À Amiens, l’Institut de formation d'ambulanciers manque de candidats : "On a du mal à recruter"

Souvent méconnu et peu valorisé, le métier d’ambulancier n’a pas la cote. Or les besoins sont urgents et encore plus depuis le début de la crise sanitaire. Face au manque de candidats, l’institut de formation des ambulanciers d’Amiens prolonge la date d’inscription au 18 novembre.

Depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, les ambulanciers ont montré leur rôle essentiel dans la prise en charge des patients. Mais depuis de nombreuses années, le métier est sous tension. Les entreprises de transport sanitaire peinent à recruter du personnel diplômé. "On est 180 sur le groupe dans le département de la Somme. J’embauche en permanence, affirme pascal Fradcourt, président de SOS Ambulance. On cherche tous du personnel".

"Avant, sur une demande d’emploi, on avait dix candidats, constate Audrey Vital, co-gérante du groupe Ambulances Duverger. Aujourd’hui, on en a un, voire deux. Nous n’arrivons même plus à recruter des apprentis. Depuis 2010, tous les ans, j’ai un à deux apprentis et là, je n’en ai pas".

"On a besoin de plus en plus de diplômés"

Et pour cause, la formation elle-même n’attire pas les candidats. Au point que l’institut de formation d’ambulanciers (IFA), situé au CHU d’Amiens, a reculé la date d’inscription au concours fixée au 5 novembre, au 18 novembre 2021 pour la rentrée du 31 janvier 2022. "On s’est donné un délai de quinze jours supplémentaires. Il y a une réelle défection de candidats", reconnaît Patrick Dusoulier, directeur de l’IFA.

L’équipage d’une ambulance est généralement composé de deux personnes, dont l’une, le chef d’équipage, est obligatoirement diplômé d’Etat. L’autre, l’auxiliaire, a une formation en secourisme. "On a besoin de plus en plus de diplômés, insiste Patrick Dusoulier, pour les ambulances de secours et de soins d’urgence (Assu), qui sont envoyés en renfort sur les Samu et les pompiers. Il y a deux à trois propositions d’embauches qui nous parviennent tous les jours". 70% des patients pris en charge par les ambulanciers sont emmenés aux urgences.

Deux fois par an, l’IFA propose une formation de six mois qui accède à un diplôme d’Etat. 32 personnes, soit 64 au total, pourront suivre ce cursus. Pour les apprentis, la durée de la formation est de douze mois. Pas de conditions de diplôme pour accéder à une formation d’ambulancier mais des épreuves écrites et orales basées sur un programme scolaire niveau collège. Il faut aussi être titulaire du permis de conduire depuis trois ans ou deux si conduite accompagnée. À ces compétences, s’ajoutent d’autres qualités : savoir gérer le stress, avoir de l’empathie, aimer le contact humain, être rigoureux ou encore avoir l’esprit d’équipe.

Un métier de vocation

"C’est un métier de vocation, explique Pascal Besancourt, représentant départemental de la chambre nationale des services d’ambulances. On travaille avec des gens, on a régulièrement leur vie entre nos mains. Le premier métier, c’est l’urgence médicale. On sait traiter une plaie de doigt, un accouchement, une embolie pulmonaire, un arrêt cardiovasculaire. Tout ça, on sait faire, on sait prendre en charge".

Le manque de candidats s’explique aussi par les conditions de travail qui rebutent souvent les intéressés. "On gagne sa vie mais il y a beaucoup de contraintes horaires, de déplacements, relate Patrick Dusoulier. On est confronté à la maladie. C’est aussi un métier physique qui nécessite des compétences et de la réactivité".

"On est une des rares professions où les horaires peuvent être majorées, indique Pascal Fradcourt. La contrepartie, c’est qu’on est amené à travailler le weekend et la nuit". "La rémunération ne fait pas rêver, poursuit Audrey Vital. Si on devient ambulancier, c’est parce qu’on a la passion".

En début de carrière, le salaire moyen d’un ambulancier est de 1500 à 1600 euros. Avec les horaires de nuit, le travail le weekend, et les gardes d’urgence avec le SAMU, il peut aller jusqu’à 1800 ou 2000 euros.

En grève depuis le 12 octobre

Depuis le 12 octobre 2021, la plupart des ambulanciers français sont en grève des urgences. Ce mouvement répond à un appel lancé par deux fédérations d’entreprises d’ambulances, la Chambre nationale des services d’ambulances (CNSA) et la Fédération nationale de la mobilité sanitaire (FNMS). Elles réclament l’entrée en vigueur d’une réforme de leurs gardes négociée trois ans de tractations avec l’Assurance maladie et jugée indispensable. "On réclame la parution au journal officiel d’un avenant qui aurait dû paraître en juin 2020, rétorque Pascal Besancourt. Ça fait dix-huit mois qu’on attend. Ça nous permettrait de revaloriser le taux horaire de nos salariés. On pourrait mettre en parallèle le métier d’ambulancier en parallèle avec le métier de pompier".

Un retard que les grévistes attribuent au vote de la loi Matras sur "la valorisation des sapeurs-pompiers", qui donne au Samu la possibilité de "missionner directement un équipage pompier (...) alors que l’organisation des urgences prévoit de solliciter en priorité les ambulanciers".

Pour l’heure, l’inscription à la formation d’ambulancier est ouverte jusqu’au 18 novembre sur le site de l’IFA. La formation est payante, 4500 euros, qui peuvent être pris en charge pour les demandeurs d’emploi, dans le cadre de la subvention du conseil régional.

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