand oral de terminale, souhaite Nicolas Penin. Jean-Michel Blanquer ne voit que sa réforme et veut aller jusqu'au bout". Même constat pour Jean-François Caremel, qui voit un objectif beaucoup plus politique que sanitaire dans les décisions gouvernementales. "Il fait d'abord passer sa réforme du lycée et le grand oral avant le fonctionnement des établissements et la préparation adaptée de l'examen. Son objectif, c'est le bilan politique."

Une préparation aux examens de terminale minée également par des "informations contradictoires" reçues par les futurs évaluateurs "de la part de formateurs", d'après le délégué de l'UNSA. La situation fait également réagir de nombreux lycéens. Certains ont mis en place une pétition en ligne qui demande le passage du baccalauréat en contrôle continu et a déjà atteint 30 000 signatures. 

Autre point noir : la vaccination du personnel 

La vaccination du personnel est un autre sujet de discorde entre les professeurs et le gouvernement. "Ce qui plombe le moral et l'enthousiasme des collègues, c'est la vaccination, reconnaît Nicolas Pepin. Le gouvernement aurait pu profiter de ces 2-3 semaines pour la leur débloquer. Actuellement, elle ne concerne que les plus de 55 ans, soit 14% des effectifs."

Car pour lui, les collègues non-vaccinées sont des malades potentiels, notamment en maternelle. "Les enfants n'ont pas de masque et les gestes barrière sont difficiles à appliquer avec des enfants de 3 à 5 ans."Une situation "ubuesque" pour Jean-François Caremel, qui rappelle que certains de ses collègues considérés comme "vulnérables" travaillent à distance depuis septembre ou novembre. "Ils pourraient revenir s'ils étaient vaccinés, mais à la place, on propose des remplacements.

"Nos peurs ne sont pas irrationnelles, conclut Laurie Rohart. Ils avaient tout le temps de s'adapter, que ce soit sur le vaccination, les cours à distances et les mesures sanitaires dans l'enceinte des établissements."

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
éducation société covid-19 santé