53 résidents contraints de quitter leur Ehpad à Amiens faute de personnel soignant : "on n'a jamais connu une telle situation à l’hôpital"

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Comme la plupart des établissements hospitaliers en France, le CHU d'Amiens est confronté à une pénurie du personnel hospitalier. Résultat, deux unités de soins sur cinq vont fermer à l'Ehpad de Saint-Victor. Une vingtaine de résidents est transférée ce lundi vers l'hôpital nord. 53 résidents au total quitteront l'établissement d'ici le 1er juillet.

Lundi 20 juin 2022, une des cinq unités de soins a fermé à l'Ehpad Saint-Victor d'Amiens et une deuxième subira le même sort le 1er juillet, en raison d'un manque de personnel soignant. Au total, 53 résidents se préparent à quitter l'établissement.

Parmi eux, la mère de Noël Lecoutre, qui a été surpris d'apprendre la nouvelle par téléphone : "je suis étonné par la communication. Recevoir un coup de fil jeudi matin pour dire qu'il y aura un transfert lundi. Les résidents qui auraient dû être informés ne le sont même pas. Dans la conversation, même si le professeur Bloch dit le contraire aujourd'hui sur France Bleu, on vous demande de trouver des solutions. On ne demande pas aux gens de partir, mais on le sous-entend. On m'a donné les numéros de téléphone des assistantes sociales pour me dire des fois, si je voulais un coup de main pour chercher une place dans un autre Ehpad". 

Des résidents en mal de repères

La résidente de 89 ans a été transférée ce jour, au service de soin et de réadaptation de l'hôpital nord. Comme elle, une vingtaine de résidents est partie aujourd'hui. Les autres seront hébergés dans d'autres Ehpad du département ou USLD (unités de soins de longue durée) du territoire. Une réorientation qui inquiète les syndicats : "elle les bouleverse dans leurs habitudes, déclare Claire Boulinguiez, secrétaire de la CGT au CHU d'Amiens. On est face à des résidents qui sont là depuis plusieurs mois, plusieurs années, qui sont habitués à des locaux, à du personnel, à d’autres résidents avec qui ils vivent. Ça peut perturber leurs repères. S’ils sont hébergés dans d’autres structures du département, il va y avoir un éloignement avec les familles, peut-être moins de visites, ce qui va les isoler encore un peu plus."

Conscient de toutes les complications que ces réorientations peuvent entraîner, le Professeur Frédéric Bloch, chef du service de gériatrie de l'Ehpad se veut rassurant : "le premier groupe de résidents a été réorienté ensemble dans une unité de vingt lits pour éviter de les séparer. Et pour les autres, nous essayons de privilégier le lien familial et de leur proposer des lieux de vie où ils pourront rester aussi longtemps qu'ils le souhaiteront si ce nouvel endroit leur convient parce qu'on est conscient qu'il y aura un temps d'adaptation nécessaire."

Le centre de Saint-Victor compte actuellement huit postes vacants et en attend une douzaine d'ici la fin de l'été : "ce qui explique la fermeture temporaire de deux unités, souligne Gérard Stark, directeur du CHU. Nous avons en moyenne six infirmières par service d'une trentaine de lits. Sans elles, il est impossible de faire fonctionner ces services dans des conditions de sécurité optimale."

"On nous dit que c'est provisoire, s'interroge Noël Lecoutre, alors que quand je demande ce que je fais des affaires de ma mère, on me dit que ce serait bien de les récupérer. Personne n'est capable de dire si les services rouvriront en septembre."

Des soignants en mal de reconnaissance

Selon la CGT, cette fermeture temporaire des lits n'est pas une surprise. Les métiers ne sont plus attractifs et l'hôpital n'arrive plus à recruter. 

"On n'a jamais connu une telle situation à l’hôpital d’Amiens et dans les hôpitaux dans toute la France, déplore Claire Boulinguiez. On a fait face pendant des mois et des années à de l’absentéisme qui n’était pas suffisamment remplacé, qui n’a fait que continuer à dégrader des conditions de travail qui sont déjà très particulières. On fait face à un manque de reconnaissance de nos qualifications, un manque de reconnaissance de la pénibilité par un départ anticipé à la retraite. Tout ça fait qu’aujourd’hui, les jeunes n’ont plus forcément envie de s’inscrire dans ces métiers ou en tous cas pas envie de venir travailler dans un CHU ou dans un Ehpad. On manque de personnel. En plus de l’absentéisme, c’est des postes vacants, on n’arrive pas à recruter des agents". 

Chaque année, le CHU d'Amiens recrute près d'une centaine d'infirmiers. Une soixantaine de postes sont actuellement vacants. Dès juillet, la direction espère en embaucher une quarantaine à la sortie des écoles.